Décryptage La détérioration des relations transatlantiques met en lumière les fragilités européennes dans de nombreux secteurs économiques stratégiques comme la défense, le spatial, les télécommunications, les services numériques, l’énergie ou encore les réseaux de paiement. ne fait que confirmer les craintes de ceux des Français qui ne se prosternent pas devant les nouveaux fous de dieu, ces Poutine et surtout ce Trump bis.
Le lien https://www.lemonde.fr/economie/article ... _3234.html
J'ai pensé qu'il serait intéressant de lancer le débat en ouvrant un sujet pour chacun des thèmes abordés par les journalistes Marc Angrand, Marie de Vergès, Pierre Manière, Olivier Pinaud et Alexandre Piquard.
Celui ci porte sur la DEFENSE.
Des armes américaines en grand nombre
Pour l’Europe de la défense, c’est un affront cuisant. Pendant que les Etats-Unis menaçaient il y a peu de prendre possession du Groenland, le Danemark, propriétaire de ce territoire autonome, protégeait son espace aérien avec des avions de chasse F-35 américains fabriqués par Lockheed Martin.
Or, pour préparer leurs missions, les pilotes des F-35 européens – 13 pays en possèdent en Europe (Royaume-Uni, Italie, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Finlande, Norvège, Danemark, Pologne, Roumanie, Grèce, Suisse et République tchèque) – doivent envoyer leurs plans de vol vers des centres de données américains. La maintenance des logiciels embarqués et les commandes de pièces détachées sont également en partie automatisées à distance, ce qui limite clairement l’autonomie des pays utilisateurs de cet avion.
Une dépendance connue et assumée. Copenhague a confirmé son intention, en octobre 2025, d’acheter 16 F-35 supplémentaires pour porter sa flotte à 43 appareils afin de répondre à la menace venant de Russie, alors même que Donald Trump ne cachait pas ses intentions impérialistes sur le Groenland.
Révélateur de la dépendance européenne à l’égard des Etats-Unis en matière de défense, la guerre en Ukraine a surtout permis à ces derniers de renforcer un peu plus leur emprise. Selon les données 2024 de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les importations d’armements ont augmenté de 155 % en Europe entre 2020 et 2024 par rapport à la période 2015-2019, principalement pour faire face aux besoins de Kiev. Sur ce montant, un peu plus de la moitié (53 %) étaient américaines. En Ukraine, sur cette période 2020-2024, 45 % des armes lourdes transférées provenaient des Etats-Unis.
« Finalement, plus les Etats-Unis menacent de réduire leur bouclier, comme lors du discours du vice-président américain, J. D. Vance, à la Conférence de Munich sur la sécurité le 14 février 2025, plus les Européens veulent se réarmer et plus ils achètent rapidement des équipements étrangers disponibles, notamment américains », décrypte Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques, spécialiste des questions de défense. Selon ses dernières estimations, même s’il est complexe à calculer, le taux de dépendance de l’Europe vis-à -vis des armes étrangères, principalement américaines mais aussi israéliennes et sud-coréennes, s’élève à 55 %. Il approche les deux tiers si l’on retire la France, pays européen le plus souverain en la matière.
Mais les armées françaises sont-elles si indépendantes des Etats-Unis ? Selon le rapport du 20 janvier 2025 du bureau américain des affaires politiques et militaires, la France a acheté pour 6,2 milliards de dollars (5,43 milliards d’euros) d’armements aux Etats-Unis en 2024, par le biais du système encadré des ventes de gouvernement à gouvernement. Parmi eux, des missiles Hellfire. Ces derniers peuvent être embarqués sous des drones américains de reconnaissance Reaper, dont la France détient 12 exemplaires. Mais pour cela, il lui faut l’approbation du Congrès américain. Pour l’instant, aucun des projets français ou européens censés pouvoir concurrencer les Reaper n’a abouti.
« La dépendance peut aussi être indirecte, via des restrictions à l’exportation ou aux usages », ajoute Renaud Bellais, codirecteur de l’observatoire de la défense de la Fondation Jean Jaurès. Les Etats-Unis peuvent ainsi s’opposer à la vente d’un armement européen si celui-ci contient un composant américain, selon la réglementation sur le trafic d’armes au niveau international. En 2018, Washington a bloqué la vente d’avions Rafale à l’Egypte sous prétexte que les missiles Scalp qu’ils embarquaient contenaient des composants américains.
Les Etats-Unis ont aussi créé une dépendance industrielle. Le fuselage central des F-35 vendus en Europe est fabriqué en Allemagne par Rheinmetall et leur assemblage final est réalisé en Italie, en partenariat avec Leonardo. Les besoins de réarmement augmentant, ce type de partenariats industriels s’est multiplié ces derniers mois, notamment autour de Rheinmetall. L’industriel allemand a signé, en juin 2025, un accord avec Anduril, la start-up de défense la plus en vue des Etats-Unis, pour produire des drones de combat et des missiles de croisière, ce qui a soulevé des critiques. « Dès lors qu’un partenaire crée de l’activité et des emplois localement, c’est encore plus difficile de s’en éloigner », conclut M. Maulny.
