des détenus postent des « selfies » sur Facebook
Posté : 05 janvier 2015 19:53
La page « MDR o Baumettes », où des prisonniers posent dans les couloirs de la prison marseillaise, avec des téléphones portables, de la drogue ou des billets de banque, fait scandale à Marseille.
On rigole bien dans la mythique prison marseillaise. C'est en tout cas ce que laisse suggérer la page Facebook «MDR o Baumettes» [Mort De Rire aux Baumettes NDLR] supprimée par l'Administration pénitentiaire le 31 décembre.
D'après le quotidien La Provence, qui a révélé l'information, durant la semaine de Noël, les publications, photos ou vidéos, postées par des prisonniers ont afflué vers cette page Facebook qui cumulait près de 4800 «j'aime» avant d'être supprimée. Les détenus, tout sourire, affichaient leurs festivités sans complexes, et à visage découverts sur la Toile. On pouvait les apercevoir se prenant en «selfies» dans les couloirs de la prison, ou en train de téléphoner dans leurs cellules. L'un d'entre eux s'est même photographié avec une liasse de billets de 50 euros à la main, un autre en train de fumer la chicha, un troisième a pris en photo son joint.
«La détention et l'utilisation de téléphones portables est interdite» précise pourtant le règlement pénitentiaire. Pourtant, cette interdiction officielle n'est absolument pas respectée et dans les faits, les téléphones, et même les smartphones équipés d'Internet, pullulent.
«Cela n'est plus une prison, c'est un centre de vacances»
«Ils ont tous des téléphones portables, le sport, l'école, des activités, la télévision avec en prime Canal+ (pour 9 euros par cellule et par mois, NDLR), alors que la majorité des gens à l'extérieur n'ont pas les moyens de se payer l'abonnement: cela n'est plus une prison, c'est un centre de vacances», rage un responsable syndical Force ouvrière dans les colonnes de La Provence.
Des conditions plus proches en effet de celles du Club Med que de celles décrites par un rapport alarmant en 2012 sur l'insalubrité de la prison mythique de la deuxième ville de France. Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, avait alors évoqué une «une violation grave des droits fondamentaux» dans cette prison alors en surpopulation carcérale.
Les membres de l'Administration pénitentiaire pointent du doigt le manque de moyens. Dans des cellules surencombrées, les téléphones portables, l'argent liquide et la drogue entrés illicitement sont quasiment impossibles à détecter, d'autant que l'article 57 de la loi pénitentiaire de 2009 interdit les fouilles corporelles systématiques. D'après les surveillants, l'administration se refuse à exécuter une fouille générale de l'établissement, qu'ils réclament pourtant. Le 30 octobre dernier ils manifestaient devant le centre de détention pour réclamer l'embauche de 50 gardiens supplémentaires à Marseille.
La page Facebook a suscité l'indignation de plusieurs personnalités politiques, le président du conseil général des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, interpellant directement la garde des Sceaux.
Le député UMP se dit «scandalisé par ces dérives». «La prison n'est pas un espace de liberté mais une sanction censée être dissuasive» déplore-t-il. Il accuse Christiane Taubira de ne s'être «jamais souciée des prisons» et demande un «véritable plan Marshal pénitentiaire», avec «des moyens, des places et des surveillants supplémentaires».
Face à l'impossibilité pratique d'appliquer l'interdiction des téléphones portables, le contrôleur Delarue s'était lui prononcé en février dernier en faveur de l'autorisation des téléphones mobiles pour les détenus, évoquant le «puits sans fond» du trafic de téléphones portables, impossible à endiguer.
