Danemark : l’extrême-droite piégée par la gauche
Posté : 08 décembre 2025 10:42
"En s’appropriant une partie du programme migratoire et sécuritaire de l’extrême-droite, la gauche danoise a réussi à neutraliser les populistes. Mais cette victoire a un prix, et le modèle social danois pourrait se trouver fragilisé par cette stratégie.
Dans ce petit pays scandinave d’à peine 5 millions d’habitants, l’extrême-droite du Dansk Folkeparti (Parti du peuple danois), dirigé par Morten Messerschmidt, était l’une des principales forces politiques il y a encore dix ans, avec 25 % d’intentions de vote. Avec 37 députés sur 179, elle était en position de soutien sans participation au gouvernement de droite. Aujourd’hui, elle n’en compte plus que cinq, et se retrouve totalement marginalisée.
En 2019, ce parti s’est fait dépasser sur sa droite par les manifestations et les destructions de Corans par le feu d’un trublion nommé Rasmus Paludan, que l’Histoire a par ailleurs vite oublié. Pensant utiliser ce provocateur comme épouvantail, le Premier ministre de centre droit d’alors, Lars Løkke Rasmussen, a dissous la Chambre et appelé, en plein milieu de la campagne, à la formation d’une « grande coalition » dans l’esprit d’un « bloc central » pour gouverner sans les extrêmes. C’était sans compter un autre parti populiste, la Nouvelle Droite, qui a obtenu assez de voix pour siéger au Parlement. Pari doublement perdu : la Chambre élue fut la plus à gauche depuis les années 1970, et Rasmussen dut laisser la place à Mette Frederiksen, du Parti social-démocrate, aujourd’hui toujours en poste.
Frederiksen a pris la vague droitière qui a emporté l’ensemble de la société danoise. Au nom de la défense des classes populaires et du coûteux système d’État-providence danois, elle a mis en place une politique d’immigration et d’asile très restrictive, dans la lignée des conservateurs de Rasmussen. Les permis de résidence ont été réduits à un an, les bijoux des demandeurs d’asile sont saisis pour financer leur intégration, et il faut désormais résider au moins trois ans au Danemark avant de pouvoir prétendre au regroupement familial. Le plan britannique d’externalisation de la gestion des demandes d’asile est d’ailleurs à l’origine un projet danois, adopté en 2021. Le but de ces mesures n’est pas seulement de rendre juridiquement le statut de réfugié ou d’immigré moins attrayant : il vise avant tout à créer un environnement hostile à leur présence.
Et cela a payé dans l’opinion : Frederiksen s’est même offert le luxe d’augmenter son nombre de sièges au Parlement lors des élections de 2022. Rasmussen a quitté le parti Venstre, provoquant la scission du principal parti de droite, et a rejoint le gouvernement de coalition avec son nouveau mouvement, les Modérés. Le triomphe politique est total pour les sociaux-démocrates.
Mais cette politique risque d’être « trop » efficace : le pays vieillit vite, trop vite pour se passer d’une main-d’œuvre immigrée. Et le risque d’atteinte aux droits de l’homme existe : au nom de la lutte contre les « sociétés parallèles », pendant nordique de nos « territoires perdus de la République », des ghettos sont rasés et leurs populations « extra-européennes » expulsées par les autorités, sans que les tribunaux danois aient eu à se prononcer. Le risque de décisions arbitraires, fondées sur des critères ethniques au détriment de l’égalité de tous devant la loi, est très fort : le Conseil de l’Europe le déplorait dans un rapport de 2023, ainsi que l’absence de campagne contre la haine antimusulmane. Trois ans plus tard, rien n’a changé."
https://lejournal.info/article/danemark ... la-gauche/
Dans ce petit pays scandinave d’à peine 5 millions d’habitants, l’extrême-droite du Dansk Folkeparti (Parti du peuple danois), dirigé par Morten Messerschmidt, était l’une des principales forces politiques il y a encore dix ans, avec 25 % d’intentions de vote. Avec 37 députés sur 179, elle était en position de soutien sans participation au gouvernement de droite. Aujourd’hui, elle n’en compte plus que cinq, et se retrouve totalement marginalisée.
En 2019, ce parti s’est fait dépasser sur sa droite par les manifestations et les destructions de Corans par le feu d’un trublion nommé Rasmus Paludan, que l’Histoire a par ailleurs vite oublié. Pensant utiliser ce provocateur comme épouvantail, le Premier ministre de centre droit d’alors, Lars Løkke Rasmussen, a dissous la Chambre et appelé, en plein milieu de la campagne, à la formation d’une « grande coalition » dans l’esprit d’un « bloc central » pour gouverner sans les extrêmes. C’était sans compter un autre parti populiste, la Nouvelle Droite, qui a obtenu assez de voix pour siéger au Parlement. Pari doublement perdu : la Chambre élue fut la plus à gauche depuis les années 1970, et Rasmussen dut laisser la place à Mette Frederiksen, du Parti social-démocrate, aujourd’hui toujours en poste.
Frederiksen a pris la vague droitière qui a emporté l’ensemble de la société danoise. Au nom de la défense des classes populaires et du coûteux système d’État-providence danois, elle a mis en place une politique d’immigration et d’asile très restrictive, dans la lignée des conservateurs de Rasmussen. Les permis de résidence ont été réduits à un an, les bijoux des demandeurs d’asile sont saisis pour financer leur intégration, et il faut désormais résider au moins trois ans au Danemark avant de pouvoir prétendre au regroupement familial. Le plan britannique d’externalisation de la gestion des demandes d’asile est d’ailleurs à l’origine un projet danois, adopté en 2021. Le but de ces mesures n’est pas seulement de rendre juridiquement le statut de réfugié ou d’immigré moins attrayant : il vise avant tout à créer un environnement hostile à leur présence.
Et cela a payé dans l’opinion : Frederiksen s’est même offert le luxe d’augmenter son nombre de sièges au Parlement lors des élections de 2022. Rasmussen a quitté le parti Venstre, provoquant la scission du principal parti de droite, et a rejoint le gouvernement de coalition avec son nouveau mouvement, les Modérés. Le triomphe politique est total pour les sociaux-démocrates.
Mais cette politique risque d’être « trop » efficace : le pays vieillit vite, trop vite pour se passer d’une main-d’œuvre immigrée. Et le risque d’atteinte aux droits de l’homme existe : au nom de la lutte contre les « sociétés parallèles », pendant nordique de nos « territoires perdus de la République », des ghettos sont rasés et leurs populations « extra-européennes » expulsées par les autorités, sans que les tribunaux danois aient eu à se prononcer. Le risque de décisions arbitraires, fondées sur des critères ethniques au détriment de l’égalité de tous devant la loi, est très fort : le Conseil de l’Europe le déplorait dans un rapport de 2023, ainsi que l’absence de campagne contre la haine antimusulmane. Trois ans plus tard, rien n’a changé."
https://lejournal.info/article/danemark ... la-gauche/