Lebranchu pointe la montée du FN chez les fonctionnaires
Posté : 12 juillet 2014 01:05
La ministre de la Fonction publique a consulté des spécialistes. Ceux-ci pointent une "explosion" frontiste parmi les agents de catégorie C.
"Les syndicats eux-mêmes en parlent et sont inquiets", a confié à Libération Marylise Lebranchu. Les spécialistes qu'elle a consultés le lui confirment : il y a bel et bien une "explosion du vote FN parmi les fonctionnaires de catégorie C", à savoir les moins gradés de la fonction publique. Au premier tour de la présidentielle 2012 déjà, Marine Le Pen avait attiré 30 % d'entre eux. "Et c'est derrière les guichets des caisses de la Sécurité sociale, à l'hôpital ou dans les services sociaux, que les fonctionnaires sont le plus sensibles aux thèses frontistes", indique Luc Rouban, sociologue spécialiste de la fonction publique.
Aux Européennes de mai dernier, l'attirance pour le Front national a encore augmenté, marquant une "vraie rupture" au niveau des fonctionnaires et salariés du public dans leur ensemble, à 23 % pour le FN, ajoute le sociologue Joël Gombin. Chez les enseignants, elle est à 5-6 % parmi les cadres. Un score faible, mais "en très forte progression".
"Mal-être au travail"
Plusieurs facteurs expliqueraient ce phénomène. "Le FN est un parti qui a un langage de défense absolu des fonctionnaires, y compris des enseignants", propose Marylise Lebranchu.
Luc Rouban pointe quant à lui trois éléments décisifs dans le discours du FN : défense de la laïcité, culte de l'autorité de l'État et de l'idéal républicain, dénonciation de l'incapacité de l'État à "organiser une mobilité professionnelle pour ses agents".
D'une manière plus prosaïque, le chercheur pointe également les coupes budgétaires. "Avec 50 milliards en plus, le vote FN au sein de la catégorie C va se dégonfler d'un seul coup", parie-t-il. Une référence aux 50 milliards de baisse de dépense publique en trois ans décidée par le gouvernement dans le cadre de son "plan d'économies". Mais, avant tout, le Front national reste selon lui "le porte-parole d'un mal-être au travail, où la hiérarchie des grands corps est moins légitime et cultive un entre-soi".