« Les policiers ? Ils nous font coucou quand ils passent, comme avant », lâche, hilare, Chloé. Minijupe et haut noir décolleté, la jeune femme, qui vend ses charmes depuis six ans porte Dauphine à Paris (XVIe), ironise volontiers sur l'efficacité de la loi adoptée il y a deux mois interdisant, pour la première fois en France, le recours à la prostitution.
En attendant la mise en place des mesures d'accompagnement pour les femmes souhaitant changer de vie, le volet répressif, lui, est entré en vigueur : depuis le 13 avril dernier, tout client peut être condamné à une amende de 1 500 €. Une véritable « révolution juridique » saluée, alors, par les partisans de la mesure. Mais sur le terrain, même si quelques PV ont bien été dressés, la loi semble encore loin d'avoir produit les effets escomptés. Au côté de Chloé, Sarah*, 35 ans, voit certes la clientèle de rue s'effriter au profit d'Internet — où elle exerce aussi —, mais ce de façon continue depuis ses débuts il y a dix ans. « Certains clients sont peut-être un peu plus inquiets maintenant, concède-t-elle. Mais franchement, les policiers ont autre chose à faire en ce moment ! »
L'infraction semble dure à prouver, sauf en cas de flagrant délit des deux protagonistes...
Direction le bois de Boulogne. Une grappe de jeunes hommes, pour la plupart roumains, attendent le client, en vain. La loi ? S'ils en ont vaguement entendu parler, ils ignorent pourtant qu'elle a été adoptée. Eux s'inquiètent avant tout des interventions policières qui, pour les nombreux sans-papiers qui se prostituent ici .


