Dissolution : après sa campagne ratée de 2024, le RN est-il vraiment prêt cette fois-ci pour des législatives ?
Posté : 08 octobre 2025 07:55
L'avenir nous le dira...ou pas.
Le parti lepéniste assure avoir tiré les leçons des dernières élections. Mais la tête de la formation semble toujours peu rassurée par le niveau de ses troupes.
Mardi 23 septembre, à l’Assemblée. Une grosse centaine de députés Rassemblement national fixe le bout de ses souliers tandis que Marine Le Pen, présidente du groupe, joue à la maîtresse d’école. «Soyez honnêtes : levez la main, ceux qui ne savent pas ce qu’est un rachat d’actions.» Silence honteux dans la salle de classe. La même reprend : «Aucune main ne se lève, je pense qu’il y a beaucoup de menteurs parmi vous.» La réprimande n’est pas volée. Au cours des dernières semaines, trop de cadres et de porte-parole ont démontré dans les médias leur connaissance approximative des dossiers économiques en général et du programme frontiste en particulier. Alors, voir ses ouailles sécher sur la définition d’une pratique boursière que le RN veut taxer à hauteur de presque 9 milliards d’euros, a le don de mettre en rogne Marine Le Pen. D’autant que la mesure est inscrite noir sur blanc depuis près d’un an dans le contre-budget frontiste, crânement agité sous le nez de quiconque douterait des capacités de la formation d’extrême droite… Il devient urgent de se mettre à niveau, gourmande Le Pen.
Couacs et gaffes
Un spectre hante le RN depuis la dernière dissolution de 2024 : celui des candidats mal préparés et des couacs à répétition. En face des caméras, les cadres répètent que c’est la faute du méchant front républicain si les sondages donnant le RN en tête se sont finis en eau de boudin, par une piteuse troisième place. En privé, les langues reconnaissent que les gaffes sur le programme ont coûté cher. Celle sur l’interdiction de la double nationalité (sur laquelle Le Pen était revenue lors de la présidentielle de 2022), lancée par Sébastien Chenu en début de campagne, par exemple, fut la croix d’un autre lepéniste, candidat dans une circonscription peuplée de nombreux Franco-Portugais : «Je lui en veux à mort, on a perdu des dizaines de députés à cause de lui.»
Cette fois, le retour aux urnes n’a pas été encore sonné que les chefs du RN ont flairé le chausse-trappe. En 2024, ce fut la question des retraites. Cette fois, semble-t-il, le sujet des impôts pourrait empoisonner la campagne de Bardella, qui ne veut pas se faire traiter de socialiste par la droite libérale classique. «Ne vous laissez pas enfermer dans cette histoire de taxes, l’angle numéro 1 à mettre en avant c’est la réduction des dépenses, pas la hausse des impôts», se sont vu sermonner les députés, qui ont aussi reçu le conseil de ne pas trop l’ouvrir sur l’abrogation de la réforme des retraites d’Elisabeth Borne.
Le niveau des députés n’est pas seul en cause. Celui des collaborateurs poserait également problème. Comme l’a révélé la Tribune dimanche, ces derniers aussi ont eu droit à leur savon, en réunion, le 2 octobre. Libé s’est fait raconter comment, en présence de Le Pen, le numéro 2 du groupe, Jean-Philippe Tanguy, a accusé l’assistance de «copier la pensée petite-bourgeoise», de manquer de créativité en recopiant les recettes du «clientélisme parlementaire» et du «système». «C’était… étrange, rapporte un témoin. Pas sûr que ça soit de nature à motiver les troupes et puis au fond, le problème, ce ne sont pas les collabs, c’est ceux qui les embauchent, non ?»
Filtrage des candidats
Et si le RN n’était toujours pas prêt à affronter une nouvelle dissolution ? Depuis le plantage du plan Matignon, beaucoup a été fait, assurent ses cadres. Un bouc émissaire a été trouvé, ce qui est assez courant à l’extrême droite : l’ancien directeur général Gilles Pennelle a été démissionné au cours de l’été 2024. Il a fallu plus d’un an pour lui trouver un successeur, Patrice Hubert, compagnon de route de longue date du FN-RN passé par l’agro-industrie, dont la tâche est, précisément, de faire le ménage dans les fédérations du parti, afin de réduire au maximum le troupeau des «brebis galeuses» racistes, antisémites, complotistes, homophobes, parfois tout en même temps, qui ont marqué les dernières législatives. Il serait temps de se retrousser les manches.
Cette vacance n’a pas empêché les députés Julien Odoul et Thomas Ménagé, architectes du plan Matignon 2, d’avoir déjà pré-investi environ 95 % des candidats en cas de dissolution, a appris France Inter ce mardi. Nouveau système informatique centralisé, entretiens plus exigeants, demandes de CV, etc. : le filtrage des candidats se serait fortement resserré, promet le siège du RN. Ce que confirme à Libé un délégué départemental qui s’est vu refuser plusieurs candidatures, en général sur des circonscriptions ingagnables – celles précisément qui n’avaient fait l’objet d’aucune vérification avant 2024 mais ont souvent fait parler d’elles le plus bruyamment.
Reste que, comme toujours au sein de la formation d’extrême droite, les annonces dépassent rarement l’enclos des salles où elles sont proférées. Un an après la dissolution, Libération avait trouvé encore plusieurs dizaines de brebis galeuses pâturant sans entrave dans les prés lepénistes. Preuve qu’à cette date, au moins, le RN n’était pas encore prêt.
https://www.liberation.fr/politique/ele ... YFKJBAZMY/
Le parti lepéniste assure avoir tiré les leçons des dernières élections. Mais la tête de la formation semble toujours peu rassurée par le niveau de ses troupes.
Mardi 23 septembre, à l’Assemblée. Une grosse centaine de députés Rassemblement national fixe le bout de ses souliers tandis que Marine Le Pen, présidente du groupe, joue à la maîtresse d’école. «Soyez honnêtes : levez la main, ceux qui ne savent pas ce qu’est un rachat d’actions.» Silence honteux dans la salle de classe. La même reprend : «Aucune main ne se lève, je pense qu’il y a beaucoup de menteurs parmi vous.» La réprimande n’est pas volée. Au cours des dernières semaines, trop de cadres et de porte-parole ont démontré dans les médias leur connaissance approximative des dossiers économiques en général et du programme frontiste en particulier. Alors, voir ses ouailles sécher sur la définition d’une pratique boursière que le RN veut taxer à hauteur de presque 9 milliards d’euros, a le don de mettre en rogne Marine Le Pen. D’autant que la mesure est inscrite noir sur blanc depuis près d’un an dans le contre-budget frontiste, crânement agité sous le nez de quiconque douterait des capacités de la formation d’extrême droite… Il devient urgent de se mettre à niveau, gourmande Le Pen.
Couacs et gaffes
Un spectre hante le RN depuis la dernière dissolution de 2024 : celui des candidats mal préparés et des couacs à répétition. En face des caméras, les cadres répètent que c’est la faute du méchant front républicain si les sondages donnant le RN en tête se sont finis en eau de boudin, par une piteuse troisième place. En privé, les langues reconnaissent que les gaffes sur le programme ont coûté cher. Celle sur l’interdiction de la double nationalité (sur laquelle Le Pen était revenue lors de la présidentielle de 2022), lancée par Sébastien Chenu en début de campagne, par exemple, fut la croix d’un autre lepéniste, candidat dans une circonscription peuplée de nombreux Franco-Portugais : «Je lui en veux à mort, on a perdu des dizaines de députés à cause de lui.»
Cette fois, le retour aux urnes n’a pas été encore sonné que les chefs du RN ont flairé le chausse-trappe. En 2024, ce fut la question des retraites. Cette fois, semble-t-il, le sujet des impôts pourrait empoisonner la campagne de Bardella, qui ne veut pas se faire traiter de socialiste par la droite libérale classique. «Ne vous laissez pas enfermer dans cette histoire de taxes, l’angle numéro 1 à mettre en avant c’est la réduction des dépenses, pas la hausse des impôts», se sont vu sermonner les députés, qui ont aussi reçu le conseil de ne pas trop l’ouvrir sur l’abrogation de la réforme des retraites d’Elisabeth Borne.
Le niveau des députés n’est pas seul en cause. Celui des collaborateurs poserait également problème. Comme l’a révélé la Tribune dimanche, ces derniers aussi ont eu droit à leur savon, en réunion, le 2 octobre. Libé s’est fait raconter comment, en présence de Le Pen, le numéro 2 du groupe, Jean-Philippe Tanguy, a accusé l’assistance de «copier la pensée petite-bourgeoise», de manquer de créativité en recopiant les recettes du «clientélisme parlementaire» et du «système». «C’était… étrange, rapporte un témoin. Pas sûr que ça soit de nature à motiver les troupes et puis au fond, le problème, ce ne sont pas les collabs, c’est ceux qui les embauchent, non ?»
Filtrage des candidats
Et si le RN n’était toujours pas prêt à affronter une nouvelle dissolution ? Depuis le plantage du plan Matignon, beaucoup a été fait, assurent ses cadres. Un bouc émissaire a été trouvé, ce qui est assez courant à l’extrême droite : l’ancien directeur général Gilles Pennelle a été démissionné au cours de l’été 2024. Il a fallu plus d’un an pour lui trouver un successeur, Patrice Hubert, compagnon de route de longue date du FN-RN passé par l’agro-industrie, dont la tâche est, précisément, de faire le ménage dans les fédérations du parti, afin de réduire au maximum le troupeau des «brebis galeuses» racistes, antisémites, complotistes, homophobes, parfois tout en même temps, qui ont marqué les dernières législatives. Il serait temps de se retrousser les manches.
Cette vacance n’a pas empêché les députés Julien Odoul et Thomas Ménagé, architectes du plan Matignon 2, d’avoir déjà pré-investi environ 95 % des candidats en cas de dissolution, a appris France Inter ce mardi. Nouveau système informatique centralisé, entretiens plus exigeants, demandes de CV, etc. : le filtrage des candidats se serait fortement resserré, promet le siège du RN. Ce que confirme à Libé un délégué départemental qui s’est vu refuser plusieurs candidatures, en général sur des circonscriptions ingagnables – celles précisément qui n’avaient fait l’objet d’aucune vérification avant 2024 mais ont souvent fait parler d’elles le plus bruyamment.
Reste que, comme toujours au sein de la formation d’extrême droite, les annonces dépassent rarement l’enclos des salles où elles sont proférées. Un an après la dissolution, Libération avait trouvé encore plusieurs dizaines de brebis galeuses pâturant sans entrave dans les prés lepénistes. Preuve qu’à cette date, au moins, le RN n’était pas encore prêt.
https://www.liberation.fr/politique/ele ... YFKJBAZMY/