Les Français n’ont jamais été aussi préoccupés par la politique (et ça en dit long)
Posté : 04 décembre 2025 10:42
"Selon le baromètre du Cevipof, l’état de nos institutions s’est hissé en tête des préoccupations des Français, devant le pouvoir d’achat. L’immigration est reléguée à la 5e place.
Voilà qui devrait, a minima, interroger tous les professionnels du monde politique. Dans une étude fouillée rendue publique mercredi 3 décembre, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) fait état d’un phénomène inédit concernant les préoccupations des Français. Plus précisément, le baromètre trimestriel « Priorités françaises » réalisé avec L’ObSoCo (Observatoire société et consommation) observe que les citoyens sont, en priorité, préoccupés par le spectacle offert par la classe politique, à l’aune d’une impasse qui ne cesse de s’aggraver.
Ainsi, 30 % des sondés citent spontanément la crise politique comme étant à l’origine des autres problèmes de la société. On parle ici d’un bond spectaculaire +17 points par rapport à 2015 et +23 points par rapport à 2020. Preuve, s’il en est, que l’instabilité née de la dissolution ratée prononcée par Emmanuel Macron en juin 2024 a bien des répercussions sur les citoyens.
« Pour la première fois dans l’histoire récente des enquêtes d’opinion en France, la vie politique apparaît comme la préoccupation principale des Français (...). Cette thématique a toujours été présente dans les esprits mais jamais à ce niveau », souligne le Cevipof, précisant que cette préoccupation « devance ainsi l’inflation et le pouvoir d’achat (thème cité par 27 % des enquêtés), la justice et criminalité (24 %), le budget et la dette nationale (21 %) et l’immigration (20 %) ».
Une « élite déconnectée et prédatrice »
Les auteurs de l’étude reconnaissent que le contexte, marqué par une instabilité gouvernementale et une tripartition de l’Assemblée, affecte forcément la perception des Français sur la chose publique. Pour autant, « au regard de l’analyse qualitative approfondie des près de 4 000 verbatims recueillis, cette conjoncture exceptionnelle semble agir comme un révélateur chimique, rendant visibles des fractures structurelles qui travaillent en profondeur la démocratie française », analyse le Cevipof, qui divise cette perception en trois niveaux.
Premier niveau : la délégitimation personnelle du chef de l’État, laquelle est le réceptacle d’« une violence symbolique exceptionnelle ». Est ensuite citée la remise en cause de notre fonctionnement institutionnel, suivie du rejet de la classe politique, perçue comme « comme une élite déconnectée et prédatrice ». À noter également que les sondés éprouvent une forme d’angoisse sur la suite des événements, qui pourrait notamment déboucher sur une victoire de l’extrême droite.
« Les Français ne font pas de l’histoire comparée ; ils expriment la peur d’un basculement antidémocratique. La référence au “trumpisme rampant” inscrit cette anxiété dans un contexte global », expliquent les auteurs de l’étude, observant une récurrence du terme « fascisme » dans les réponses obtenues.
Autre constat, l’incapacité du pouvoir politique à pouvoir résoudre les autres problèmes auxquels les Français se disent confrontés. « Le fait que la politique soit citée comme le problème numéro 1 alors qu’elle est censée régler les difficultés rend tout compliqué. Les Français ont le sentiment que rien n’a prise sur des problèmes dont ils ne savent pas par quel bout il faudrait les prendre », analyse Guénaëlle Gault, directrice générale de L’ObSoCo, citée dans L’Opinion.
En résumé, cette étude jette une lumière crue sur le gouffre béant qui sépare les citoyens de leurs représentants. Ce qui est décrit comme « une crise de légitimité d’une profondeur historique » se transforme ainsi en mise en garde : « quand les citoyens identifient la politique comme leur problème principal plutôt que comme solution, c’est l’édifice démocratique lui-même qui peut vaciller ». À bon entendeur."
https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 57833.html
Voilà qui devrait, a minima, interroger tous les professionnels du monde politique. Dans une étude fouillée rendue publique mercredi 3 décembre, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) fait état d’un phénomène inédit concernant les préoccupations des Français. Plus précisément, le baromètre trimestriel « Priorités françaises » réalisé avec L’ObSoCo (Observatoire société et consommation) observe que les citoyens sont, en priorité, préoccupés par le spectacle offert par la classe politique, à l’aune d’une impasse qui ne cesse de s’aggraver.
Ainsi, 30 % des sondés citent spontanément la crise politique comme étant à l’origine des autres problèmes de la société. On parle ici d’un bond spectaculaire +17 points par rapport à 2015 et +23 points par rapport à 2020. Preuve, s’il en est, que l’instabilité née de la dissolution ratée prononcée par Emmanuel Macron en juin 2024 a bien des répercussions sur les citoyens.
« Pour la première fois dans l’histoire récente des enquêtes d’opinion en France, la vie politique apparaît comme la préoccupation principale des Français (...). Cette thématique a toujours été présente dans les esprits mais jamais à ce niveau », souligne le Cevipof, précisant que cette préoccupation « devance ainsi l’inflation et le pouvoir d’achat (thème cité par 27 % des enquêtés), la justice et criminalité (24 %), le budget et la dette nationale (21 %) et l’immigration (20 %) ».
Une « élite déconnectée et prédatrice »
Les auteurs de l’étude reconnaissent que le contexte, marqué par une instabilité gouvernementale et une tripartition de l’Assemblée, affecte forcément la perception des Français sur la chose publique. Pour autant, « au regard de l’analyse qualitative approfondie des près de 4 000 verbatims recueillis, cette conjoncture exceptionnelle semble agir comme un révélateur chimique, rendant visibles des fractures structurelles qui travaillent en profondeur la démocratie française », analyse le Cevipof, qui divise cette perception en trois niveaux.
Premier niveau : la délégitimation personnelle du chef de l’État, laquelle est le réceptacle d’« une violence symbolique exceptionnelle ». Est ensuite citée la remise en cause de notre fonctionnement institutionnel, suivie du rejet de la classe politique, perçue comme « comme une élite déconnectée et prédatrice ». À noter également que les sondés éprouvent une forme d’angoisse sur la suite des événements, qui pourrait notamment déboucher sur une victoire de l’extrême droite.
« Les Français ne font pas de l’histoire comparée ; ils expriment la peur d’un basculement antidémocratique. La référence au “trumpisme rampant” inscrit cette anxiété dans un contexte global », expliquent les auteurs de l’étude, observant une récurrence du terme « fascisme » dans les réponses obtenues.
Autre constat, l’incapacité du pouvoir politique à pouvoir résoudre les autres problèmes auxquels les Français se disent confrontés. « Le fait que la politique soit citée comme le problème numéro 1 alors qu’elle est censée régler les difficultés rend tout compliqué. Les Français ont le sentiment que rien n’a prise sur des problèmes dont ils ne savent pas par quel bout il faudrait les prendre », analyse Guénaëlle Gault, directrice générale de L’ObSoCo, citée dans L’Opinion.
En résumé, cette étude jette une lumière crue sur le gouffre béant qui sépare les citoyens de leurs représentants. Ce qui est décrit comme « une crise de légitimité d’une profondeur historique » se transforme ainsi en mise en garde : « quand les citoyens identifient la politique comme leur problème principal plutôt que comme solution, c’est l’édifice démocratique lui-même qui peut vaciller ». À bon entendeur."
https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 57833.html