Fitch dégrade la note de la France, en raison des difficultés budgétaires et de l’instabilité politique
Posté : 13 septembre 2025 08:10
Quelqu'un est surpris ?...
De AA- à A +, l’agence de notation américaine a décidé ce vendredi 12 septembre au soir d’abaisser la note de la dette française, qui passe d’un risque de défaut de «très faible» à «faible».
Une lettre de moins. Sans attendre de savoir si le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, va parvenir à nouer un accord de non-censure pour faire passer le budget 2026, l’agence de notation américaine Fitch a dégradé la note de la dette de la France. Dans une décision rendue publique ce vendredi 12 septembre dans la soirée, elle a choisi de lui retirer un A. Passant de AA- à A +, la France quitte le groupe des pays dont le risque de défaut est considéré de «très faible» pour rejoindre celui dont le risque de défaut est «faible», où se trouvent déjà la Belgique, Malte et l’Estonie.
La dernière fois que cette agence avait fait changer la France de catégorie était en 2013, quand elle l’avait sortie du groupe des pays triple A (la meilleure notation). Elle est la première des trois principales agences internationales (avec Moody’s et Standard & Poor’s) à placer la France dans cette catégorie.
Cette relégation est motivée par les difficultés budgétaires que traverse le pays et l’instabilité politique qui perdure, même si, cette fois, un Premier ministre a été nommé rapidement après le départ de François Bayrou. «La chute du gouvernement lors d’un vote de confiance illustre la fragmentation et la polarisation croissante de la politique intérieure», pointe Fitch dans un communiqué. «Cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à mettre en œuvre une consolidation budgétaire d’ampleur», ajoute l’agence américaine. «Sans perspective claire de stabilisation de la dette dans les années à venir», elle estime également improbable de ramener le déficit public sous 3 % du PIB en 2029 comme l’ambitionnait le gouvernement sortant.
A l’annonce de cette dégradation de la note française, le ministre démissionnaire de l’Economie et des Finances, Eric Lombard, a dit «prendre acte» de la décision de Fitch, «malgré la solidité de l’économie française». «Le nouveau Premier ministre a d’ores et déjà engagé la consultation des forces politiques représentées au Parlement en vue d’adopter un budget pour la Nation et de poursuivre les efforts de rétablissement de nos finances publiques», a-t-il ajouté.
En mars, quelques semaines après que le gouvernement a finalement réussi à promulguer le budget pour 2025, cette même agence avait laissé inchangée la note de la France, qu’elle avait six mois auparavant assortie d’une perspective négative (l’étape précédant le changement de catégorie). Fitch avait alors salué son économie «vaste et diversifiée» et ses «institutions fortes et efficaces», critiquant néanmoins son déficit élevé, son instabilité liée à l’absence de majorité à l’Assemblée nationale et la faiblesse de la confiance des entreprises et des ménages.
Résistance de l’activité économique
La semaine dernière, avant la chute du gouvernement Bayrou, les analystes de Fitch avaient rencontré Eric Lombard. A rebours des discours catastrophistes sur la situation économique et budgétaire de la France tenus pendant des semaines par le centriste et certains de ses ministres, l’heure était à la mise en avant de plusieurs aspects positifs.
L’exécution du budget, d’abord, avec une cible de déficit public inscrite dans la loi de finances de cette année (5,4 % du PIB après 5,8 % l’an dernier) en passe d’être atteinte. Si tel est bien le cas, ce serait la première fois depuis 2022 que le pays parvient à réduire son déficit public. La résistance de l’activité économique, ensuite, confirmée jeudi par l’Insee qui a légèrement rehaussé sa prévision de croissance pour l’année (attendue à 0,8 % contre 0,6 % précédemment). La levée d’une partie de l’incertitude, enfin, avec l’annonce, en juillet, d’un accord entre les Etats-Unis et l’Europe sur les droits de douane.
Reste que la France affiche toujours un déficit élevé, il était même l’an dernier après les deux années de dérapage des comptes publics le plus élevé de la zone euro, ainsi qu’une dette conséquente à 114 % du PIB au premier trimestre.
Capacité à refinancer
Reste à savoir quels effets aura cette dégradation. En général, les agences ne font que confirmer des mouvements qui ont déjà eu lieu. «Elles mettent de l’huile sur le feu en accentuant les tendances davantage qu’elles ne les créent. Les études montrent d’ailleurs qu’elles suivent les comportements des marchés sans les anticiper», expliquait Anne-Laure Delatte à Libération en 2023. En l’occurrence, les taux auxquels la France emprunte à dix ans se sont déjà appréciés ces dernières semaines.
Sa capacité à se refinancer n’est toutefois pas menacée : lors d’une émission le 4 septembre, elle a largement trouvé preneur pour les 11 milliards d’euros de titres mis sur les marchés. La dernière dégradation par Moody’s en décembre 2024 n’avait guère eu de conséquences sur les taux.
Les deux autres agences, Moody’s et Standard & Poor’s livreront leurs notes sur la dette la France respectivement le 24 octobre et le 28 novembre.
Mise à jour : à 23 h 17, avec l’ajout des déclarations de l’agence Fitch et du ministre Eric Lombard.
https://www.liberation.fr/economie/fitc ... NWNA5DLRQ/
De AA- à A +, l’agence de notation américaine a décidé ce vendredi 12 septembre au soir d’abaisser la note de la dette française, qui passe d’un risque de défaut de «très faible» à «faible».
Une lettre de moins. Sans attendre de savoir si le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, va parvenir à nouer un accord de non-censure pour faire passer le budget 2026, l’agence de notation américaine Fitch a dégradé la note de la dette de la France. Dans une décision rendue publique ce vendredi 12 septembre dans la soirée, elle a choisi de lui retirer un A. Passant de AA- à A +, la France quitte le groupe des pays dont le risque de défaut est considéré de «très faible» pour rejoindre celui dont le risque de défaut est «faible», où se trouvent déjà la Belgique, Malte et l’Estonie.
La dernière fois que cette agence avait fait changer la France de catégorie était en 2013, quand elle l’avait sortie du groupe des pays triple A (la meilleure notation). Elle est la première des trois principales agences internationales (avec Moody’s et Standard & Poor’s) à placer la France dans cette catégorie.
Cette relégation est motivée par les difficultés budgétaires que traverse le pays et l’instabilité politique qui perdure, même si, cette fois, un Premier ministre a été nommé rapidement après le départ de François Bayrou. «La chute du gouvernement lors d’un vote de confiance illustre la fragmentation et la polarisation croissante de la politique intérieure», pointe Fitch dans un communiqué. «Cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à mettre en œuvre une consolidation budgétaire d’ampleur», ajoute l’agence américaine. «Sans perspective claire de stabilisation de la dette dans les années à venir», elle estime également improbable de ramener le déficit public sous 3 % du PIB en 2029 comme l’ambitionnait le gouvernement sortant.
A l’annonce de cette dégradation de la note française, le ministre démissionnaire de l’Economie et des Finances, Eric Lombard, a dit «prendre acte» de la décision de Fitch, «malgré la solidité de l’économie française». «Le nouveau Premier ministre a d’ores et déjà engagé la consultation des forces politiques représentées au Parlement en vue d’adopter un budget pour la Nation et de poursuivre les efforts de rétablissement de nos finances publiques», a-t-il ajouté.
En mars, quelques semaines après que le gouvernement a finalement réussi à promulguer le budget pour 2025, cette même agence avait laissé inchangée la note de la France, qu’elle avait six mois auparavant assortie d’une perspective négative (l’étape précédant le changement de catégorie). Fitch avait alors salué son économie «vaste et diversifiée» et ses «institutions fortes et efficaces», critiquant néanmoins son déficit élevé, son instabilité liée à l’absence de majorité à l’Assemblée nationale et la faiblesse de la confiance des entreprises et des ménages.
Résistance de l’activité économique
La semaine dernière, avant la chute du gouvernement Bayrou, les analystes de Fitch avaient rencontré Eric Lombard. A rebours des discours catastrophistes sur la situation économique et budgétaire de la France tenus pendant des semaines par le centriste et certains de ses ministres, l’heure était à la mise en avant de plusieurs aspects positifs.
L’exécution du budget, d’abord, avec une cible de déficit public inscrite dans la loi de finances de cette année (5,4 % du PIB après 5,8 % l’an dernier) en passe d’être atteinte. Si tel est bien le cas, ce serait la première fois depuis 2022 que le pays parvient à réduire son déficit public. La résistance de l’activité économique, ensuite, confirmée jeudi par l’Insee qui a légèrement rehaussé sa prévision de croissance pour l’année (attendue à 0,8 % contre 0,6 % précédemment). La levée d’une partie de l’incertitude, enfin, avec l’annonce, en juillet, d’un accord entre les Etats-Unis et l’Europe sur les droits de douane.
Reste que la France affiche toujours un déficit élevé, il était même l’an dernier après les deux années de dérapage des comptes publics le plus élevé de la zone euro, ainsi qu’une dette conséquente à 114 % du PIB au premier trimestre.
Capacité à refinancer
Reste à savoir quels effets aura cette dégradation. En général, les agences ne font que confirmer des mouvements qui ont déjà eu lieu. «Elles mettent de l’huile sur le feu en accentuant les tendances davantage qu’elles ne les créent. Les études montrent d’ailleurs qu’elles suivent les comportements des marchés sans les anticiper», expliquait Anne-Laure Delatte à Libération en 2023. En l’occurrence, les taux auxquels la France emprunte à dix ans se sont déjà appréciés ces dernières semaines.
Sa capacité à se refinancer n’est toutefois pas menacée : lors d’une émission le 4 septembre, elle a largement trouvé preneur pour les 11 milliards d’euros de titres mis sur les marchés. La dernière dégradation par Moody’s en décembre 2024 n’avait guère eu de conséquences sur les taux.
Les deux autres agences, Moody’s et Standard & Poor’s livreront leurs notes sur la dette la France respectivement le 24 octobre et le 28 novembre.
Mise à jour : à 23 h 17, avec l’ajout des déclarations de l’agence Fitch et du ministre Eric Lombard.
https://www.liberation.fr/economie/fitc ... NWNA5DLRQ/