la mort annoncée de la majorité
Posté : 31 octobre 2014 08:43
Pour Michèle Cotta, la douloureuse mort de Rémi Fraisse apparaît comme une illustration de plus de l'incapacité de la gauche à s'unir.
La perte d'une vie est toujours un drame. Mourir à 21 ans pour avoir fait le rêve d'un monde bucolique, immuable, serein est insupportable. Être pris dans des affrontements violents et être atteint par une grenade offensive alors qu'on s'est engagé pacifiquement dans une lutte est profondément injuste. Personne ne peut accepter d'un coeur léger que, pour un barrage, Rémi Fraisse ait été tué par des gendarmes, eux-mêmes rudement touchés, que son cadavre ait été retrouvé au petit matin au milieu d'un champ dévasté. Mais personne aussi ne peut accepter le coeur léger que les violences de quelques-uns changent une clairière en champ de bataille.
François Hollande et Manuel Valls ont-ils attendu trop longtemps, près de quarante-huit heures, pour faire preuve de compassion à l'égard du jeune manifestant ? Sans doute, puisqu'on leur fait ce procès, ont-ils eu tort d'intervenir si tard. Après, en tout cas, que Cécile Duflot eut parlé, elle, de façon virulente de "tache indélébile sur l'action du gouvernement".
Tout de même, comment ne pas parler, au milieu du drame humain, alors que l'émotion était encore immense, de récupération politique ? Ou plutôt, pour appeler les choses par leur nom, de guerre intestine à gauche ? Ce sont les Verts, le Front de gauche, et leurs compagnons de route, qui se sont les premiers, l'émotion pas même retombée, mis en ordre de marche contre François Hollande et Manuel Valls. La droite aurait pu emboîter le pas, elle ne l'a pas fait, n'a pas voulu monter au créneau contre l'action des forces de l'ordre. Pas davantage elle n'a mis l'accent sur la responsabilité du ministre de l'Intérieur, et encore moins sur celle du chef de l'État et du Premier ministre.
"Violence politique"
François Fillon le premier avait mardi matin, au micro d'Europe 1, donné le ton en évoquant, sans nier évidemment le drame humain, la responsabilité de "ceux qui font de la violence politique une arme désormais systématique contre tous les projets d'infrastructures". Les autres leaders de la droite sont restés prudents. Seul Nicolas Sarkozy, en meeting à Marseille, a rappelé que, de son temps à lui, ministre de l'Intérieur, lui, président de la République, les forces de l'ordre avaient assuré "sans drame" l'ordre républicain. Il ne s'est pas autorisé lui-même à aller plus loin.
Ainsi la douloureuse mort de Rémi Fraisse apparaît-elle comme une illustration de plus de l'incapacité de la gauche à s'unir, de la volonté de quelques-uns de faire flèche de tout bois pour abattre les autres, de ceux qui ont quitté récemment le pouvoir pour condamner ceux qui l'exercent encore. Tantôt, ceux-là évoquent la mort en 1995 de Malik Oussekine, "tache indélébile" du gouvernement Chirac en 1986. Ceux-ci répondent que les choses ne sont pas comparables, qu'il n'y a aucune comparaison entre une échauffourée qui tourne mal et une répression qui ne dit pas son nom.
"Faire du Valls"
En tout cas, la chose est entendue : entre les Verts, ou du moins ceux - et celles - qui ont immédiatement crié à la défaillance gouvernementale, réclamant la démission du ministre de l'Intérieur, et le duo exécutif, il n'y a plus désormais, et pour longtemps, de chemin à parcourir ensemble. Il n'y en a pas non plus entre ceux qui jugent aujourd'hui les écologistes incompatibles avec toute volonté de réindustrialiser le pays et ceux qui préfèrent l'environnement à la croissance. La route était déjà difficile depuis 2012 entre opposants et militants de l'aéroport de Nantes, entre partisans et adversaires de la voie de contournement de Strasbourg, pour ne citer que ces deux cas-là. Elle est désormais, après les accusations de Cécile Duflot, dévastée et impraticable.
Alors ? Une majorité encore plus fragile, un exercice du pouvoir encore plus difficile ? Oui, sans doute, d'autant que les socialistes se divisent dans le même temps à l'occasion de l'interview récente de Manuel Valls à L'Obs. Est-il allé trop loin en défendant la politique économique du gouvernement et surtout en évoquant la transformation du Parti socialiste, l'ouverture au centre ? A-t-il divisé plus encore les socialistes qu'ils ne l'étaient déjà ? Avait-il un blanc-seing de François Hollande pour tenir publiquement ces propos jugés provocateurs par une partie des militants et des élus socialistes ? Autant d'interrogations qui nourrissent les rumeurs, inévitables, de friction entre le chef du gouvernement et le président. Même si François Hollande a demandé à Manuel Valls, en le nommant à Matignon, de "faire du Valls", peut-être aurait-il préféré qu'il ne condamne pas en quelques lignes l'action menée par un autre tandem exécutif pendant les deux premières années du quinquennat ?
À ce train-là, si on additionne les assauts des écologistes et les divisions des socialistes, la prochaine mort annoncée est celle de la majorité.
La perte d'une vie est toujours un drame. Mourir à 21 ans pour avoir fait le rêve d'un monde bucolique, immuable, serein est insupportable. Être pris dans des affrontements violents et être atteint par une grenade offensive alors qu'on s'est engagé pacifiquement dans une lutte est profondément injuste. Personne ne peut accepter d'un coeur léger que, pour un barrage, Rémi Fraisse ait été tué par des gendarmes, eux-mêmes rudement touchés, que son cadavre ait été retrouvé au petit matin au milieu d'un champ dévasté. Mais personne aussi ne peut accepter le coeur léger que les violences de quelques-uns changent une clairière en champ de bataille.
François Hollande et Manuel Valls ont-ils attendu trop longtemps, près de quarante-huit heures, pour faire preuve de compassion à l'égard du jeune manifestant ? Sans doute, puisqu'on leur fait ce procès, ont-ils eu tort d'intervenir si tard. Après, en tout cas, que Cécile Duflot eut parlé, elle, de façon virulente de "tache indélébile sur l'action du gouvernement".
Tout de même, comment ne pas parler, au milieu du drame humain, alors que l'émotion était encore immense, de récupération politique ? Ou plutôt, pour appeler les choses par leur nom, de guerre intestine à gauche ? Ce sont les Verts, le Front de gauche, et leurs compagnons de route, qui se sont les premiers, l'émotion pas même retombée, mis en ordre de marche contre François Hollande et Manuel Valls. La droite aurait pu emboîter le pas, elle ne l'a pas fait, n'a pas voulu monter au créneau contre l'action des forces de l'ordre. Pas davantage elle n'a mis l'accent sur la responsabilité du ministre de l'Intérieur, et encore moins sur celle du chef de l'État et du Premier ministre.
"Violence politique"
François Fillon le premier avait mardi matin, au micro d'Europe 1, donné le ton en évoquant, sans nier évidemment le drame humain, la responsabilité de "ceux qui font de la violence politique une arme désormais systématique contre tous les projets d'infrastructures". Les autres leaders de la droite sont restés prudents. Seul Nicolas Sarkozy, en meeting à Marseille, a rappelé que, de son temps à lui, ministre de l'Intérieur, lui, président de la République, les forces de l'ordre avaient assuré "sans drame" l'ordre républicain. Il ne s'est pas autorisé lui-même à aller plus loin.
Ainsi la douloureuse mort de Rémi Fraisse apparaît-elle comme une illustration de plus de l'incapacité de la gauche à s'unir, de la volonté de quelques-uns de faire flèche de tout bois pour abattre les autres, de ceux qui ont quitté récemment le pouvoir pour condamner ceux qui l'exercent encore. Tantôt, ceux-là évoquent la mort en 1995 de Malik Oussekine, "tache indélébile" du gouvernement Chirac en 1986. Ceux-ci répondent que les choses ne sont pas comparables, qu'il n'y a aucune comparaison entre une échauffourée qui tourne mal et une répression qui ne dit pas son nom.
"Faire du Valls"
En tout cas, la chose est entendue : entre les Verts, ou du moins ceux - et celles - qui ont immédiatement crié à la défaillance gouvernementale, réclamant la démission du ministre de l'Intérieur, et le duo exécutif, il n'y a plus désormais, et pour longtemps, de chemin à parcourir ensemble. Il n'y en a pas non plus entre ceux qui jugent aujourd'hui les écologistes incompatibles avec toute volonté de réindustrialiser le pays et ceux qui préfèrent l'environnement à la croissance. La route était déjà difficile depuis 2012 entre opposants et militants de l'aéroport de Nantes, entre partisans et adversaires de la voie de contournement de Strasbourg, pour ne citer que ces deux cas-là. Elle est désormais, après les accusations de Cécile Duflot, dévastée et impraticable.
Alors ? Une majorité encore plus fragile, un exercice du pouvoir encore plus difficile ? Oui, sans doute, d'autant que les socialistes se divisent dans le même temps à l'occasion de l'interview récente de Manuel Valls à L'Obs. Est-il allé trop loin en défendant la politique économique du gouvernement et surtout en évoquant la transformation du Parti socialiste, l'ouverture au centre ? A-t-il divisé plus encore les socialistes qu'ils ne l'étaient déjà ? Avait-il un blanc-seing de François Hollande pour tenir publiquement ces propos jugés provocateurs par une partie des militants et des élus socialistes ? Autant d'interrogations qui nourrissent les rumeurs, inévitables, de friction entre le chef du gouvernement et le président. Même si François Hollande a demandé à Manuel Valls, en le nommant à Matignon, de "faire du Valls", peut-être aurait-il préféré qu'il ne condamne pas en quelques lignes l'action menée par un autre tandem exécutif pendant les deux premières années du quinquennat ?
À ce train-là, si on additionne les assauts des écologistes et les divisions des socialistes, la prochaine mort annoncée est celle de la majorité.