L’opération a visé des sites militaires et un centre de recherche soupçonnés d’héberger le programme chimique du régime, à Damas et près d’Homs.
Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 14.04.2018 à 03h08 •
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La défense anti-aérienne syrienne entre en action, dans le ciel de Damas, à l’aube du samedi 14 avril.
Après plusieurs jours de tergiversations, les Etats-Unis et leurs alliés sont entrés en action. Lors d’une allocution très solennelle, depuis la Maison Blanche, Donald Trump a annoncé vendredi 13 avril que Washington lançait des frappes contre la Syrie, en coordination avec la France et le Royaume-Uni.
« Il y a peu de temps, j’ai ordonné aux forces armées des Etats-Unis de lancer des frappes de précision contre des cibles associées aux capacités chimiques militaires du dictateur syrien Bachar Al-Assad. Une opération combinée est en cours avec la France et le Royaume Uni, nous les remercions tous les deux. »
Il s’agit d’une réponse directe à l’attaque chimique présumée menée la semaine dernière à Douma en Syrie. Ces dernières heures, la France et les Etats-Unis avaient affirmé avoir les preuves que le régime syrien était responsable de cette attaque, qui a fait des dizaines de morts.
L’opération durera « aussi longtemps qu’il le faudra », a assuré M. Trump lors de son intervention, alors que les premières explosions résonnaient à Damas. Mais, un peu plus d’une heure plus tard, le général Joe Dunford, chef d’état-major américain, a annoncé que les tirs étaient déjà terminés lors d’une conférence de presse. A son côté, le secrétaire à la défense américain, James Mattis, a souligné qu’il s’agissait de « frappes ponctuelles », d’autres actions militaires n’étant pas prévues pour l’instant.
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Au cours de son allocution, le président américain s’en est aussi pris directement à Moscou, allié du président syrien Bachar Al-Assad. M. Trump a exhorté Moscou « à quitter la voie sinistre du soutien à Assad », il a affirmé que la Russie « a trahi ses promesses » sur l’élimination des armes chimiques.
La télévision d’Etat syrienne a rapidement dénoncé une « agression américaine » en Syrie « en coopération avec la France et la Grande-Bretagne ». Les médias locaux affirment aussi que la défense anti-aérienne syrienne est rapidement entrée en action.
Une opération militaire coordonnée avec Paris et Londres
Quelques minutes après le président américain, Emmanuel Macron, qui s’est régulièrement entretenu par téléphone avec Donald Trump ces derniers jours, a confirmé la participation française à ces opérations dans un communiqué :
« Notre réponse a été circonscrite aux capacités du régime syrien permettant la production et l’emploi d’armes chimiques. Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de l’emploi d’armes chimiques, qui est un danger immédiat pour le peuple syrien et pour notre sécurité collective. »
Le président de la République annonce aussi la poursuite des efforts diplomatiques dans le cadre de l’ONU, où la Russie a sans cesse utilisé son droit de veto, pour s’opposer à des résolutions visant le régime syrien :
« La France et ses partenaires reprendront, dès aujourd’hui, leurs efforts aux Nations unies pour permettre la mise en place d’un mécanisme international d’établissement des responsabilités, prévenir l’impunité et empêcher toute velléité de récidive du régime syrien »
Le chef de l’Etat précise enfin que, « conformément à l’article 35, alinéa 2, de la Constitution, le Parlement sera informé et un débat parlementaire sera organisé, suite à cette décision d’intervention de nos forces armées à l’étranger ».
De son côté, la première ministre britannique Theresa May a affirmé depuis Londres qu’il n’y avait « pas d’alternative à l’usage de la force. »
« Nous avons cherché tous les recours diplomatiques, a-t-elle ajouté, mais nos efforts ont été constamment déjoués. »
Des cibles précises visées, selon les Occidentaux
Au moment même où le président américain s’exprimait, plusieurs journalistes présents à Damas ont fait état d’explosions dans la capitale syrienne. Le quartier de Barzeh a été touché, selon un témoin.
D’après le chef d’état-major des forces armées américaines, la première cible était un centre de recherches à Damas, les frappes ont aussi visé un arsenal d’armes chimiques. Il n’y a pas eu de pertes américaines lors des opérations menées au lever du jour, et rapidement achevées. Les Etats-Unis et leurs alliés ont frappé plus lourdement la Syrie que lors des tirs de missiles d’avril 2017.
Le ministère britannique de la défense a annoncé de son côté avoir frappé un « complexe militaire » près de Homs, à l’ouest du pays. Cette cible, « où le régime est supposé conserver des armes chimiques », a été déterminée suite à une « analyse scientifique très méticuleuse », visant à maximiser la destruction de l’arsenal chimique syrien, selon le ministère.
Le président américain avait passé ces derniers jours à consulter ses conseillers ainsi que les principaux alliés de Washington, en premier lieu la France et le Royaume-Uni, pour prendre sa décision de mener ou non des frappes en représailles à cette attaque qui a fait au moins 40 morts.
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