Reich ou Daech..meme combat
Posté : 03 février 2015 16:52
Plus de 2000 ouvrages ont été détruits par Daech à Mossoul le mois dernier. Pour Louis Manaranche, enfermer un livre dans son sens littéral est la marque du fondamentalisme.
Qu'il s'agisse ou non du plus grand autodafé de l'histoire, les destructions massives de livres auxquelles ont procédé les hommes de Daech sont une atteinte de plus à ce qui constitue une civilisation. Ce n'est hélas pas une surprise, tant ce groupe nous a habitués à présenter toutes les facettes de la barbarie. Il y a néanmoins là quelque chose d'apparemment paradoxal. Eux qui se reconnaissent dans une religion que l'on appelle habituellement «du Livre», qui aiment à s'en répéter les sourates au long des heures, n'ont pas montré de scrupules particuliers à brûler des milliers d'ouvrages et à dépouiller ainsi les bibliothèques de Mossoul de trésors millénaires.
Il y a là un paradoxe: eux qui se reconnaissent dans une religion que l'on appelle habituellement «du Livre», qui aiment à s'en répéter les sourates au long des heures, n'ont pas montré de scrupules particuliers à brûler des milliers d'ouvrages et à dépouiller ainsi les bibliothèques de Mossoul de trésors millénaires.
Quel est donc le rapport au livre qui permet de s'en débarrasser ainsi? Il semble bien que ce soit non pas un mépris pour celui-ci mais une fascination désordonnée, qui constitue le principe même du fondamentalisme. Un livre est fait pour être lu et compris, mais aussi commenté et interprété, ce qui n'est pas faire violence au texte, profane ou sacré. Au contraire, aucune de ces quatre étapes n'est facultative ni ne représente un danger pour la cohésion d'une communauté religieuse ou politique. Ce sont les moines eux-mêmes qui ont légué cette méthode à l'Occident médiéval. Ils ont aussi enseigné que c'est en réunion, en assemblée, que ces actes de l'intelligence sont pleinement exercés. On se rend ainsi compte plus profondément que la vérité, même en matière religieuse, n'est pas intrinsèquement contenue dans l'écrit. Elle exige une quête patiente, un face-à-face, parfois douloureux, avec le texte. La vérité demande que le texte soit, pour ainsi dire, remis à sa place. Pour que cette recherche soit vraiment féconde et qu'elle ne tourne pas en rond, centrée sur ma subjectivité individuelle, elle ne peut en outre qu'être menée à plusieurs, à l'école des sages qui m'ont précédé et qui me guident.