faut-il supprimer :" à consommer de préférence avant ? "
Posté : 16 octobre 2014 08:28
Ce jeudi s'ouvre la deuxième journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire. Alors que chaque Français jette 20 kilos de nourriture par an, la question de supprimer la date limite d'utilisation optimale (DLUO) se pose. A juste titre?
Les poubelles des Français débordent et bien souvent, d'aliments encore consommables. Tel est le constat dressé par le ministère de l'Agriculture qui lance, ce jeudi, sa deuxième journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire. Il s'est engagé l'an dernier à organiser tous les 16 octobre cet évènement dont l'objectif est de réduire de moitié ce que nous jetons bêtement d'ici 2025.
Sur France info mercredi, l'ex-ministre délégué à l'Agroalimentaire Guillaume Garot s'est dit favorable à "une clarification des règles des dates de consommation." Car dans la confusion, chaque Français jette l'équivalent de 20 kilogrammes de nourriture par an dont 7 encore parfaitement emballés. Ce qui représente "une perte de 400 euros par an et par foyer", rappelle le ministère de l'Agriculture.
Il existe deux dates possibles sur les aliments que nous consommons.
Soit la "date limite d'utilisation optimale" (DLUO). Elle est plus connue sous la mention "à consommer de préférence avant." Elle indique jusqu'à quel jour un produit peut perdre en qualité mais reste consommable.
Soit "la date limite de consommation" (DLC). Elle est plus connue sous la mention "à consommer jusqu'au." Elle indique jusqu'à quel jour un produit peut être consommé. Au-delà, il est périmé et peut représenter un danger pour la santé.
L'Europe déplore la cohabitation de ces deux mentions, qui s'appliquent dans la plupart des pays et qui accentueraient le gaspillage. Ainsi, le commissaire européen de la Santé Tonio Borg estime que 20% des déchets alimentaires pourraient être évités sans ce double label. Bruxelles s'est d'ailleurs dit favorable à la limitation au maximum de l'utilisation de la DLUO sur les produits.
Peur d'être malade
Pour l'association de consommateurs l'UFC-Que-Choisir, le problème est d'autant plus grave en France que nous avons un petit soucis sémantique que ne connaissent pas nos voisins. "En anglais, il n'y a aucune confusion entre deux mentions très différentes. Use by représente la date limite et best before celle après laquelle le produit est moins bon. En France, les autorités ont malheureusement choisi deux mentions très similaires", explique à Europe 1, Olivier Andrault, chargé de mission Alimentation à l'association.
Conséquence, les consommateurs ont du mal à faire le tri entre les denrées périssables et non périssables. Dans le doute, ils jettent tout à la poubelle. "Quand on ne sait pas, on ne prend pas de risque, surtout quand on a des enfants", constate Charles Pernin, chargé de mission Alimentation à CLCV, joint par L'Express. "Beaucoup de gens croient par exemple qu'une boîte de raviolis, du fait que ce soit un plat préparé, est périssable et peut rendre malade si on l'ingurgite après sa DLUO." D'après une enquête de l'association , une telle boite reste pourtant consommable sans danger: elle peut juste perdre en saveur. A l'inverse, 80% des Français avouent manger un yaourt trois jours après sa DLC. C'est une erreur: la date doit être respectée sur le plan sanitaire et on peut s'exposer au moins à des troubles digestifs.
La DLUO, gage néanmoins de qualité
Pour endiguer tout gaspillage, le Conseil économique et social a proposé en janvier de supprimer purement et simplement la DLUO des produits. Car pour les aliments comme les pâtes, le riz, voire les conserves à condition qu'elles soient bien préservées, il n'y a aucun risque sanitaire à les consommer après leur date d'utilisation optimale. D'autant que celle-ci est fixée à la libre appréciation de l'industriel, et ce de façon "opaque", selon CLCV. L'association craint que certaines entreprises abusent de dates raccourcies par pure stratégie marketing.
"La difficulté, c'est qu'on ne peut pas supprimer la DLUO de tous les produits, tempère Charles Pernin de CLCV. Certains aliments non périssables perdent au bout d'un moment leurs vitamines ou leur goût est altéré. Il y a un risque qu'on achète ensuite des produits non dangereux mais de mauvaise qualité." Autre difficulté, plus technique, les textes européens imposent que tout produit possèdent soit une DLUO soit une DLC. Et il n'est pas évidemment pas possible d'accoler une DLC à un produit non périmable.
Reste alors la solution de renommer la mention "à consommer de préférence jusqu'au" par "meilleur avant", comme dans les pays anglo-saxons. Mais encore faut-il que le consommateur prenne la peine de lire l'étiquette.
Ces aliments que l'on peut facilement consommer sur une longue période
L'Université de Liège, citée par Slate, recense les aliments que l'on peut aisément consommer après leur date limite d'utilisation optimale:
- Les surgelés, à condition de les conserver à - 18 degrés. 6 mois maximum néanmoins pour les plats préparés soi-même et 9 mois pour les steack hachés.
- Les conserves, si elles ne sont pas détériorées et conservées à température ambiante.
- Les produits secs, comme les céréales ou la farine. Attention à bien les conserver à l'abri de l'humidité. Petit risque néanmoins qu'ils perdent en goût.