Source:Le Figaro.Le sigle «ENA» disparaît. Sauf à l’étranger où la marque reconnue serait conservée, sous le nom d’ «ENA international»... Un entre-deux illustrant les difficultés auxquelles s’est trouvé confronté Frédéric Thiriez, qui a officiellement rendu, ce 18 février, son rapport sur la réforme de l’ENA et de la haute fonction publique. L’avocat au conseil d’État et à la cour de cassation, ancien président de la ligue de football professionnel, avait été missionné en avril par Emmanuel Macron pour faire des propositions. Avec une feuille de route contrainte par les promesses présidentielles, lancées en pleine crise des gilets jaunes.
En avril, le président annonçait la suppression pure et simple de l’école de formation des hauts fonctionnaires, pris comme symbole du divorce entre la France et ses élites. Il faut sélectionner des jeunes «à l’image de la société», «en fonction de leur mérite et pas de leur origine sociale ou familiale», expliquait-il alors. Et en finir avec «la protection à vie» dont jouissent les énarques dans «les grands corps» (les meilleurs sélectionnés dans la «botte» par le biais du classement de sortie pour intégrer le conseil d’État, la Cour des comptes et l’Inspection des finances).
«Corporatisme funeste»:
Après des mois de tergiversations, d’auditions (plus de 250) de dissensions au sein de la mission Thiriez et d’échanges avec l’exécutif -le rapport était attendu fin novembre-, Frédéric Thiriez a rendu ses propositions au premier ministre. Ce dernier annoncera les contours de la réforme en avril.
En France, l’ENA devient l’ «EAP» pour «Ecole d’administration publique». Simple toilettage? Dans ce rapport de 95 pages, la mission Thiriez suggère, entre autres, la fin du classement de sortie, la fin du corps de l’inspection des finances, l’enterrement de l’épreuve de culture générale et la mise en place d’un «concours spécial» à l’adresse d’élèves sélectionnés sur critères sociaux, un système de discrimination positive, façon Sciences Po.
Car le constat posé par la mission Thiriez est sévère. «La démocratisation voulue par les pères fondateurs de 1945 n’est pas au rendez-vous, assène le rapport. Les fils de cadres représentent toujours 70 % des promotions et ce chiffre ne baisse pas depuis 30 ans». La sortie possible dans les «grands corps» «garantit aux heureux élus (12 ou 15 sur 80 selon les années) une carrière sinon plus brillante, du moins beaucoup plus variée que les autres, et ce, sur la base d’une simple note chiffrée». De l’Institut national des études territoriales (Inet) à l’École de magistrature, en passant par l’École de la police, la multiplication des grandes écoles de service public «nuit à l’émergence d’une culture commune chez les grands serviteurs de l’État qui (...) favorise un corporatisme funeste et nourrit l’ignorance, voire le mépris des uns pour les autres», pose le rapport.
Un «tronc commun» de six mois:
Pour «décloisonner la haute fonction publique», la mission Thiriez propose pour les candidats reçus aux concours administratifs de sept écoles - l’ex ENA, l’École de la magistrature, l’École de la police, l’École de l’administration pénitentiaire, l’École des hautes études en santé publique, l’École nationale supérieure de sécurité sociale et l’Institut national des études territoriales- un «tronc commun» de six mois, dont l’essentiel se passerait sur le terrain. Il comprendrait trois semaines de préparation militaire supérieure, trois semaines consacrées à l’encadrement des jeunes du service national universel (SNU) et quatre mois de stage opérationnel. Les élèves rejoindraient ensuite leur «école d’application».
Le classement de sortie, «un archaïsme dont le maintien ne s’explique que par la facilité» selon le rapport, serait supprimé, laissant la place à une procédure d’affectation «par rapprochement des offres et des demandes». Mais le système des grands corps ne serait pas totalement abandonné. Afin de «casser l’effet de rente», les corps d’inspection, comme l’Inspection générale des finances, seraient transformés en emplois fonctionnels. Les corps juridictionnels (le Conseil d’État et la Cour des comptes) seraient quant à eux conservés, mais le recrutement serait différé après la sortie de l’école: après quatre années de services, les fonctionnaires pourraient se porter candidats.
Exit la fameuse «composition» de culture générale:
Comment ouvrir socialement la future «EAP»? Une vingtaine de nouvelles classes «égalité des chances» -une au moins par région-, regroupant des élèves sélectionnés sur des critères sociaux pourraient ouvrir. Un concours spécial leur serait destiné, «dans la limite de 10 à 15% de l’effectif des promotions». Une manière d’instaurer des quotas. Enfin, la mission propose de supprimer «les épreuves socialement discriminantes». Exit, donc la fameuse «composition» de culture générale. Place à une «note sur dossier portant sur les grands enjeux du monde contemporain».
Enfin, comme largement évoqué depuis des mois, la mission Thiriez suggère la mise en place d’une sorte d’ «école de guerre», baptisée «Institut des hautes études du service public». Il dispenserait, en milieu de carrière, une formation commune à des hauts fonctionnaires, magistrats, officiers de gendarmerie et des armées souhaitant progresser.
Calendrier? L’année 2022 pour les premiers recrutements. À condition que les textes législatifs et réglementaires passent avant septembre 2020.
https://www.lefigaro.fr/actualite-franc ... z-20200218

