10% des ménages français paient trois quarts de l’impôt sur le revenu : les plus aisés toujours plus taxés
Posté : 18 novembre 2025 19:38
SOURCE : https://www.lefigaro.fr/conjoncture/10- ... s-2025111810% des ménages français paient trois quarts de l’impôt sur le revenu : les plus aisés toujours plus taxés
Les 47 % de foyers en France qui s’acquittent de l’impôt sur le revenu se sont vus présenter une facture totale de 92 milliards d’euros par l’administration fiscale.
DÉCRYPTAGE - Ces foyers français contribuent fortement à une hausse record de l’IR en 2024, selon Bercy.
Alors que l’impôt sur le revenu est payé par une minorité de contribuables, les discussions sur sa répartition alimentent en ce moment de vifs débats à l’Assemblée nationale sur le budget 2026, surtout quand il s’agit de taxer les plus aisés. Les chiffres publiés ce mardi par la Direction générale des finances publiques (DGFiP) montrent, dans ce contexte, qu’ils n’ont pourtant pas à rougir de ce qu’ils versent au fisc chaque année. L’administration de Bercy montre d’abord que les recettes de l’impôt sur le revenu ont bondi. En 2025, les contribuables imposables à cet impôt (47 % du total des foyers) se sont vus réclamer environ 92 milliards d’euros par l’administration fiscale au titre de leurs revenus 2024. Ce montant correspond à une hausse record de 9,9 % par rapport à l’année précédente, expliqué en grande partie par le ralentissement de l’inflation – le barème de l’IR ayant été indexé moins que la hausse des revenus. « Cette évolution est la plus forte parmi les évolutions annuelles sur la période 2015-2024 et plus de trois fois supérieure à l’évolution moyenne sur cette période », souligne le rapport de la DGFiP.
Sujet brûlant des discussions autour du budget, donc, l’éclairage de la DGFiP montre à quel point cet impôt, historiquement concentré, l’est de plus en plus. Les foyers du dernier décile (les 10 %) s’acquittent « à eux seuls près des trois quarts de l’impôt sur le revenu, et contribuent à 6,2 points de pourcentage des 9,9 % de hausse de l’IR net en 2024 », clarifie le document de l’administration fiscale. En valeur absolue, la hausse de l’impôt versé par « le dernier dixième de revenus s’élève à 5 milliards d’euros, contre 3 milliards d’euros pour l’ensemble des dixièmes 6 à 9 réunis ». Cela s’explique en partie par la mécanique même du barème. En effet, sur les cinq tranches que compte l’impôt sur le revenu, les deux dernières concernent uniquement les 10 % les plus aisés. Ainsi, selon un autre document de la DGFiP, cette concentration s’intensifie à mesure que l’on escalade l’échelle des revenus. En 2022, 0,1 % des foyers avec les plus hauts revenus, soit 40.700 ménages, ont payé 10,7 milliards d’euros d’impôt sur le revenu. Cela représentait 13,1 % des recettes totales de cet impôt à l’époque. Le chèque fait au fisc s’élevait ainsi en moyenne à 264.000 euros par foyer, soit, selon des chiffres de la Direction du budget, l’équivalent du coût annuel de scolarisation de 26 collégiens.
La taxation des plus aisés, toujours une affaire à suivre
La hausse des recettes globales de cet impôt cette année est également à mettre en partie sur le compte de la flambée du rendement de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR), avec une hausse de 40,1 % sur un an. Cette surtaxe à l’impôt sur le revenu, qui concerne les foyers les plus aisés (ceux déclarant plus de 250.000 euros de revenus pour un célibataire), porte le taux marginal d’imposition des contribuables concernés à 48 % ou 49 %. En clair, virtuellement, pour 1 euro gagné en plus après ce plancher, le contribuable verse quasiment la moitié à l’État.
Ainsi, la CEHR, qui rapporte environ 2 milliards d’euros aux caisses de l’État, s’applique uniquement à certains des foyers parmi les 10 % déclarant le plus de revenus. Assez logiquement, cette augmentation globale est plus impressionnante pour les contribuables les plus aisés parmi les plus aisés. « Le montant moyen acquitté par un foyer du dernier millième s’élève à 45.000 euros, soit près de 95 fois le montant moyen versé par l’ensemble des foyers du dernier dixième », explique le document.
L’an dernier, l’impôt sur le revenu des plus aisés représentait 19 % de leurs revenus totaux nets, soit presque quatre fois plus que la moyenne des autres foyers (5 %)
Et encore, les chiffres publiés ce mardi ne prennent pas en compte la mise en place cette année de la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), qui concerne les mêmes foyers. Celle-ci consiste en un impôt plancher pour ces contribuables. Si les impôts dont ils s’acquittent n’atteignent pas 20 % de leurs revenus totaux, ils devront payer la différence. Bercy attend plus de 1 milliard d’euros de rendement pour cette nouvelle contribution d’ici à la fin de l’année (via un système d’acompte). Mais dans la mesure où, techniquement, elle ne s’applique qu’aux revenus perçus en 2025, elle n’apparaîtra formellement dans les données de la DGFiP que l’an prochain.
Le document publié ce mardi ne prend pas non plus en compte les recettes de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), pourtant déclaré en même temps que les revenus. Mais, au printemps, la DGFiP a mis en ligne un rapport récapitulant les chiffres clés de cet impôt ciblant les plus aisés. En 2024, 186.000 foyers étaient assujettis pour un montant total d’imposition de 2,2 milliards d’euros. En moyenne, ceux-ci s’acquittent, en plus, d’une part significativement plus élevée d’impôt sur le revenu que les autres. L’an dernier, leur impôt sur le revenu représentait 19 % de leurs revenus totaux nets, soit presque quatre fois plus que la moyenne des autres foyers (5 %).
Cette contribution, déjà substantielle, aux finances publiques pourrait bien sûr être encore alourdie dans les années à venir. Pour rappel, en examinant la partie recettes du budget, l’Assemblée a adopté une mesure visant à élargir l’assiette de l’IFI. Selon l’amendement en question, celle-ci serait étendue au-delà des seuls biens immobiliers afin d’inclure également les objets précieux, liquidités, placements ou produits d’assurance-vie… Pour l’heure, Bercy estime le rendement de cette nouvelle mesure aux abords de 500 millions d’euros par an. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a d’ores et déjà laissé entendre que son groupe chercherait à élargir ce nouveau dispositif plus tard dans l’examen du budget, prouvant, s’il le fallait encore, qu’en France, la taxation des plus aisés est toujours une affaire à suivre.
Voilà qui contredit l'idée communément admise selon laquelle la fiscalité française ne serait pas assez progressive et les riches ne paieraient pas assez.