Mesoke a écrit : 20 novembre 2025 08:56
Pardon j'ai lu trop vite
Mais tu n'as toujours pas expliqué en quoi social démocratie et libre échange étaient incompatibles. La social-démocratie c'est des idées socialistes de protection de la population et de réduction des inégalités dans un cadre d'économie de marché (alors que le socialisme de base se voyait en-dehors du capitalisme et oeuvrait à une société sans classe sociale), en quoi est-ce incompatible avec du libre échange ? En quoi un commerce international détaxé empêcherait une redistribution des richesses dans chaque pays ?
J'ai répondu à la question.
Le libre-échange, ça veut dire qu'il y a une libre circulation des personnes, des capitaux et des biens. Donc ça veut dire que les États se retrouvent en concurrence entre eux pour attirer les investisseurs, lesquels vont faire jouer la concurrence entre les États. Une course au moins disant fiscal et social s'opère donc entre les États pour attirer les investisseurs.
Concrètement, cela signifie :
- Que vous ne pouvez plus taxer les riches autant qu'espéré, car sinon, ils s'exilent dans un pays plus accommodant. Donc si vous voulez les garder, vous leur aménagez une fiscalité avantageuse (bouclier fiscal, suppression de l'ISF...).
- Que vous ne pouvez plus taxer les multinationales autant qu'espéré, car sinon, elles transfèrent leur siège dans un pays plus accommodant. Donc si vous voulez les garder, vous leur aménagez une fiscalité avantageuse (baisse de l'imposition des dividendes...).
- Que si vous acceptez de financer votre dette sur les marchés financiers (c'est le principe de la monnaie unique), alors vous vous soumettez à leur pression : vous devez donner aux investisseurs des gages de bonne gestion, sinon, les taux d'intérêts augmentent. Souvenons-nous que, ces dernières années, les marchés financiers ont eu raison d'un gouvernement en Italie et d'un gouvernement au Royaume-Uni. Vous ne pouvez plus, non plus, financer de grosses dépenses en monétisant votre dette, car c'est interdit.
- Que vous devez faire attention à ne pas trop taxer la main-d’œuvre, pour ne pas trop augmenter le coût du travail, sinon, les entreprises peuvent facilement délocaliser leur production dans un pays où la main-d’œuvre coûte moins cher. Et donc, si vous êtes soucieux de la compétitivité de votre économie, vous mettez en place des exonérations de cotisations, un CICE, etc., autant de dispositifs qui posent ensuite un problème de financement de notre système social.
- Que vous devez faire attention à ne pas trop augmenter la fiscalité sur le capital, pour ne pas faire fuir les investisseurs. Et si vous voulez les garder, vous leur aménagez une fiscalité sur le capital avantageuse (ce qu'a fait Macron en début de mandat).
- Que vous ne pouvez plus défendre vos services publics auxquels vous êtes si attaché, parce que les traités européens prévoient une ouverture à la concurrence.
- Que vous ne pouvez pas non plus imposer aux agriculteurs des normes environnementales trop strictes, car sinon, vous les exposez à la concurrence étrangère déloyale. Donc vous faites des lois de type "loi Duplomb", qui leur permettent de mieux affronter cette concurrence étrangère, mais qui constituent un reniement par rapport à certains objectifs environnementaux.
Liste non exhaustive, bien sûr...
Il faut simplement comprendre que, dans un contexte de libre-échange, la concurrence internationale devient omniprésente, et que le souci de préserver la compétitivité du pays dicte la politique de nos gouvernements, les oblige à mener une politique d'inspiration plutôt libérale (fiscalité avantageuse pour les riches, baisse des cotisations, règlementation avantageuse pour les multinationales...) à l'opposé des objectifs sociaux-démocrates.
Je suis vraiment étonné que vous ne compreniez pas tout cela. Vous faites partie de tous ces gens de gauche, qui sont attachés à des idéaux de gauche, mais qui n'ont pas compris que leurs idéaux de gauche sont incompatibles avec un autre idéal, celui de la construction européenne, fondée sur une logique libérale. Un type comme Mélenchon (que pourtant je n'apprécie guère) est plus cohérent : il a compris cette contradiction, c'est pourquoi il assume de ne pas respecter certains traités européens.
Il faut aussi avoir conscience que le coût de notre État-providence est de plus en plus élevé, à cause du vieillissement de la population. Si on ne change aucune loi, les dépenses augmentent mécaniquement, et elles augmentent plus vite que les recettes. Le financement de cet État-providence pèse sur les finances publiques, sur le coût du travail... Dans un contexte de concurrence internationale (toujours), on ne peut pas indéfiniment augmenter les prélèvements pour financer ce système, sous peine de voir fuir encore davantage les investisseurs, les riches, les usines. Donc fatalement, la tendance est à limiter le dépenses, donc à rogner certains "acquis sociaux" qui l'on croyait peut-être intangibles.