Victor a écrit : 13 novembre 2020 17:05
Pas vraiment. Je dirais que c'est tout simplement la conséquence d'élus et de gouvernements (surtout de gauche) totalement déconnectés de la réalité de la concurrence économique.
Quand on mène des politiques qui ne tiennent pas compte de notre perte de compétitivité vis à vis de nos concurrents européens et bien on se retrouve avec des fermetures d'usine.
Si on sortait de l'UE, on aurait droit à des droits de douane pour tous les produits fabriqués en France, donc cela ne changerait rien.
Compte tenu du coût et des difficultés de fabrication en France + les droits de douane et bien le made in France sera toujours trop cher.
On ne peut pas échapper à l'obligation d'être compétitif.
Les droits de douane et le barricadage dans ses frontières ne sont qu'une protection illusoire.
En matière de propos idéologiques on ne peut pas faire pire que toi Victor.
Premièrement la désindustrialisation a commencé dès les années 60/70 en France, les gouvernements, qu'ils soient de gauche comme de droite n'ont rien fait pour y remédier. Donc jeter la pierre sur la gauche, c'est facile et séduisant pour la personne que tu es mais ce n'est absolument pas la réalité. La réalité se situe davantage au niveau de l'éducation des élites politiques (ENA, Sciences Po) où les enseignements ne sensibilisent pas du tout à l'utilité du secteur industriel et encore moins aux répercussions sociales (hausse des maladies, des divorces, des suicides) que peuvent engendrer une fermeture d'usine.
L'argument de la compétitivité est d'une grande stupidité. Tu es obnubilé par ce concept que tu peinerais à définir.
Il faut bien comprendre une chose fondamentale, c'est que manifestement le travail n'a pas la même valeur pour ceux vendent leur force de travail et pour ceux qui l'achètent.
On martèle souvent que le travail coûte trop cher en France. Alors déjà il faut bien comprendre que les travailleurs français sont également plus efficaces que les travailleurs de pays moins développés, notamment parce que nous disposons de machines et de techniques plus performantes. Nous avons également des travailleurs mieux formés, l'OCDE va même jusqu'à affirmer qu'un travailleur français produit 15 fois plus qu'un travailleur du Bangladesh en une heure.
Tu omets également tout le travail d'ingénierie, de conception, de communication qui est lui localisé dans les pays développés où les travailleurs sont, en général, plus qualifiés. En d'autres termes, on ne délocalise généralement pas les cols-blancs.
Si le coût du travail expliquait à lui seul l'état d'une économie alors tu pourras sans doute m'expliquer pourquoi, en 2019, le taux de chômage était de 6,4% en Bulgarie et de 4,9% au Danemark alors que le salaire des danois est 9 fois supérieur au salaire bulgare.
Tu parles aussi régulièrement de "charges" parce que personne n'en veut de charges, c'est une contrainte pesante. Le choix des termes a son importance parce que ces charges sont en réalité des cotisations sociales. Ces cotisations sociales donnent lieu à des prestations sociales pour les personnes qui ont en besoin et également, de manière différée, pour le salarié lorsque celui-ci est malade par exemple.
Diminuer les cotisations sociales ne sert qu'à augmenter le profit des entreprises et à faire fonctionner les assurances privées (qui sont plus chères et moins efficaces) puisque la Sécurité sociale ne pourrait pas assurer sa mission.
Depuis 1993, les dispositifs d'exonérations des cotisations patronales s'empilent, notamment pour réduire le coût des bas salaires. Quels effets ont eu ces mesures ? En 2017, le taux de chômage des ouvriers non-qualifiés est 6 fois plus important que celui des cadres et presque deux fois plus important que celui des employés.
Pourtant si on conserve ta réflexion, il y a bien un travail dont le coût explose depuis des décennies. Celui des PDG ! Si on se réfère au CAC40, la rémunération des PDG atteint une moyenne de 5,1 millions d'euros en 2018, soit une augmentation de 14% par an.
Avant d'être un coût, le travail est créateur de richesse. Les économistes classiques, tel Adam Smith, chéri par les libéraux, affirmaient même que c'était la seule.
Si les entreprises délocalisent et/ou suppriment des emplois c'est parce qu'elles veulent faire exploser leurs profits.
Mais c'est une grosse erreur, l'économie est grand circuit. La demande et l'offre ne devraient pas se faire face mais plutôt être complémentaires. La demande est le débouché de la production des entreprises, moins de pouvoir d'achat = moins de demande = difficultés pour les entreprises. Le fait de vouloir ponctionner une part de plus en plus importante de la richesse produite pour faire gonfler les dividendes ou les profits des patrons est, en soi, complétement anti-économique. Les salaires permettent aux ménages d'acheter la production des entreprises et donc de soutenir l'emploi.
La question doit-être renversée, il ne faut pas se demander si le travail coûte trop cher mais plutôt se demander si ce n'est pas le capital qui coûte trop cher.