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Qui est Jeremy Corbyn ?
Jeremy Corbyn, 73 ans, est un homme politique anglais, qui a été chef du Parti travailliste (ou Labour, la gauche britannique)
de 2015 Ã la fin
de 2019. Défenseur des droits des minorités sexuelles autant que
de la cause palestinienne, il a très régulièrement été épinglé pour sa complaisance avec des mouvements hostiles à l’Etat d’Israël, dont certains groupes négationnistes ou islamistes.
Lorsqu’il était à la tête
de la gauche britannique, plusieurs journaux
de la communauté juive ont dénoncé « le mépris corbyniste envers les juifs et Israël ». Le 29 octobre 2020, il est temporairement suspendu du mouvement travailliste après la publication d’un rapport indépendant, l’accusant
de n’avoir pas agi contre l’antisémitisme dans les rangs du Labour.
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Si Jeremy Corbyn s’est toujours déclaré étranger à tout antisémitisme, plusieurs
de ses positions et actes politiques ont semé le trouble.
En 2009, il qualifie le Hezbollah et le Hamas d’« amis », suscitant l’ire
de la communauté juive et du conservateur David Cameron , des années plus tard. Il justifie, en 2015, ce qualificatif par la volonté
de réunir Israël et ses ennemis, afin d’arriver à un processus
de paix. En 2016, il déclare qu’il « regrette d’avoir utilisé ce terme ».
En 2012, il exprime son opposition à l’effacement d’une fresque murale mettant en scène des motifs complotistes traditionnels
de l’antisémitisme : des banquiers s’amusant sous l’œil d’une pyramide Illuminati. En 2018, il se dit « sincèrement désolé
de ne pas avoir regardé
de plus près l’image », dont il qualifie le contenu
de « profondément choquant et antisémite ».
En 2013, lors d’un discours à une réunion organisée par une association proche du Hamas, M. Corbyn tourne en dérision les « sionistes britanniques ». Face à la polémique, il assure avoir utilisé ces termes « dans un sens politique précis et non comme un euphémisme pour le peuple juif », tout en se disant désormais « plus prudent » dans son emploi.
En 2014, il assiste à un événement caritatif propalestinien organisé par le négationniste Paul Eisen. Le tabloïd anglais Daily Mail affirme que les liens entre Jeremy Corbyn et ce dernier sont anciens, et qu’il les a cachés en 2016 à la commission d’enquête sur l’antisémitisme au sein du Parti travailliste. Face à ces accusations, il explique n’avoir pas été au courant des vues
de Paul Eisen, qualifie le négationnisme
de « vil et ignoble », et exprime son regret d’avoir contribué à son financement.
En dehors
de ses ambivalences, il a également été accusé
de n’avoir pas su enrayer la montée
de l’antisémitisme dans son parti, avec des réactions trop tardives ou insuffisantes.
En 2018, le Times relève plus
de deux mille messages à caractère antisémite, négationnistes ou nazis postés et non modérés sur des pages Facebook en faveur du leader du Parti travailliste, « usine à haine
de Jeremy Corbyn ». Des groupes sans le moindre lien officiel avec le parti, conteste le porte-parole du Labour.
La même année, son fidèle compagnon
de route, l’ancien
maire de Londres, Ken Livingston, démissionne du Parti travailliste après avoir suggéré qu’Adolf Hitler était sioniste avant
de devenir un fou génocidaire. Jeremy Corbyn parle
de son départ comme d’une « bonne chose à faire ».
En 2020, un rapport indépendant
de la commission pour l’égalité et les droits humains (EHRC) conclut à des défaillances « inexcusables », son équipe ayant minimisé ou ignoré
de nombreuses plaintes et alertes
de travaillistes juifs. Jeremy Corbyn est alors suspendu du Labour par son nouveau leader, Keir Starmer.
M. Corbyn a qualifié les conclusions
de l’EHRC
de « grossièrement exagérées », ce que disent aussi les candidates LFI aujourd’hui. « Le Parti travailliste a dû s’excuser et le réintégrer, explique Danielle Simonnet. Il y a suffisamment
de vrais antisémites à combattre pour s’en inventer d’autres. »
Il a, en effet, été réintégré un mois plus tard sur décision du comité national exécutif travailliste, lui-même visé par ce rapport, dans un désaveu du choix
de Keir Starmer
de l’exclure. Mais Mme Simonnet oublie
de préciser que l’ancien leader du Labour n’est plus autorisé par son parti à siéger au Parlement en tant que député travailliste.
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