Israël, premier pays au monde à reconnaître le Somaliland
Posté : 31 décembre 2025 15:40
D'abord, c'est où le Somailand ? Dans la Corne de l'Afrique, juste au sud de la République de Djibouti

C'est un territoire autoproclamé indépendant de la Somalie et non reconnu par tous les états de la planète. Pour tous les autres pays et les organisations internationales, le Somaliland (4,5 millions d'habitants) reste sous le contrôle de l'État somalien, duquel il a fait sécession après avoir subi une guerre aux allures de génocide à la fin des années 1980.
Sauf qu'Israël vient de le reconnaître officiellement !
Vendredi 26 décembre, Israël a surpris le monde entier en devenant le premier pays à reconnaître officiellement l'indépendance du Somaliland, plus de trois décennies après que celui-ci s'est de facto totalement détaché de la Somalie. À travers cette décision, Tel-Aviv cherche à obtenir une place forte sur la très stratégique mer Rouge, à faire pencher en sa faveur les équilibres géopolitiques régionaux et, potentiellement, à expulser vers ce territoire de nombreux Palestiniens.
Le Somaliland se réjouit de cette première reconnaissance internationale, mais il pourrait bien s'agir d'une victoire diplomatique à la Pyrrhus. Est-il vraiment positif pour ce territoire de la Corne de l'Afrique de se retrouver ainsi l'obligé d'Israël?
Aujourd'hui, l'État fédéral somalien est en proie aux attentats commis par les groupes djihadistes Al-Chabab et État islamique, connaît un niveau de violence élevé et un degré de corruption qui bat tous les records.
En comparaison, le Somaliland est un havre de paix démocratique et stable, qui jouit de sa propre Constitution, d'un système politique et électoral qui fonctionne plutôt bien, de sa propre monnaie (le shilling du Somaliland) et de sa propre armée.

Le président de la République du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, surnommé «Irro», avait certainement besoin de cette bonne nouvelle. Après son élection le 13 novembre 2024, son gouvernement s'est enlisé dans des conflits claniques et a fait peu de progrès sur les fronts critiques de l'emploi des jeunes, de la croissance économique et de la lutte contre l'inflation. Après l'annonce de reconnaissance israélienne, des foules en liesse sont descendues dans les rues de Hargeisa, la capitale du Somaliland.

Qu'apporterait une large reconnaissance internationale aux Somalilandais, à part de la fierté? L'acceptation de leurs passeports et l'intégration dans les systèmes bancaires internationaux, ce qui facilitera le commerce, ainsi que la liberté pour le gouvernement d'emprunter de l'argent aux organisations financières internationales afin de financer le développement.
Mais on n'en est pas là. Le président états-unien Donald Trump n'a pas donné suite à l'initiative israélienne. «Est-ce qu'il y a vraiment des gens qui savent ce qu'est le Somaliland?», s'est-il interrogé, questionné par le New York Post. Cependant, on sait que les États-Unis ont visité les côtes du Somaliland, en juin 2025, pour étudier la possibilité de l'implantation d'une base militaire.
Une ligne de fracture géopolitique
Les vives réactions de l'Union africaine, de l'Égypte, de la Turquie et de plusieurs autres membres de l'Organisation de la coopération islamique, qui ont tous affirmé leur attachement à l'intangibilité des frontières de la Somalie, dessinent une ligne de fracture géopolitique qui risque de s'aggraver dans un avenir proche. De l'autre côté, les pays qui estiment que l'indépendance du Somaliland serait dans leur intérêt –les Émirats arabes unis, l'Éthiopie et le Kenya– gardent le silence. Le ralliement à ce camp d'Israël –et potentiellement, un jour, des États-Unis– lui donne cependant beaucoup plus de poids.
Officiellement, Israël a défendu, mardi 30 décembre, cette reconnaissance, mais n'a donné aucune explication spécifique pour la justifier. Cependant, la plupart des analystes s'accordent à dire que la sécurité des lignes maritimes menant, par la mer Rouge, au port d'Eilat (sud d'Israël) et au canal de Suez en est la raison principale. Les côtes du Somaliland, en face du Yémen et proches du détroit de Bab el-Mandeb, offriraient à l'État hébreu une plateforme pour prendre en tenaille les rebelles houthis au Yémen et déjouer l'influence régionale turque.
Un deuxième intérêt moins cité est le désir israélien de trouver un pays qui accueillerait les Palestiniens que le gouvernement de Benyamin Netanyahou cherche à expulser. Plus tôt cette année, les efforts israéliens et américains visant à négocier un accueil des Palestiniens dans divers pays, y compris au Somaliland, ont fait couler beaucoup d'encre. Bien qu'un tel scénario paraisse à ce stade hautement invraisemblable, l'État somalilandais pourrait y trouver son avantage, si cela impliquait une reconnaissance internationale plus vaste et d'importants transferts de fonds.
Rappelons à cet égard que l'exode de centaines de milliers de Palestiniens vers le Koweït et d'autres pays du Golfe après l'occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza en 1967 contribua fortement au développement économique de ces pays. Mais les conditions étaient différentes. La main-d'œuvre palestinienne, éduquée et professionnelle, tombait à pic pour ces pays riches en pétrole mais manquant de ressources humaines et par ailleurs arabophones. Au Somaliland, où 70% des jeunes ne trouvent pas d'emploi, les Palestiniens auraient beaucoup plus de mal à s'intégrer.
Un troisième intérêt pourrait être de bouleverser un ordre régional globalement hostile à Israël. La reconnaissance du Somaliland, surtout si les Émirats arabes unis, l'Éthiopie et les États-Unis venaient à emboîter le pas à Israël, sème le trouble parmi les rivaux de Tel-Aviv: l'Iran et le Yémen des houthis, la Turquie et le Qatar (sponsors principaux de l'État fédéral somalien), ainsi que l'Égypte, alliée du Soudan, de l'Érythrée et de Djibouti pour isoler le rival éthiopien.
Un cadeau empoisonné?
Cette reconnaissance surprise semble être un pari risqué, mais pourrait rebattre les cartes en faveur d'Israël. Un facteur clé est la légitimité domestique et la stabilité du gouvernement somalilandais, qui en fait un meilleur allié que le gouvernement de la Somalie fédérale.
À court terme, l'annonce semble jouer en faveur du président Irro et du légitime désir de reconnaissance du peuple somalilandais. Mais rentrer ainsi dans le camp israélien pourrait s'avérer, à moyen terme, un cadeau empoisonné. Les islamistes d'Al-Chabab ont laissé le Somaliland tranquille depuis 2008 mais, de même que l'immense majorité des quelque 12 millions de citoyens de l'État fédéral, ils voient d'un très mauvais œil ce qui relève à leurs yeux d'une trahison à la fois de la cause palestinienne et de l'unité du peuple somalien. À suivre, donc."
https://www.slate.fr/monde/reconnaissan ... -mer-rouge

C'est un territoire autoproclamé indépendant de la Somalie et non reconnu par tous les états de la planète. Pour tous les autres pays et les organisations internationales, le Somaliland (4,5 millions d'habitants) reste sous le contrôle de l'État somalien, duquel il a fait sécession après avoir subi une guerre aux allures de génocide à la fin des années 1980.
Sauf qu'Israël vient de le reconnaître officiellement !
Vendredi 26 décembre, Israël a surpris le monde entier en devenant le premier pays à reconnaître officiellement l'indépendance du Somaliland, plus de trois décennies après que celui-ci s'est de facto totalement détaché de la Somalie. À travers cette décision, Tel-Aviv cherche à obtenir une place forte sur la très stratégique mer Rouge, à faire pencher en sa faveur les équilibres géopolitiques régionaux et, potentiellement, à expulser vers ce territoire de nombreux Palestiniens.
Le Somaliland se réjouit de cette première reconnaissance internationale, mais il pourrait bien s'agir d'une victoire diplomatique à la Pyrrhus. Est-il vraiment positif pour ce territoire de la Corne de l'Afrique de se retrouver ainsi l'obligé d'Israël?
Aujourd'hui, l'État fédéral somalien est en proie aux attentats commis par les groupes djihadistes Al-Chabab et État islamique, connaît un niveau de violence élevé et un degré de corruption qui bat tous les records.
En comparaison, le Somaliland est un havre de paix démocratique et stable, qui jouit de sa propre Constitution, d'un système politique et électoral qui fonctionne plutôt bien, de sa propre monnaie (le shilling du Somaliland) et de sa propre armée.

Le président de la République du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, surnommé «Irro», avait certainement besoin de cette bonne nouvelle. Après son élection le 13 novembre 2024, son gouvernement s'est enlisé dans des conflits claniques et a fait peu de progrès sur les fronts critiques de l'emploi des jeunes, de la croissance économique et de la lutte contre l'inflation. Après l'annonce de reconnaissance israélienne, des foules en liesse sont descendues dans les rues de Hargeisa, la capitale du Somaliland.

Qu'apporterait une large reconnaissance internationale aux Somalilandais, à part de la fierté? L'acceptation de leurs passeports et l'intégration dans les systèmes bancaires internationaux, ce qui facilitera le commerce, ainsi que la liberté pour le gouvernement d'emprunter de l'argent aux organisations financières internationales afin de financer le développement.
Mais on n'en est pas là. Le président états-unien Donald Trump n'a pas donné suite à l'initiative israélienne. «Est-ce qu'il y a vraiment des gens qui savent ce qu'est le Somaliland?», s'est-il interrogé, questionné par le New York Post. Cependant, on sait que les États-Unis ont visité les côtes du Somaliland, en juin 2025, pour étudier la possibilité de l'implantation d'une base militaire.
Une ligne de fracture géopolitique
Les vives réactions de l'Union africaine, de l'Égypte, de la Turquie et de plusieurs autres membres de l'Organisation de la coopération islamique, qui ont tous affirmé leur attachement à l'intangibilité des frontières de la Somalie, dessinent une ligne de fracture géopolitique qui risque de s'aggraver dans un avenir proche. De l'autre côté, les pays qui estiment que l'indépendance du Somaliland serait dans leur intérêt –les Émirats arabes unis, l'Éthiopie et le Kenya– gardent le silence. Le ralliement à ce camp d'Israël –et potentiellement, un jour, des États-Unis– lui donne cependant beaucoup plus de poids.
Officiellement, Israël a défendu, mardi 30 décembre, cette reconnaissance, mais n'a donné aucune explication spécifique pour la justifier. Cependant, la plupart des analystes s'accordent à dire que la sécurité des lignes maritimes menant, par la mer Rouge, au port d'Eilat (sud d'Israël) et au canal de Suez en est la raison principale. Les côtes du Somaliland, en face du Yémen et proches du détroit de Bab el-Mandeb, offriraient à l'État hébreu une plateforme pour prendre en tenaille les rebelles houthis au Yémen et déjouer l'influence régionale turque.
Un deuxième intérêt moins cité est le désir israélien de trouver un pays qui accueillerait les Palestiniens que le gouvernement de Benyamin Netanyahou cherche à expulser. Plus tôt cette année, les efforts israéliens et américains visant à négocier un accueil des Palestiniens dans divers pays, y compris au Somaliland, ont fait couler beaucoup d'encre. Bien qu'un tel scénario paraisse à ce stade hautement invraisemblable, l'État somalilandais pourrait y trouver son avantage, si cela impliquait une reconnaissance internationale plus vaste et d'importants transferts de fonds.
Rappelons à cet égard que l'exode de centaines de milliers de Palestiniens vers le Koweït et d'autres pays du Golfe après l'occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza en 1967 contribua fortement au développement économique de ces pays. Mais les conditions étaient différentes. La main-d'œuvre palestinienne, éduquée et professionnelle, tombait à pic pour ces pays riches en pétrole mais manquant de ressources humaines et par ailleurs arabophones. Au Somaliland, où 70% des jeunes ne trouvent pas d'emploi, les Palestiniens auraient beaucoup plus de mal à s'intégrer.
Un troisième intérêt pourrait être de bouleverser un ordre régional globalement hostile à Israël. La reconnaissance du Somaliland, surtout si les Émirats arabes unis, l'Éthiopie et les États-Unis venaient à emboîter le pas à Israël, sème le trouble parmi les rivaux de Tel-Aviv: l'Iran et le Yémen des houthis, la Turquie et le Qatar (sponsors principaux de l'État fédéral somalien), ainsi que l'Égypte, alliée du Soudan, de l'Érythrée et de Djibouti pour isoler le rival éthiopien.
Un cadeau empoisonné?
Cette reconnaissance surprise semble être un pari risqué, mais pourrait rebattre les cartes en faveur d'Israël. Un facteur clé est la légitimité domestique et la stabilité du gouvernement somalilandais, qui en fait un meilleur allié que le gouvernement de la Somalie fédérale.
À court terme, l'annonce semble jouer en faveur du président Irro et du légitime désir de reconnaissance du peuple somalilandais. Mais rentrer ainsi dans le camp israélien pourrait s'avérer, à moyen terme, un cadeau empoisonné. Les islamistes d'Al-Chabab ont laissé le Somaliland tranquille depuis 2008 mais, de même que l'immense majorité des quelque 12 millions de citoyens de l'État fédéral, ils voient d'un très mauvais œil ce qui relève à leurs yeux d'une trahison à la fois de la cause palestinienne et de l'unité du peuple somalien. À suivre, donc."
https://www.slate.fr/monde/reconnaissan ... -mer-rouge