La prostitution des mineures, un fléau en pleine explosion
Posté : 28 novembre 2025 11:14
"Comment lutter contre la prostitution des mineures ? Le fléau s'étendrait partout en France et prendrait "une ampleur incroyable" dans les foyers de l'Aide sociale à l'enfance. A Marseille, presque aucun ne semble y échapper... Un extrait d'une enquête d'"Envoyé spécial".
En France, 20 000 mineurs, en grande majorité des filles, seraient victimes de prostitution. Un chiffre sans doute sous-estimé, et un double scandale : 80% de ces jeunes seraient placés sous la garde de l’Aide sociale à l'enfance (ASE). Comment un système conçu pour éloigner les enfants des maltraitances qu'ils subissent dans leurs familles peut-il échouer à les protéger de la prostitution ?
"C'est d'une tristesse absolue. On a placé ces jeunes filles dans des foyers parce qu'on suppose qu'il y avait des choses qui se passaient mal, et elles vont peut-être subir pire." Ce phénomène qui "prend une ampleur incroyable", selon les mots de Marjolaine, une éducatrice qui s'exprime dans "Envoyé spécial", préoccupe tous les acteurs du secteur.
Comment protéger les mineures en foyer ?
A Marseille, où la situation est jugée encore plus alarmante que dans la capitale, presque aucun foyer pour mineurs ne semble y échapper. Entre 150 et 200 enfants placés seraient aujourd'hui victimes d'exploitation sexuelle. Dans la cité phocéenne, l'"explosion" de ce fléau est telle qu'une juge des enfants a été désignée "référente prostitution". Dans cet extrait d'un reportage d'"Envoyé spécial", elle témoigne pour la première fois.
Comme l'éducatrice, Samah Meziani-Gimenez constate "une nette augmentation du nombre de mineures concernées", ainsi qu'une extension du phénomène dans des zones où il était inconnu. A sa charge, plus de 400 mineurs, et peu de solutions, dit-elle, pour les protéger.
Pour endiguer ce que la juge appelle un "raz-de-marée", il ne faut pas, selon elle, compter seulement sur le personnel du foyer, dont "la compétence s'arrête à ses portes", mais plutôt sur "une synergie de tous les acteurs" de la justice des mineurs, à commencer par la police. "On a besoin de beaucoup plus d'enquêtes pour démanteler ces réseaux (...) beaucoup plus structurés, beaucoup plus dangereux, plus équipés, avec une activité prostitutionnelle plus organisée."
Quelle responsabilité pénale pour les clients ?
Une autre piste pourrait consister à responsabiliser pénalement les clients. Ceux-ci encourent des peines pouvant atteindre 7 ans de prison et 100 000 euros d'amende dès lors qu'ils ont connaissance du fait que la jeune prostituée est mineure – toute la difficulté étant d'en apporter la preuve. Dans les faits, en France, ils sont rarement poursuivis. Et quand ils le sont, ils adoptent toujours la même ligne de défense : ils affirment avoir cru que la jeune fille était majeure. Les annonces des sites internet ne mentionnent pas leur âge réel, et le maquillage des jeunes filles peut les faire passer pour plus âgées… Faute de preuves, la justice doit leur accorder le bénéfice du doute.
C'est ce qui s'est passé en septembre 2025, lors d'une audience exceptionnelle qui s'est tenue à Albi, dans le Tarn. Voici les faits : une jeune fille de 15 ans placée dans un foyer de la ville a été séquestrée dans un appartement. En cinq jours, 18 clients s'y sont rendus. Après enquête, la police les a retrouvés. Ce sont eux qui comparaissent, ensemble, devant le tribunal. Ils ont entre 19 et 50 ans, sont ostéopathe, chef d'entreprise ou jardinier… et plaident tous l'ignorance quant à l'âge réel de la jeune prostituée. Ils s'en sortiront avec une simple amende pour chacun, entre 500 et 700 euros.
"Sachant que la jeune fille a 15 ans", ce verdict scandalise Marjolaine, l'éducatrice. "Les gars, ils sont capables de donner 100 euros pour une fellation, et derrière, les avocats vont négocier une remise de peine, en disant 'Le pauvre, il ne travaille pas', etc." Des clients qui n'hésitent pas à se poser en victimes alors qu'ils devraient théoriquement avoir à répondre de viol sur mineure... "Hallucinant", pour cette éducatrice."
Extrait de "Protection de l'enfance : le scandale des mineures prostituées", à voir dans "Envoyé spécial(Nouvelle fenêtre)" le 27 novembre 2025.
https://www.franceinfo.fr/replay-magazi ... 38716.html
En France, 20 000 mineurs, en grande majorité des filles, seraient victimes de prostitution. Un chiffre sans doute sous-estimé, et un double scandale : 80% de ces jeunes seraient placés sous la garde de l’Aide sociale à l'enfance (ASE). Comment un système conçu pour éloigner les enfants des maltraitances qu'ils subissent dans leurs familles peut-il échouer à les protéger de la prostitution ?
"C'est d'une tristesse absolue. On a placé ces jeunes filles dans des foyers parce qu'on suppose qu'il y avait des choses qui se passaient mal, et elles vont peut-être subir pire." Ce phénomène qui "prend une ampleur incroyable", selon les mots de Marjolaine, une éducatrice qui s'exprime dans "Envoyé spécial", préoccupe tous les acteurs du secteur.
Comment protéger les mineures en foyer ?
A Marseille, où la situation est jugée encore plus alarmante que dans la capitale, presque aucun foyer pour mineurs ne semble y échapper. Entre 150 et 200 enfants placés seraient aujourd'hui victimes d'exploitation sexuelle. Dans la cité phocéenne, l'"explosion" de ce fléau est telle qu'une juge des enfants a été désignée "référente prostitution". Dans cet extrait d'un reportage d'"Envoyé spécial", elle témoigne pour la première fois.
Comme l'éducatrice, Samah Meziani-Gimenez constate "une nette augmentation du nombre de mineures concernées", ainsi qu'une extension du phénomène dans des zones où il était inconnu. A sa charge, plus de 400 mineurs, et peu de solutions, dit-elle, pour les protéger.
Pour endiguer ce que la juge appelle un "raz-de-marée", il ne faut pas, selon elle, compter seulement sur le personnel du foyer, dont "la compétence s'arrête à ses portes", mais plutôt sur "une synergie de tous les acteurs" de la justice des mineurs, à commencer par la police. "On a besoin de beaucoup plus d'enquêtes pour démanteler ces réseaux (...) beaucoup plus structurés, beaucoup plus dangereux, plus équipés, avec une activité prostitutionnelle plus organisée."
Quelle responsabilité pénale pour les clients ?
Une autre piste pourrait consister à responsabiliser pénalement les clients. Ceux-ci encourent des peines pouvant atteindre 7 ans de prison et 100 000 euros d'amende dès lors qu'ils ont connaissance du fait que la jeune prostituée est mineure – toute la difficulté étant d'en apporter la preuve. Dans les faits, en France, ils sont rarement poursuivis. Et quand ils le sont, ils adoptent toujours la même ligne de défense : ils affirment avoir cru que la jeune fille était majeure. Les annonces des sites internet ne mentionnent pas leur âge réel, et le maquillage des jeunes filles peut les faire passer pour plus âgées… Faute de preuves, la justice doit leur accorder le bénéfice du doute.
C'est ce qui s'est passé en septembre 2025, lors d'une audience exceptionnelle qui s'est tenue à Albi, dans le Tarn. Voici les faits : une jeune fille de 15 ans placée dans un foyer de la ville a été séquestrée dans un appartement. En cinq jours, 18 clients s'y sont rendus. Après enquête, la police les a retrouvés. Ce sont eux qui comparaissent, ensemble, devant le tribunal. Ils ont entre 19 et 50 ans, sont ostéopathe, chef d'entreprise ou jardinier… et plaident tous l'ignorance quant à l'âge réel de la jeune prostituée. Ils s'en sortiront avec une simple amende pour chacun, entre 500 et 700 euros.
"Sachant que la jeune fille a 15 ans", ce verdict scandalise Marjolaine, l'éducatrice. "Les gars, ils sont capables de donner 100 euros pour une fellation, et derrière, les avocats vont négocier une remise de peine, en disant 'Le pauvre, il ne travaille pas', etc." Des clients qui n'hésitent pas à se poser en victimes alors qu'ils devraient théoriquement avoir à répondre de viol sur mineure... "Hallucinant", pour cette éducatrice."
Extrait de "Protection de l'enfance : le scandale des mineures prostituées", à voir dans "Envoyé spécial(Nouvelle fenêtre)" le 27 novembre 2025.
https://www.franceinfo.fr/replay-magazi ... 38716.html