Pourquoi Libération n’emploiera plus l’expression «union des droites»
Posté : 06 janvier 2026 06:40
Reprise de toutes parts, la formule légitime le rapprochement insidieux d’une partie de la droite républicaine avec l’extrême droite. Une invisibilisation qui profite à cette dernière alors que se profilent les municipales.
En politique, les mots sont toujours plus que cela, et une escarmouche lexicale peut annoncer de vastes mouvements de troupe. L’expression «union des droites» pose, à ce titre, un redoutable problème aux commentateurs de la vie politique. Derrière l’apparente neutralité d’une formule exprimant les tentatives d’accord entre droite «classique» et extrême droite, apparaît toujours plus clairement un concept destiné à faciliter ce processus. Ce raccourci, Libération, désormais, ne l’emploiera plus.
Il ne s’agit pas de nier ce rapprochement. Il a bien lieu, préconisé dernièrement par Nicolas Sarkozy, qui a demandé à son ancien parti Les Républicains (LR) de rompre «avec une partie de son histoire» pour opérer un «rassemblement le plus large possible, sans exclusive et sans anathème». Aux élections municipales, un candidat de Reconquête, parti d’Eric Zemmour, compte briguer la mairie de Bourg-en-Bresse à la tête d’une liste composée notamment d’élus LR et Nouvelle Energie, la boutique de David Lisnard. Le chef des députés LR, Laurent Wauquiez, a, lui, appelé à voter «tout sauf LFI» au scrutin de mars, quitte à «voter pour ceux qui sont en face, quel que soit le parti», et plaide pour une primaire présidentielle allant «de Gérald Darmanin à Sarah Knafo», eurodéputée Reconquête. Début octobre, au second tour d’une élection législative partielle dans le Tarn-et-Garonne, opposant une candidate soutenue par le Parti socialiste au représentant du parti d’Eric Ciotti, allié du Rassemblement national, le président de LR Bruno Retailleau avait lui aussi recommandé : «Pas une voix pour la gauche.»
«Faites leur avaler le mot, vous leur ferez avaler la chose», disait Lénine, prophète inattendu de la droite et de l’extrême droite. Parce que l’idée d’«union» est positivement connotée, et que le terme «droites» suggère une unité de fond des parties, leur association prend l’allure d’une évidence : s’il n’y a que «des droites», au nom de quoi les séparer ? L’expression a la force des slogans. Au point d’ailleurs qu’elle a donné son nom au nouveau parti d’Eric Ciotti : «Union des droites pour la République».
https://www.liberation.fr/politique/pou ... M5GIYKE54/
En politique, les mots sont toujours plus que cela, et une escarmouche lexicale peut annoncer de vastes mouvements de troupe. L’expression «union des droites» pose, à ce titre, un redoutable problème aux commentateurs de la vie politique. Derrière l’apparente neutralité d’une formule exprimant les tentatives d’accord entre droite «classique» et extrême droite, apparaît toujours plus clairement un concept destiné à faciliter ce processus. Ce raccourci, Libération, désormais, ne l’emploiera plus.
Il ne s’agit pas de nier ce rapprochement. Il a bien lieu, préconisé dernièrement par Nicolas Sarkozy, qui a demandé à son ancien parti Les Républicains (LR) de rompre «avec une partie de son histoire» pour opérer un «rassemblement le plus large possible, sans exclusive et sans anathème». Aux élections municipales, un candidat de Reconquête, parti d’Eric Zemmour, compte briguer la mairie de Bourg-en-Bresse à la tête d’une liste composée notamment d’élus LR et Nouvelle Energie, la boutique de David Lisnard. Le chef des députés LR, Laurent Wauquiez, a, lui, appelé à voter «tout sauf LFI» au scrutin de mars, quitte à «voter pour ceux qui sont en face, quel que soit le parti», et plaide pour une primaire présidentielle allant «de Gérald Darmanin à Sarah Knafo», eurodéputée Reconquête. Début octobre, au second tour d’une élection législative partielle dans le Tarn-et-Garonne, opposant une candidate soutenue par le Parti socialiste au représentant du parti d’Eric Ciotti, allié du Rassemblement national, le président de LR Bruno Retailleau avait lui aussi recommandé : «Pas une voix pour la gauche.»
«Faites leur avaler le mot, vous leur ferez avaler la chose», disait Lénine, prophète inattendu de la droite et de l’extrême droite. Parce que l’idée d’«union» est positivement connotée, et que le terme «droites» suggère une unité de fond des parties, leur association prend l’allure d’une évidence : s’il n’y a que «des droites», au nom de quoi les séparer ? L’expression a la force des slogans. Au point d’ailleurs qu’elle a donné son nom au nouveau parti d’Eric Ciotti : «Union des droites pour la République».
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