Le locataire de la Maison Blanche et sa famille se sont enrichis de plus de 1,4 milliard de dollars depuis son retour au pouvoir selon les estimations du magazine «Forbes». Au prix d’un mélange des genres intense entre son mandat et ses business.
Jamais sa cote de popularité n’avait touché un point aussi bas. A six mois des élections de mi-mandat, Donald Trump est jugé impopulaire par 62 % des Américains selon un sondage d’ABC News et du Washington Post publié dimanche 3 mai. Sa gestion de la guerre en Iran, son bilan économique, sa lutte contre l’inflation… Rien ne trouve grâce aux yeux de nombreux citoyens. Les adversaires du président américain souhaiteraient désormais aborder un autre sujet embarrassant : celui de l’enrichissement personnel du locataire de la Maison Blanche depuis son retour au pouvoir en janvier 2025.
Un angle d’attaque qui a pris de la vigueur après la cinglante défaite de Viktor Orbán mi-avril. L’éviction du Premier ministre hongrois, en raison de la corruption patente de son régime, ne pouvait que rendre espoir à des démocrates atones depuis plus d’un an. Dopés par cet exemple, ils ont constitué, le 15 avril, un groupe de travail parlementaire conciliant modérés et progressistes, capable de se muer jusqu’en novembre en porte-voix de la lutte contre la corruption. Leur offensive vise les brebis galeuses du Congrès soupçonnées de délits d’initié, et plus simplement, le Président.
Si Kristi Noem, ancienne secrétaire à la Sécurité intérieure a pu impunément attribuer 220 millions de dollars (188 millions d’euros) à l’entreprise de com du mari d’une collaboratrice pour une campagne de promotion bidon, si les transactions sur le pétrole s’emballent dans les minutes précédant les annonces de la Maison Blanche sur la guerre en Iran, si le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, investit dans des start-up militaires liées au Pentagone, Donald Trump lui-même donne l’exemple. Le Président fait bien peu de cas des risques de conflits d’intérêts et des soupçons de pots-de-vin. Selon les dernières évaluations de Forbes et du New York Times, la fortune de Trump et de sa famille proche a progressé de plus d’1,4 milliard de dollars depuis son retour à la Maison Blanche. Elle se chiffre désormais à 6,5 milliards de dollars. Une progression spectaculaire que n’explique pas uniquement l’explosion des ventes de ses produits dérivés sur son site web. Casquettes, sneakers, bouteilles de vin et autres tee-shirts estampillés de son patronyme ne lui ont rapporté «que» 8,8 millions de dollars. C’est tout de même deux fois plus qu’en 2023, et 17 fois plus que la somme engrangée par son merchandising à ses débuts en 2017.
«Je me suis rendu compte que les gens n’en ont rien à foutre»
Si la loi américaine interdit aux présidents de recevoir des paiements de puissances étrangères, elle ne prévoit rien en revanche sur les conflits d’intérêts. Généralement, les locataires de la Maison Blanche s’appliquaient des règles éthiques pour s’éviter des conséquences politiques. Pas Trump. Lors de son premier mandat, il se contentait de loger au prix fort dans son hôtel de Washington ou à Mar-a-Lago les délégations étrangères en visites officielles, maintenant il n’hésite pas à empocher, à titre personnel, un Boeing à 200 millions de dollars offert par le Qatar. Il a confié ses business à ses fils, toujours à la tête de son groupe immobilier Trump Organization et de Trump Media & Technology Group, la maison mère de son réseau Truth Social. Mais les deux entités prospèrent cette fois comme jamais, nourries avant tout par leur lien avec le Président en place ; par son pouvoir, par le poids des Etats-Unis sur la scène mondiale, source de profits personnels, et par l’accès rémunéré à ses faveurs.
Donald Jr, l’un de ses fils, a donné le ton dès le premier grand voyage officiel de son père au Moyen-Orient, en mai 2025. «Nous faisions attention pendant son premier mandat, mais on nous est tout de même tombé dessus, expliquait-il. Cette fois, on a décidé de respecter les règles mais on ne va pas se brider.» Le Président lui-même, interrogé l’année dernière sur l’apparence douteuse de ses entreprises de cryptomonnaies, ne pouvait être plus clair. «Je me suis rendu compte que les gens n’en ont rien à foutre, disait-il, alors…» Alors à vous de voir. Tour d’horizons des bonnes affaires de la famille Trump.
Lucratives indemnités de justice
«Dans l’histoire des Etats-Unis, je suis le seul pigeon qui ait jamais fait ça, et personne n’en parle, personne ne m’en félicite», geignait Donald Trump ce 19 février devant une foule d’admirateurs à casquette rouge. Trump rappelait ainsi qu’il se prive volontairement, comme ces prédécesseurs Herbert Hoover ou John Fitzgerald Kennedy – ce qu’il a bien sûr omis de préciser –, de ses 400 000 dollars de salaire annuel en tant que président pour les reverser chaque année au budget de fonctionnement de l’Etat. Pour le reste, ce parangon de vertu n’est pas si regardant avec les deniers publics.
Trump, par exemple, demande maintenant 230 millions de dollars d’indemnités au département de la Justice, en réparation d’une perquisition de la police fédérale dans sa propriété de Mar-a-Lago en 2023. De même, il réclame 10 milliards au fisc américain, parce que l’un de ces agents aurait illégalement divulgué sa déclaration d’impôt et celles de ses fils, en 2021. Absurde ? Ces institutions officielles, toutes deux sous la coupe de la Maison Blanche, négocient en ce moment ces indemnités à la baisse, et lui verseront à coup sûr des millions. Le Président poursuit aussi en justice JP Morgan Chase pour 5 milliards de dollars, pour avoir fermé son compte après l’attaque du Congrès le 6 janvier 2021. La banque, qui dépend des autorités réglementaires fédérales, devra régler l’affaire à l’amiable car Trump ne rechigne jamais à user de son pouvoir officiel pour exercer ses lucratives vengeances.
En juillet 2025, la chaîne CBS a versé 16 millions de dollars à Donald Trump qui l’accusait d’avoir monté une interview de Kamala Harris de manière à l’avantager pendant la campagne. Ce recours abusif aurait été rejeté par un tribunal, mais Paramount, maison mère de CBS, attendait l’accord des autorités de la concurrence pour conclure sa fusion avec les studios Skydance. L’Etat a autorisé l’opération deux semaines après la remise du chèque à Donald Trump. En décembre 2024, un mois avant la cérémonie d’investiture, ABC News a payé 15 millions de dommages et intérêt «à l’amiable» au futur président après sa plainte en diffamation. Un journaliste avait mentionné sa condamnation au civil pour «viol», alors que le procès ne concernait une accusation «d’agression sexuelle».
Dès la réélection de Trump en novembre 2024, les titans des réseaux sociaux se sont empressés d’indemniser le Président pour l’avoir banni de leurs sites après l’assaut du 6 janvier 2021. X a payé 10 millions ; Meta, 25 millions ; YouTube 22,5 millions. Tous ces règlements devaient, selon leur bénéficiaire, être versés sur un compte destiné à sa future bibliothèque présidentielle. Or ce fonds a été dissous en septembre, et les démocrates du Sénat demandent maintenant où est passé l’argent.
On sait également qu’Amazon a versé un cachet de 28 millions de dollars à sa chère épouse, Melania Trump, pour sa participation à un documentaire à sa gloire. Jeff Bezos clôt ainsi ses multiples contentieux avec Donald Trump et ne risque plus de voir sa filiale informatique AWS évincée des contrats avec l’Etat américain.
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Une statue à l'effigie du président américain dans un golf Trump de Floride, le 30 avril. (Orlando Ramirez/Getty Images)
