Tensions avec le Venezuela : cette démission qui expose les divisions au sein de l’armée américaine
Posté : 18 octobre 2025 12:49
Amérique latine. L’amiral Alvin Holsey, responsable des frappes américaines au large du Venezuela, a annoncé sa retraite anticipée. Il rejoint la longue liste des hauts gradés de l’armée purgés ces derniers mois pour leurs divergences avec l’administration Trump
C’est une décision pour le moins "abrupte et surprenante", relève le Washington Post. Jeudi 16 octobre, l’amiral Alvin Holsey, le responsable militaire chargé de superviser les opérations américaines au large du Venezuela, a annoncé sa retraite anticipée, après 37 ans de carrière. Cette démission intervient alors que les Etats-Unis intensifient leurs frappes, officiellement contre des navires de néo-trafiquants, ce que certains voient comme le prélude à une invasion américaine, qui ne fait pas l’unanimité.
L’amiral, chargé de l’Amérique Centrale et du Sud, sera resté un an en poste seulement, contre les trois années prévues normalement. Il a annoncé "prendre sa retraite de la Marine" à partir du 12 décembre, sur le réseau social X, sans expliquer les raisons de son départ précipité.
Mais le Washington Post, citant deux personnes proches du dossier, estime que "Pete Hegseth [le secrétaire de la Défense, NDLR] avait des divergences croissantes avec Holsey et voulait qu’il parte". Ce retrait intervient alors que les Etats-Unis déploient des moyens militaires importants - sept navires et des avions de combat furtifs - au service de ce qu’ils présentent comme une lutte contre le narcotrafic dans les Caraïbes.
Légalité douteuse
Au moins 27 personnes ont ainsi été tuées au cours de cinq frappes connues jusque-là au large du Venezuela, menées depuis début septembre. La légalité de ces frappes dans des eaux étrangères ou internationales, contre des suspects ni interceptés ni interrogés, fait débat.
Certains y voient la préparation à une invasion plus large. Washington accuse le président vénézuélien Nicolás Maduro et son gouvernement d’être à la tête d’une vaste organisation de trafic de drogue vers les Etats-Unis. Caracas dément vigoureusement et accuse Washington d’utiliser le trafic de drogue comme prétexte "pour imposer un changement de régime" au Venezuela et s’emparer des importantes réserves de pétrole du pays.
"Qui aux Etats-Unis a envie de se lancer dans une guerre contre le Venezuela ? Pas grand monde", affirme le député démocrate Adam Smith, soulignant les divergences suscitées par ce projet. Le sénateur américain Jack Reed a également vivement réagi : "La démission de l’amiral Holsey ne fait que renforcer ma crainte que cette administration ignore les leçons durement acquises lors des précédentes campagnes militaires américaines".
Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier, Donald Trump a mené une purge chez les plus hauts gradés de l’armée américaine en désaccord avec l’administration, ou trop favorables à son goût aux politiques touchant à l’inclusion et la diversité. Il l’a d’ailleurs répété le 30 septembre, lors d’une réunion sans précédent de hauts responsables militaires : "Si ce que je dis ne vous convient pas, vous pouvez quitter la salle – bien sûr, votre grade en dépend, et votre avenir en dépend".
"Mépris de la constitution"
Alvin Holsey, qui est par ailleurs "l’un des seuls officiers noirs à avoir obtenu le grade de quatre étoiles dans l’armée", remarque le Washington Post, rejoint ainsi une longue liste de militaires purgés. A commencer par le chef d’état-major interarmées, le général Charles "CQ" Brown, lui aussi évincé sans explication en février.
D’autres hauts responsables, à la tête de la Marine et des garde-côtes, de l’agence de renseignement NSA, ou encore un amiral en poste à l’Otan, ont aussi été démis de leurs fonctions. Le chef d’état-major de l’armée de l’air a également annoncé mi-août son départ anticipé, après deux ans au lieu de quatre.
Au moment de sa démission après 24 ans de service, Doug Krugman, colonel des Marines, a lui expliqué dans une tribune au Washington Post : "J’ai abandonné ma carrière par souci pour l’avenir de notre pays", critiquant notamment le mépris de Donald Trump de la Constitution et un possible "effondrement du système gouvernemental américain conventionnel". Pour lui, l’armée "devrait oser remettre en question les ordres potentiellement immoraux ou illégaux". Doug Krugman a également dénoncé le déploiement de la Garde nationale dans plusieurs villes démocrates, pour s’arroger le pouvoir, en "tirant parti de lois vagues afin d’assumer des pouvoirs d’urgence", qu’il a qualifié "d’immoral".
https://www.lexpress.fr/monde/amerique/ ... 2K7IR64JI/
C’est une décision pour le moins "abrupte et surprenante", relève le Washington Post. Jeudi 16 octobre, l’amiral Alvin Holsey, le responsable militaire chargé de superviser les opérations américaines au large du Venezuela, a annoncé sa retraite anticipée, après 37 ans de carrière. Cette démission intervient alors que les Etats-Unis intensifient leurs frappes, officiellement contre des navires de néo-trafiquants, ce que certains voient comme le prélude à une invasion américaine, qui ne fait pas l’unanimité.
L’amiral, chargé de l’Amérique Centrale et du Sud, sera resté un an en poste seulement, contre les trois années prévues normalement. Il a annoncé "prendre sa retraite de la Marine" à partir du 12 décembre, sur le réseau social X, sans expliquer les raisons de son départ précipité.
Mais le Washington Post, citant deux personnes proches du dossier, estime que "Pete Hegseth [le secrétaire de la Défense, NDLR] avait des divergences croissantes avec Holsey et voulait qu’il parte". Ce retrait intervient alors que les Etats-Unis déploient des moyens militaires importants - sept navires et des avions de combat furtifs - au service de ce qu’ils présentent comme une lutte contre le narcotrafic dans les Caraïbes.
Légalité douteuse
Au moins 27 personnes ont ainsi été tuées au cours de cinq frappes connues jusque-là au large du Venezuela, menées depuis début septembre. La légalité de ces frappes dans des eaux étrangères ou internationales, contre des suspects ni interceptés ni interrogés, fait débat.
Certains y voient la préparation à une invasion plus large. Washington accuse le président vénézuélien Nicolás Maduro et son gouvernement d’être à la tête d’une vaste organisation de trafic de drogue vers les Etats-Unis. Caracas dément vigoureusement et accuse Washington d’utiliser le trafic de drogue comme prétexte "pour imposer un changement de régime" au Venezuela et s’emparer des importantes réserves de pétrole du pays.
"Qui aux Etats-Unis a envie de se lancer dans une guerre contre le Venezuela ? Pas grand monde", affirme le député démocrate Adam Smith, soulignant les divergences suscitées par ce projet. Le sénateur américain Jack Reed a également vivement réagi : "La démission de l’amiral Holsey ne fait que renforcer ma crainte que cette administration ignore les leçons durement acquises lors des précédentes campagnes militaires américaines".
Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier, Donald Trump a mené une purge chez les plus hauts gradés de l’armée américaine en désaccord avec l’administration, ou trop favorables à son goût aux politiques touchant à l’inclusion et la diversité. Il l’a d’ailleurs répété le 30 septembre, lors d’une réunion sans précédent de hauts responsables militaires : "Si ce que je dis ne vous convient pas, vous pouvez quitter la salle – bien sûr, votre grade en dépend, et votre avenir en dépend".
"Mépris de la constitution"
Alvin Holsey, qui est par ailleurs "l’un des seuls officiers noirs à avoir obtenu le grade de quatre étoiles dans l’armée", remarque le Washington Post, rejoint ainsi une longue liste de militaires purgés. A commencer par le chef d’état-major interarmées, le général Charles "CQ" Brown, lui aussi évincé sans explication en février.
D’autres hauts responsables, à la tête de la Marine et des garde-côtes, de l’agence de renseignement NSA, ou encore un amiral en poste à l’Otan, ont aussi été démis de leurs fonctions. Le chef d’état-major de l’armée de l’air a également annoncé mi-août son départ anticipé, après deux ans au lieu de quatre.
Au moment de sa démission après 24 ans de service, Doug Krugman, colonel des Marines, a lui expliqué dans une tribune au Washington Post : "J’ai abandonné ma carrière par souci pour l’avenir de notre pays", critiquant notamment le mépris de Donald Trump de la Constitution et un possible "effondrement du système gouvernemental américain conventionnel". Pour lui, l’armée "devrait oser remettre en question les ordres potentiellement immoraux ou illégaux". Doug Krugman a également dénoncé le déploiement de la Garde nationale dans plusieurs villes démocrates, pour s’arroger le pouvoir, en "tirant parti de lois vagues afin d’assumer des pouvoirs d’urgence", qu’il a qualifié "d’immoral".
https://www.lexpress.fr/monde/amerique/ ... 2K7IR64JI/
