Mort de Quentin Deranque : « une bagarre organisée », une nouvelle vidéo remet en cause des premières versions
Un nouveau document vidéo donne à voir comment se trouvait Quentin Deranque, après qu’il a reçu des coups au sol à Lyon.
Le jeune homme était debout. Il a le visage livide. Ses amis lui conseillent de partir, « s’il ne veut pas de problème avec la police. »
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l n’a pas été laissé pour mort sur ce trottoir de Lyon. Sur une nouvelle vidéo, révélée par nos confrères du Progrès, on découvre que le jeune Quentin Deranque se tenait bien debout, après avoir été violemment roué de coups au sol par plusieurs personnes cagoulées le 12 février, après un affrontement entre deux groupes de militants d’ultradroite et d’ultragauche. Il a succombé à ses blessures deux jours plus tard.
Sur cette vidéo, le jeune homme de 23 ans a les mains pleines de sang et le visage livide, sous sa cagoule. Il est 18h07, ce 12 février, rue Victor Lagrange, soit exactement l’endroit où il vient de se faire frapper au sol. On peut donc penser qu’il a été relevé, ou qu’il vient de se relever. Une source au sein du groupe nationaliste lyonnais Audace a confirmé à l’AFP qu’il s’agit bien de Quentin Deranque et son ami.
Autour d’eux se trouvent de simples passants. Parmi ces derniers, certains constatent bien que Quentin Deranque n’a pas l’air bien. Sur place, une femme appelle même les secours. « Ils envoient quelqu’un, mais ils ne se téléportent pas : ils viendront quand ils pourront », dit-elle.
Durant cette courte séquence, les deux militants sont passifs, on ne les voit pas parler.
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S’il ne veut pas de problème avec la police »
Puis plusieurs voix d’hommes interviennent pour qu’il quitte les lieux plutôt que d’aller à l’hôpital. Une femme s’étonne : « pourquoi ? Il s’est fait taper sur la tête ce monsieur ! ». Un homme lui répond que c’est normal : « Non, mais ce sont des trucs qu’ils assument. Ils sont là pour ça. » De quoi faire encore réagir la femme : « Ils étaient là pour ça, pour se faire frapper à la tête ? Vous avez vu les infos ? »
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Madame, madame, c’est une bagarre organisée d’accord ? Il y a deux groupes qui se sont bagarrés, d’accord ? », hausse un homme. Un autre intervient : « je pense qu’il faut qu’il aille à St Jo (l’hôpital, Ndlr) parce qu’il a l’air d’aller vraiment mal. Mais s’il ne veut pas de problème avec la police, je pense qu’il faut qu’il parte. »
On connaît la suite : Quentin Deranque est emmené, il quitte les lieux. Il va ensuite parcourir près de deux kilomètres avec un ami, avant que celui-ci n’appelle les secours.
Après une vague d’interpellations les 17 et 18 février, plusieurs hommes ont été mis en examen pour « homicide volontaire », soupçonnés d’avoir directement porté des coups, et un pour « complicité». Âgés de 20 à 26 ans, ils sont, selon une source proche du dossier, « connus pour être soit membres, soit proches » de la Jeune Garde Antifasciste, un mouvement d’ultragauche fondé en 2018 à Lyon par le député LFI Raphaël Arnault et dissous en juin. Deux étaient collaborateurs du parlementaire à l’Assemblée nationale. Un seul avait été remis en liberté sous contrôle judiciaire, les six autres écroués. Ce dernier a finalement été écroué cette semaine. Deux hommes d’une vingtaine d’années ont aussi été mis en examen vendredi, portant à neuf le nombre de suspects mis en examen et écroués dans cette enquête.
Les deux hommes déférés vendredi devant la justice, âgés de 22 et 26 ans, avaient été arrêtés mercredi matin dans la région lyonnaise et dans l’Aube
Cette nouvelle vidéo cependant soulève de nouvelles questions, dans la mesure où elle fait apparaître des témoins qui ne lui ont pas porté secours, ou l’ont éloigné des secours.
Quentin Deranque aurait-il pu survivre, s’il n’avait pas parcouru deux kilomètres et s’il avait été pris en charge plus vite ? «
Les experts ont conclu que ses lésions étaient au-delà de toutes ressources thérapeutiques et mortelles à brève échéance », avait tranché le procureur de la République de Lyon, le 16 février dernier.
Le document vidéo permet aussi de repérer que le jeune militant nationaliste a participé à la bagarre qui a précédé, ont aussi repéré plusieurs médias qui décortiquent la séquence.
Le média Contre Attaque, qui a lui aussi reçu la vidéo, démontre que le jeune homme était en première ligne, ce qui fausse avec le narratif qui a fait de lui un portrait d’un militant pacifiste.
Etudiant en mathématiques converti à un catholicisme en latin, évoluait dans les galaxies de l’extrême droite lyonnaise, Quentin Deranque avait été décrit comme « ni violent ou agressif », selon des proches.
Par ailleurs, le terme de « bagarre organisée » employée dans la vidéo fait écho aux révélations du journal L’Humanité, le 23 février dernier.
Nos confrères s’étaient fait l’écho de messages privés sur Telegram, entre le groupe nationaliste Audace Lyon et le groupe de femmes nationalistes, Nemesis, organisés pour piéger des groupes d’extrémistes de gauche.
https://www.lavoixdunord.fr/1680886/art ... t-en-cause