vincent a écrit : 24 février 2020 10:25
crepenutella a écrit : 23 février 2020 19:32
"parce que vous n' avez jamais fait partie de ce milieu . "
A ça je ne vous le fais pas dire, et c'est bien de cela dont on parle...(encore que mon grand père dirigeait une pme dans le transport/déménagement franchisé aux gentlemen du déménagement, et ma mère dirige le service de paie des cadres dans une grande société (70 gestionnaires donc sous sa direction)).
Malheureusement pour moi durant mon enfance ma mère était encore caissière dans un supermarché...je n'ai donc pas vraiment profité d'un niveau de vie exceptionnel...
Elle a pourtant essayé de m'emmené avec elle à Paris, mais une partie de ma famille, notamment mes grands parents ouvriers qui m'élevaient pendant qu'elle faisait carrière à la capitale, m’influençait pour que je reste en province. On me disait "Mais que vas-tu faire à Paris?" "Tu vas abandonner ton père?" "Et puis pour faire quoi? Comme t'a mère carriériste?" "Fais plutôt un bon gendarme comme ton père" "ou tourneur fraiseur!" "Enfin tu ne te rend pas compte les études c'est trop dur".
Alors moi j'ai quand même fais des études, en suivant l'avis de ma mère. J'ai au moins un niveau intellectuel et un art de vivre qui me permet de fréquenter des gens intéressants, et d'avoir une compagne très bien diplômé avec une bonne situation. Je ne suis pas un ouvrier illettré qui regarde son matche de foot une bière à la main...
Mais j'ai dus me battre toute ma vie, tous les jours contre ma famille, en leur disant "Si, ça sert à quelque chose de faire des études", "même si moi je n'y arrive pas, s'il me manque le réseau, j'aurais au moins quelque chose à transmettre à mes enfants, autre chose que l'échec et la peur d'affronter le monde!".
C'est de cela que je parle.
Et je parle aussi d'autre chose.
De mes camarades à la Sorbonne qui me disaient qu'ils ne comprenaient pas quand je parle à cause de mon accent.
De mon directeur de mémoire, une sommité dans son domaine, qui a traité avec tant de condescendance mon sujet "provincial" d'étude, que je m'en suis senti humilié au point d'abandonner et de rentrer sur bordeaux.
Je parle des dômes de marbres sous lesquels j'étudiait, dans le palais de Colbert, la bibliothèque de l'INHA ou du Trocadéro. Et qui m'écrasaient, quand mais camarades parisiens élevés dans un milieu privilégié bourgeois s'y mouvaient avec une aisance incroyable.
Je parle de l'aisance de mes camarades à parler avec nos profs comme si c'était leur pote, à leur proposer des cafés ect...Comme si c'était normal de rigoler avec un maître de conférence disposant d'une chaire à la Sorbonne et d'une autre à Yale. Mais pour eux ça l'était ils l'avaient sans doute fait lors des repas de famille toute leur vie.
Tout ce savoir-être, toute cette culture, qui ne s’acquière tout simplement pas par le travail, mais par une bonne orientation dès la plus tendre enfance.
Il ne suffit pas d'être bon, il faut être reconnu comme légitime, et c'est cela qu'il manque aux jeunes provinciaux des classes moyennes basses et populaires! Et en fait oui, c'est de l'entregent qu'il manque aux petits provinciaux. Et la bonne personne qui, en licence, va nous aider à faire un stage chez Drouot où dans un grand cabinet d'audite. Ou tout simplement, qui va nous aider à monter un dossier Erasmus et nous rassurer si on à peur de ne pas trouver de logement à Berlin.
Et c'est cela l'enjeu majeure de notre société en terme d'égalité des chances.
Ce n'est pas simple de convaincre un bon élève, que ses parents qui l'aiment, qui l'on nourrit, chouchouté, pour qui il a du respect, on tord de ne pas vouloir l'aider à faire des études. Qu'il ont tord aussi de vouloir l'envoyer en CAP pour qu'il bosse à 16 ans avec 18 de moyenne au collège, parce que de toute façon médecin c'est trop dur et faut aller à la grande ville, et puis on sait pas très bien si c'est vraiment possible, mieux vaut un morceau de pain que deux tu l'aura jamais. Souvent ces jeunes là restent dans leur bled et, au lieu de devenir avocat fiscaliste (ils ne savent même pas ce que c'est), seront chauffagistes...Ben désolé, même si c'est un métier honorable, c'est bien souvent un choix subit.
Et surtout cela n'à rien à voir ni de près ni de loin avec leur niveau d'intelligence et leurs capacités.
Enfin quant à moi, j'avais si je le voulais une place réservé à 1700 net en début de carrière et sans diplôme dans la boite de ma mère...j'ai refusé le piston, parce que je voulais prouver que l'on pouvait s'arracher à ses conditionnements. Depuis j'en chie, peut-être que je ne retrouverai jamais une aussi bonne place. A cet heure je serai surement cadre déjà... Tant pis c'était mon choix, celui de l'ambition et de la difficulté plutôt que de la facilité, je prouverai à mes gosses que même quand on est fils de rien on peut vivre de la culture, on peut faire ce qu'on veut pourvu qu'on est prêt à en payer le prix en terme de précarité et de sacrifice. Que même sans le réseau de papa et maman on peut y arriver. Même si c'est long et l'oeuvre de toute une vie.