Il y a 70 ans a Dakar.....
Posté : 01 décembre 2014 19:48
Algériens, Marocains, Sénégalais, Camerounais... Par centaines de milliers, ces hommes venus des colonies ont combattu durant des années pour libérer la France. Nombreux sont ceux qui y ont laissé leur vie ou qui ont été blessés, après avoir fait preuve d'un courage héroïque... d'autant que les généraux alliés leur réservaient les "missions impossibles" .
Pourtant, la reconnaissance ne fut pas toujours au rendez-vous. Pire, certains furent exécutés lors de leur retour à Dakar, en décembre 1944. Un sombre épisode connu sous le nom de massacre du camp de Thiaroye et qui a inspiré un film à Ousmane Sembène et Thierno Faty Sow (1). "Ces soldats représentaient la moitié des troupes ayant débarqué en Provence, explique l'universitaire Emmanuel Blanchard.
Au fur et à mesure de son avancée, ce que l'on appelait l'Armée d'Afrique fut toutefois 'blanchie' : de Gaulle privilégiant l'intégration des résistants, il choisit, face à la pénurie de moyens, de désarmer des bataillons de tirailleurs afin d'équiper ces nouveaux combattants" . C'est ainsi qu'en octobre, des Sénégalais qui ont libéré Marseille ou se sont illustrés à Toulon sont rassemblés dans des casernes, en Bretagne (Morlaix) et dans le Var (Hyères).
Privés de leurs uniformes alors que le froid se fait de plus en plus vif, ils ne touchent qu'une partie de leur solde, ce qui provoque leur colère. Avec eux, les autorités placent d'autres anciens combattants africains : faits prisonniers en 1940, ils ont été obligés de travailler durant quatre ans pour les Allemands. En novembre, il est décidé de les renvoyer à Dakar. Ceux du Var embarquent à Marseille, où la population les fête.
Une fois au Sénégal, plusieurs milliers d'hommes sont parqués au camp de Thiaroye, que dirigent des officiers longtemps proches de Vichy : irrités par les comportements "arrogants" et "inadmissibles" de ceux qui sont désormais des prisonniers, ils font ouvrir le feu le 1er décembre : "Le scandale est si grave que les autorités françaises décident de masquer le nombre exact de victimes, raconte Charles Onana, auteur de La France et ses tirailleurs (Editions Duboiris). Dans les rapports officiels, on parle de 24 morts et de 34 blessés" . Un chiffre bien loin de la réalité : aujourd'hui, on estime qu'un millier d'hommes ont péri ou été blessés au camp de Thiaroye... .