Devant une salle endormie, le candidat LR à l’élection présidentielle a tenu un premier meeting sans surprise dans les thèmes abordés, tentant de convaincre son auditoire qu’il n’est pas condamné à reproduire le fiasco de Valérie Pécresse en 2022 (4,78 %).
Une campagne présidentielle de Bruno Retailleau peut-elle être « maboule » ? Pour son premier meeting, l’ancien ministre de l’intérieur, candidat Les Républicains (LR) pour 2027, avait rassemblé ses soutiens au parc floral de Vincennes (XIIe arrondissement de Paris) ce samedi 20 juin. Il a surtout tenté de réveiller une salle pas complètement pleine, loin des « plus de 6 000 » personnes revendiquées par l’organisation malgré plusieurs dizaines de chaises vides.
Le parti avait pourtant mis les moyens, distribuant à tour de bras drapeaux français et pancartes bleu-blanc-rouge avec des slogans à la gloire du Vendéen. Les quelques centaines de jeunes militant·es avaient habilement été placé·es au plus près du pupitre pour donner de la voix et compenser, sur les images envoyées aux télévisions, une salle vieillissante bien plus endormie.
À l’entrée, un immense stand de goodies proposait à la vente des chaussettes et des tee-shirts floqués « BR » – fabriqués au Bangladesh – et des mugs frappés du slogan « maboul et gaulliste ». Une référence à Emmanuel Macron, qui avait fustigé en avril « les mabouls qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie ».
Dans les travées, Mediapart a pu croiser, outre de nombreux députés et sénateurs LR, Philippe Fontana, toujours délégué national de l’Union de la droite pour la République (UDR, alliée du Rassemblement national) et ancien candidat aux élections législatives sous cette même étiquette.
« J’ai beaucoup d’amis qui sont là , moi j’ai toujours été LR », a-t-il justifié, convenant qu’il n’avait « jamais bien compris » quelles étaient ses responsabilités à l’UDR et que « le lien s’est un peu étiolé, les relations se sont distendues ».
Quant à savoir qui il soutiendra lors de la prochaine élection présidentielle, l’ancien candidat allié du RN préfère ne pas s’engager trop vite, mais laisse quelques indices : « On verra bien ce que ça donne en juillet, mais Jordan Bardella ce n’est tout de même pas la même colonne vertébrale. Bruno Retailleau, lui, a une ossature, une expérience... »
Mettre en scène l’unité de son camp
À défaut d’avoir attiré massivement les militant·es de droite, Bruno Retailleau a mis en scène le rassemblement des cadres de sa famille politique. En introduction, le président du parti a fait traverser la scène aux maires LR élus ou réélus en 2026, et a longuement pris le soin de saluer nommément les membres des instances dirigeantes du parti en début de discours. Près de la scène, les nombreuses chaises réservées aux invité·es devaient permettre de tordre le cou aux inquiétudes en affichant cadres et grands élus côte à côte.
Au premier rang, au côté de Michel Barnier, Gérard Larcher, François-Xavier Bellamy, Valérie Pécresse ou François Baroin manquaient tout de même quelques figures importantes, à commencer par Laurent Wauquiez. Le patron des députés LR, qui continue de plaider pour une grande « primaire de la droite » à l’automne, était absent, tout comme les très critiques Jean-François Copé et Xavier Bertrand, qui reprochent à Bruno Retailleau ses positions trop proches de l’extrême droite.
Pour les remplacer, le candidat avait réservé une place d’honneur à l’auteur franco-algérien Boualem Sansal, qui s’est brièvement exprimé en début de meeting. Revenant sur son année d’emprisonnement en Algérie, celui-ci a raconté qu’« au quatrième mois, un nom [était] entré dans la prison, il est devenu célèbre, le héros de la prison, et de toutes les prisons algériennes. Il s’appelle Bruno Retailleau, il était ministre de l’intérieur et il combattait le régime ». « Retailleau ! Retailleau ! de Beauvau à l’Élysée ! » a conclu l’écrivain sous les vivats, avant de laisser sa place au candidat.
« Mon cher Boualem, tu es devenu une légende et tu es devenu pour nous tous un symbole. Le symbole de ce qu’est pour moi être français », a lancé Bruno Retailleau, avant d’apporter son soutien au journaliste français Christophe Gleizes, toujours enfermé en Algérie. Coincé dans un espace politique étriqué entre un candidat héritier du macronisme (Édouard Philippe ou Gabriel Attal) et un·e candidat·e d’extrême droite dont il braconne l’électorat, Bruno Retailleau a surtout tenté de convaincre la salle qu’un autre destin que celui de Valérie Pécresse (4,78 % en 2022) était possible.
« En 2027, ce sera soit l’effondrement, soit le relèvement », a-t-il prévenu, avant de promettre : « Les Français vont redresser la tête. Oui, c’est possible, je vous fais ce serment de gagner en 2027 [...] il y aura des combines, des manœuvres, mais aussi d’énormes surprises. Ce sera nous, car nous allons gagner. »
L’actuel patron des sénateurs LR, ancien ministre d’Emmanuel Macron, s’est lancé dans un long réquisitoire contre la politique du président actuel, accusé, avec ses alliés successifs, d’avoir « mis la France à l’envers » et de mépriser le peuple français. Une tentative de faire passer son mandat de ministre pour une forme de cohabitation plutôt qu’une alliance, pour tordre le cou aux critiques lancées régulièrement par l’extrême droite et tenter d’incarner, contre les évidences, une opposition aux macronistes.
L’extrême droite échappe aux critiques
« Cette dépossession démocratique, nous y mettrons fin. Pour que les Français puissent se saisir de leur destin. Demain vous choisirez la politique migratoire que vous voulez », a-t-il promis, assurant qu’il n’était pas un adversaire de l’état de droit mais souhaitait un référendum sur l’immigration. Avant d’agiter le risque « de nous faire déborder par des populations que nous ne choisirons pas, qui ont des codes et une culture brutalement, radicalement éloignés de la nôtre ».
« Ceux qui n’assumeront pas la radicalité des mesures ne méritent pas la confiance des Français », a lancé Bruno Retailleau, promettant de supprimer les juges d’application des peines et la castration chimique sans le consentement des auteurs de violences sexuelles sur mineur·es.
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