A Bormes-les-Mimosas, Emmanuel Macron redouble de pessimisme
A l’occasion du 78ᵉ anniversaire de la libération du village varois, le chef de l’Etat s’est notamment attardé, vendredi, sur « cette guerre qui tonne à nos portes » et sur les « cataclysmes climatiques dévastateurs ».
Par Sofia Fischer(Bormes-les-Mimosas (Var), envoyée spéciale)
Publié aujourd’hui à 04h32, mis à jour à 08h32
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Emmanuel Macron, à Bormes-les-Mimosas (Var), le 19 août 2022, lors de la commémoration du 78e anniversaire de la libération du village, le 17 août 1944. ERIC GAILLARD / AFP
L’hiver sera rude. Quelques heures après s’être entretenu avec Vladimir Poutine, c’est un Emmanuel Macron inquiet qui s’est présenté sur les hauteurs de Bormes-les-Mimosas (Var), pour célébrer le 78e anniversaire de la libération du village, le 17 août 1944.
Le président de la République avait déjà préparé les Français à une rentrée et à un hiver difficiles, lors de son interview du 14 juillet, en raison des risques de pénuries d’énergie et de la flambée des prix induits par la guerre en Ukraine. A Bormes, pour sa première allocution après quelques jours de repos au fort de Brégançon, il s’est montré pessimiste sur les prochains mois.
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« Je pense à notre peuple, auquel il faudra de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes, parfois à la facilité et à l’adversité, et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs », a lancé le chef de l’Etat. « Oui, les fantômes de l’esprit de revanche, les violations flagrantes de la souveraineté des Etats, l’intolérable mépris des peuples, la volonté impérialiste ressurgissent du passé pour s’imposer dans le quotidien de notre Europe, de nos voisins, de nos amis », a-t-il martelé.
Emmanuel Macron a, par ailleurs, une nouvelle fois dénoncé « l’attaque brutale de Vladimir Poutine » en Ukraine, et fait référence à ses appels téléphoniques avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, puis avec son homologue russe, « pour chercher à obtenir les indispensables engagements pour maintenir la sécurité nucléaire sur le sol de l’Ukraine ». Dans « cette guerre qui tonne à nos portes », le locataire de l’Elysée a salué la « résistance héroïque » du peuple ukrainien face aux « assauts terribles de l’armée russe et de ses supplétifs ».
Climat : Emmanuel Macron a semblé presque résigné
Traditionnellement, cette journée du 17 août est l’occasion de saluer la mémoire des dizaines de milliers de soldats qui ont débarqué, en 1944, sur les côtes provençales pour mettre fin à l’occupation allemande. Elle est devenue un point d’étape traditionnel pour le président avant la rentrée. La commémoration, initialement prévue mercredi, avait été retardée de deux jours en raison des alertes météo. Depuis deux ans, ce rituel semble d’ailleurs tristement marqué par l’actualité climatique. A l’été 2021, c’était le massif des Maures, tout près, qui s’embrasait ; cette année, c’est la Corse qui panse ses plaies au lendemain d’orages meurtriers qui ont fait cinq victimes.
A propos de ces « cataclysmes climatiques dévastateurs », selon ses mots, le chef de l’Etat a semblé presque résigné. « Ils menacent hélas de s’intensifier et de se répéter », a-t-il déclaré. Face à constat, le président de la République a dressé comme priorité « de repenser nos systèmes d’alerte et de sécurité et l’organisation des forêts ».
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Aux journalistes qui le questionnaient sur le programme de la rentrée, Emmanuel Macron a répété qu’il fallait « œuvrer pour notre souveraineté énergétique, pour accompagner les Français, nos entreprises, dans le contexte de cette guerre ». Interrogé sur les grands chantiers à venir, le chef de l’Etat a par ailleurs rappelé qu’« on a la guerre en Europe qui est là, il faut continuer les actions diplomatiques (...) tout faire pour la stopper ». « L’agenda sera aussi marqué par le travail », a-t-il pointé, en référence au texte sur l’assurance-chômage qui doit durcir les conditions d’accès aux indemnités. « On peut aller vers le plein-emploi mais il nous faut continuer à mener les réformes indispensables », a-t-il ajouté. Il a, par ailleurs, annoncé que le Conseil national de la refondation serait lancé le 8 septembre, en promettant un « dialogue » sur les services publics en évoquant l’école et le système de santé.
Début août, une polémique avait éclaté à la suite de la publication par le magazine Voici de photos du chef de l’Etat sur un jet-ski, suscitant de vives critiques chez les écologistes. « Nous ne voulons ni emmerdes, ni manifestations, ni polémiques liées à la venue du président », avait prévenu d’emblée l’entourage du maire (divers droite) de Bormes-les-Mimosas, François Arizzi, à Var Matin. Lors de son discours, vendredi, l’élu local a semblé vouloir voler au secours de M. Macron, répétant que le fort de Brégançon « n’était pas un lieu bling-bling ». « Je parle au nom de tous les Varois quand je dis : respectez-nous, ne faites pas passer ce lieu pour ce qu’il n’est pas. Venez plutôt le visiter », a proposé l’édile.
Lana, 12 ans, « passe un mot au président »
La commémoration, elle, est sacrée, et « doit rester un moment sympathique, un moment de joie », a poursuivi François Arizzi. Vendredi, environ 500 personnes ont occupé la place de la mairie pendant plusieurs heures dans l’espoir d’obtenir un selfie avec « le président ». Le couple Macron s’est plié à l’exercice de bonne grâce.
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Parmi les enfants, Lana, 12 ans, foulard jaune sur sa tête chauve, est venue pour sa part demander non pas une photo, mais « des pompes à perfusion » pour le service pédiatrique de l’hôpital de la Timone, à Marseille. Elle s’y rend depuis Bormes-les-Mimosas pour ses chimiothérapies, et les infirmières lui ont demandé « de passer le mot au président : il n’y a vraiment pas assez de matériel ».
Sofia Fischer(Bormes-les-Mimosas (Var), envoyée spéciale)