Marine le Pen la poupée qui fait non.
Le RN tue en gants blancs
En annonçant qu'il censurerait d'emblée Xavier Bertrand et Bernard Cazeneuve comme Premier ministre,
le RN entre d'un coup dans le marigot politique dont il faisait mine de se tenir à distance.
Le plat de la vengeance se mange froid, au Rassemblement national du moins. Exclue des postes à responsabilité à l'Assemblée, exclue des discussions pour Matignon, Marine Le Pen a passé l'été dans le silence.
Ce mardi, il aura suffi de deux phrases de son parti pour tenir le pouvoir en joue. Xavier Bertrand est envisagé pour Matignon ? « Ce serait un manque de respect envers le vote des Français, donc on censure », a-t-il fait savoir. Et Bernard Cazeneuve ? Après quelques hésitations, le verdict tombe aussi. « On censure ! ». Il ne faud septembrerait pas laisser penser que Marine Le Pen se laisse uniquement guider par sa rancoeur personnelle contre Xavier Bertrand. Pour qu'il ne soit pas le seul, elle censure donc tout le monde.
Elle le décide d'entrée de jeu, sans attendre de voir la politique menée, à rebours de la responsabilité qu'elle tentait d'afficher depuis le début du quinquennat. Il faut dire que la comparaison avec le Nouveau Front populaire continuerait presque de la faire passer pour un agneau. Arrivée en tête des législatives, la gauche a joué sans fléchir le rapport de force avec Emmanuel Macron : Lucie Castets, processus de destitution, mobilisation de la rue samedi. Marine Le Pen était en bien moins bonne position.
D'une faiblesse, elle a tenté de faire une force : se tenir loin du marigot politique et faire la leçon aux autres partis : travaillons sur un programme de session extraordinaire pour répondre aux vraies préoccupations des Français, a-t-elle professé… Sauf dans les instants où elle tire.
La roulette russe ?
Car pour ses interlocuteurs, cette stratégie en gants blancs est démasquée par les menaces de censure. Attention danger, elle profitera de la fragilité du pouvoir. « Quel que soit le Premier ministre, il sera dans la main du RN », s'inquiète un ministre de l'équipe sortante. Dans la précédente mandature, Les Républicains avaient éprouvé les nerfs du gouvernement, mais « comme c'était un petit groupe, nourri à la culture de gouvernement, il ne jouait quand même pas à la roulette russe : qu'en sera-t-il pour le RN et ses 126 députés ? »
Comment Marine Le Pen veut peser sur la rentrée politique
Dans la chasse au candidat pour Matignon, la censure RN a semblé mettre un coup d'arrêt à l'hypothèse Bertrand qui prospérait le matin. Le PS le censurera lui aussi, ainsi que le reste de la gauche, tandis que LR se résout à la mansuétude. Le compte n'y est pas. « Bertrand, ça ne tient pas cinq minutes », dit un conseiller. Retour à Bernard Cazeneuve ? LR ne censure pas a priori, le PS se divise c'est-à-dire se sent coincé. L'arithmétique, sur le papier, joue en sa faveur, même si l'ensemble une fois de plus n'est guère solide. Mais il n'y a pas que l'arithmétique dans la vie. Fragile pour fragile, Emmanuel Macron semblait encore chercher mardi soir une solution un peu plus conforme à ses choix. Tout est possible, même un troisième nom.
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