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Condamné pour détention d’images pédopornographiques, Julien a été révoqué de l’Éducation nationale. Après sept ans de thérapie, il ressent toujours une attirance pour les adolescents.
En 2015, 27 enseignants ont été radiés pour pédophilie ou pédopornographie.
Paru dans leJDD
En 2015, 27 enseignants ont été radiés pour pédophilie ou pédopornographie. (Yasmine Gateau)
Pas de prédateurs sexuels dans les écoles. Le projet de loi qui doit être adopté mardi au Sénat obligera la justice à informer l'Éducation nationale dès qu'un de ses agents, en contact avec des mineurs, est condamné pour pédophilie ou pédopornographie. En 2015, 27 enseignants ont été radiés pour ces motifs. L'association L'Ange bleu, qui offre une oreille attentive aux pédophiles abstinents ou repentis, nous a présenté un ancien prof de collège, condamné pour détention d'images pédopornographiques en 2012. Il a été révoqué.
La rencontre se déroule dans l'anonymat d'un café parisien. Julien (le prénom a été changé), petite quarantaine, allure sportswear, demande de gommer tout détail permettant de l'identifier : "Mes parents croient toujours que j'enseigne." Débit rapide, gestes des mains, il a besoin de s'épancher. Surtout dans le contexte actuel : "La ministre de l'Éducation met tout le monde dans le même sac : les consommateurs d'images pédopornographiques et les agresseurs sexuels. Mais moi, je n'ai tué ni violé personne."
La mort du frère puis l'engrenage
Pendant plus de trois heures, il plaide le cas par cas. Et commence par évoquer son enfance : milieu ouvrier, éducation ultra stricte, sexualité taboue. Puis cette souffrance indicible de se découvrir homosexuel : "Dans ma famille et ma petite ville de province, l'avouer était inconcevable. Je ressentais une profonde honte. J'avais des envies de suicide." Jusqu'à 22 ans, il n'a aucune expérience sexuelle.
«Je bouillonnais, le Net m'offrait une soupape»
Trois ans plus tard, la mort brutale de son frère fait tomber les interdits : "La vie peut s'arrêter du jour au lendemain, alors à quoi bon?" Et sur Internet, c'est si simple : "Il suffit de taper "ados", "nus", "homosexualité". J'ai commencé par des chats, des images d'hommes, puis des garçons de plus en plus jeunes, jusqu'aux ados." Il baisse la voix en prononçant le mot "pédophile". Mais s'en démarque aussitôt : "Je ne m'intéresse qu'aux adolescents de plus de 15 ans et demi." Il sent notre perplexité : "Je me base sur l'apparence physique."
Puis il décrit un "engrenage" : "J'agissais comme si mon cerveau était scindé en deux : d'un côté, je savais que c'était mal, que ces ados de Russie, des pays de l'Est ou d'Asie qui donnaient l'impression d'être consentants étaient exploités. De l'autre, je bouillonnais, le Net m'offrait une soupape." Peu à peu, l'addiction dévore tout son temps libre : "Je téléchargeais en masse, sans faire de tri. Je stockais les images, les vidéos, comme pour une collection."
"Perturbé, mais pas dangereux"
Fin 2008, les policiers débarquent chez lui à 6 heures du matin : "Je n'utilisais pas de brouilleur pour masquer mon adresse IP. Quelque part, je devais souhaiter qu'on m'arrête…" Après trois ans d'instruction, le prof de lettres est condamné à six mois de prison avec sursis et trois ans de mise à l'épreuve. "La police n'a pas enquêté au collège. Elle a vite compris qu'elle avait affaire à un pauvre type, perturbé, mais pas dangereux", assure-t-il. L'Éducation nationale est immédiatement alertée. Il est suspendu, puis révoqué.
«Est-ce qu'à leur travail, les gens se demandent s'ils vont agresser untel parce qu'il correspond à leurs fantasmes?»
"Certains psychiatres pensent que les pédophiles choisissent cette profession pour être en contact avec des proies. Mais ce n'est pas mon cas." Il dit avoir toujours rêvé d'enseigner : "J'admirais mes profs. Je les trouvais très cultivés. J'ai dû passer quatre fois le Capes." Après les images, s'en serait-il pris aux collégiens, comme le directeur de la maternelle de Villefontaine (Isère), mis en examen pour plusieurs viols et agressions sexuelles sur ses jeunes élèves? Il se récrie : "Est-ce qu'à leur travail, les gens se demandent s'ils vont agresser untel parce qu'il correspond à leurs fantasmes? Je ne suis pas une bête. Quand je faisais cours, j'étais concentré sur autre chose."
Thérapie et cours particuliers
Aujourd'hui, Julien est hébergé par des amis. Il s'emmêle dans les dates à cause des antidépresseurs. Et peine à joindre les deux bouts. Il a demandé sa réintégration. Le juge administratif a refusé. Mais il donne des cours particuliers via un organisme privé : "J'ai signé un contrat affirmant que je n'ai jamais été révoqué. C'est un faux, mais j'en ai marre. J'ai suffisamment payé."
«Je ne suis pas le monstre qu'on veut faire de moi»
Depuis qu'il est fiché parmi les auteurs d'infraction sexuelle, il oscille entre colère et désespoir : "Certains jours, je suis à deux doigts de me pendre." A-t-il changé? Sept ans de thérapie, les groupes de parole, les rencontres avec des victimes de pédophiles l'ont fait avancer, dit-il. "Je ressentirai toujours une attirance pour les adolescents. Mais avant, je ne l'acceptais pas, j'allais clandestinement sur Internet. Maintenant, je peux en parler, je ne ressens plus le besoin d'aller sur ces sites. Je ne suis pas le monstre qu'on veut faire de moi."
"Certains pédophiles peuvent être traités. Mais d'autres ne parviennent pas à intérioriser le contrôle. Il faut alors les accompagner pendant très longtemps", observe la psychiatre Sophie Baron-Laforêt. En tout cas, Julien prévient : "Miser sur le tout-répressif peut s'avérer contre-productif. Il faudrait aussi développer des structures d'écoute, comme L'Ange bleu, pour éviter à certains pédophiles de s'isoler et de passer à l'acte. Rien ne soulage plus que la parole." Une mise en garde qui apparaît comme une question de vie ou de mort : mardi matin, l'ancien directeur d'école de Villefontaine a été retrouvé mort, pendu, dans sa cellule. De son côté, le ministère de l'Éducation nationale va passer au peigne fin les antécédents judiciaires de ses 850.000 enseignants. Et promet la fermeté au nom, notamment, du principe de précaution.
Mais SI t'es une bête (immonde) et comme tu le sais! tu vas passer le reste de ta vie à te méfié de toi-même et faire en sorte de ne plus être un danger pour nos enfants!
Ou tu seras castré chimiquement! (par médoc!)
