Jérôme Kerviel reprend sa marche et rentre en France
L'ex-trader de la Société générale Jérôme Kerviel a repris dimanche à 19h sa marche depuis l'Italie, à Vintimille, pour rentrer avant minuit en France où il doit purger une peine de trois ans de prison ferme.
"Je marche et je rentre vers la France", a-t-il dit en sortant de son hôtel, sac au dos, toujours avec sa tenue de randonneur rouge, fraîchement rasé, avec à ses côtés son compagnon de route le père Patrice Gourrier.
Il n'a cependant pas précisé s'il comptait bien se rendre au commissariat de Menton, où il est convoqué et doit être d'ici minuit, faute de quoi il sera considéré par les autorités françaises comme "en fuite".
"Si jamais ils décident de m'interpeller à la frontière, la marche continuera avec Patrice Gourrier", a-t-il simplement répondu aux journalistes, tout en marchant. "Le combat continuera quoi qu'il arrive". "Je n'ai jamais été en fuite, j'ai toujours assumé ma responsabilité", a-t-il ajouté, avant de faire un bref passage par une église puis de s'attabler à une pizzeria entouré d'une dizaine de ses soutiens.
Dîner avec des amis
"Je vais aller dîner avec mes amis, et je marche comme je le fais depuis deux mois et demi. Après, je rentre en France", a-t-il précisé, se disant "serein, heureux": "Je retrouve mon pays, je suis super content", a-t-il assuré, tandis qu'une voiture française le klaxonnait, son conducteur lui lançant "le peuple est avec toi".
La veille, il devait déjà franchir la frontière française vers 15h30 pour effectuer sa peine. Mais il avait finalement annoncé qu'il restait en Italie dans l'attente d'une réponse de François Hollande. L'ancien trader demandait au chef de l'Etat une "immunité" pour des personnes parties prenantes dans l'affaire l'opposant à la Société générale et qui pourraient plaider en sa faveur.
L'Elysée n'a pas répondu précisément à cette demande, se contentant d'indiquer que si Kerviel sollicitait la grâce présidentielle -ce qu'il n'a pas fait- "sa demande serait examinée selon la procédure habituelle, c'est-à-dire après une instruction et un avis de la chancellerie".
Dimanche en début de journée, Jérôme Kerviel avait confirmé qu'il restait en Italie. Dans un communiqué, il demandait à ce que ses avocats puissent rencontrer François Hollande "afin de lui exposer l'ensemble des dysfonctionnements graves" qui ont, selon lui, marqué son procès.
Aucun rendez-vous prévu selon l'Elysée
"J'attends côté italien la réponse du président de la République, sur l'immunité que je demande pour protéger les personnes qui sont prêtes à parler", disait-il dans un communiqué, réitérant sa position de la veille, quand il avait arrêté sa marche juste avant la frontière et la France. L'Elysée a réagi en indiquant qu'aucun rendez-vous n'était prévu avec Jérôme Kerviel, rapporte un journaliste de France 2.
"Aucune rencontre n'est à l'ordre du jour", a confirmé l'Elysée à l'AFP, tout en rappelant que le chef de l'Etat était "le garant constitutionnel de l'indépendance de l'autorité judiciaire" et qu'à ce titre, il était "attaché au respect des décisions rendues par les juridictions françaises". Selon une source gouvernementale, l'exécutif n'a pas l'intention de "tomber dans le piège évident tendu par Kerviel et son avocat".
Jérôme Kerviel sera "en fuite" s'il ne se présente pas d'ici ce dimanche soir à minuit au commissariat de Menton, avait par ailleurs fait savoir le parquet général de Paris. "A l'expiration du délai de convocation au commissariat de Menton ce soir à minuit, Jérôme Kerviel sera considéré en fuite et un mandat d'arrêt européen sera délivré à son encontre dans le respect de la décision de justice le concernant", informait dans un communiqué le parquet général de la cour d'appel de Paris. L'avocat de l'ex-trader, Me Koubbi, a dénoncé le "truquage d'un procès".
Sa défense regagne Paris dimanche soir
La défense de Jérôme Kerviel et des membres de son comité de soutien ont eux informé qu'ils regagneraient Paris dimanche soir "pour se tenir à la disposition des services de la présidence de la République afin d'évoquer les pièces et les éléments démontrant les dysfonctionnements dénoncés. Ils pourront aussi rencontrer le parquet".
Quant au père Patrice Gourrier, qui accompagne depuis quelques jours l'ancien courtier dans sa marche, il a décidé d'entreprendre "un jeûne qui se poursuivra tant que l'incarcération ne sera pas différée". "En unissant le jeûne à la prière, je souhaite que l'attention de tous les citoyens se porte sur les victimes des barbaries économiques où l'on sacrifie l'homme sur l'autel du profit", dit le prêtre, venu de Poitiers.
Réactions politiques
Bernard Cazeneuve a conseillé dimanche à Jérôme Kerviel de "rentrer en France pour purger sa peine". Interrogé dans l'émission "Tous politiques" sur France Inter/Le Parisien/France 24, le ministre de l'Intérieur a rappelé que l'ancien trader de la Société générale avait été jugé trois fois, (...) jugé et condamné".
"Je conseille à Jérôme Kerviel de rentrer en France pour purger sa peine, de se présenter aux autorités judiciaires", a-t-il dit, plutôt que de "chercher au creuset de mauvaises polémiques" et d'"inspirer des polémiques qui n'ont pas lieu d'être". "Lorsque la justice a dit le droit, on respecte l'autorité de la chose jugée", a-t-il ajouté.
De son côté, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, a jugé que le très médiatique trader ferait mieux de faire "profil bas" et de commencer à exécuter sa peine. Lors de l'émission "C Politique" sur France 5, le député a souligné qu'il s'agissait dans ce dossier d'exécuter "une décision de justice".
Il y a là "une tentation de politiser l'affaire pour essayer de trouver une sortie et cela ne lui a pas totalement réussi", a estimé Jean-Christophe Cambadélis. "Je pense qu'il vaut mieux avoir un profil bas, quitte à interpeller sur des éléments de fait le président de la République", selon lui.
"Jerôme Kerviel est un délinquant, un escroc", a lui dénoncé sur RTL Michel Sapin, le ministre des Finances. "M. Kerviel est un délinquant et un délinquant condamné par la justice française pénalement (...) C'est un escroc" qui "doit bien entendu purger sa peine", a-t-il déclaré.
L'ancien ministre UMP Xavier Bertrand a pour sa part assuré sur RCJ que l'affaire Kerviel lui rappelait celle de Leonarda, l'adolescente rom expulsée, avec chaque fois une interpellation directe de François Hollande.
Enfin, Jean-Luc Mélenchon a réaffirmé que son parti soutenait Jérôme Kerviel. Au Front de gauche, "tous, on soutient" Jérôme Kerviel "parce qu'on pense qu'il est innocent. A gauche, on est comme ça, depuis l'Affaire Dreyfus. Dreyfus n'était pas des nôtres et on l'a soutenu", a déclaré Mélenchon sur BFMTV.
http://www.huffingtonpost.fr/2014/05/18 ... 46208.html
Jérôme Kerviel "évoque Leonarda" à Xavier Bertrand, qui met en cause François Hollande
L'ancien ministre UMP Xavier Bertrand a assuré dimanche 18 mai que l'affaire du trader repenti Jérôme Kerviel lui rappelait celle de Leonarda, l'adolescente rom expulsée, avec chaque fois une interpellation directe de François Hollande.
Sur RCJ, le député-maire de Saint-Quentin (Aisne) a commenté: "Kerviel m'évoque Leonarda. On a maintenant un citoyen qui se permet d'interpeller le Président de la République, directement, personnellement". "Le responsable de cette situation, c'est le président de la République parce que c'est l'Elysée qui a dit hier que s'il s'adressait à lui, s'il faisait une demande (ndlr: de grâce), cette demande serait instruite", a déploré Xavier Bertrand.
"Dans chef de l'Etat il y a Etat mais il y a chef"
La justice "s'est exprimée à trois reprises sur Jérôme Kerviel", a-t-il noté. "Peut-être que maintenant Jérôme Kerviel vit un drame humain, c'est possible, mais en attendant, je pense qu'il porte quand même une vraie part de responsabilité puisqu'il a été condamné à trois reprises".
"Mais vous avez un Président de la République qui a oublié qu'il n'était plus Premier secrétaire du PS, qu'il est chef de l'Etat, et dans chef de l'Etat il y a 'Etat' mais il y a 'chef' et donc comprendre qu'on doit incarner la France et avoir une stature présidentielle", a poursuivi le dirigeant d'opposition. "De la même façon que Leonarda s'était permis de l'interpeller, maintenant c'est Jérôme Kerviel. Ce n'est pas possible d'avoir un tel fonctionnement, pour la cinquième puissance mondiale qu'est la France", a déploré Xavier Bertrand.
Le collégienne d'origine kosovare Leonarda Dibrani avait en direct refusé une proposition de retour en France formulée par le chef de l'Etat sauf à l'étendre à toute sa famille. Le financier condamné cinq ans de prison dont deux ferme pour des opérations ayant fait perdre 4,9 milliards d'euros à sa banque, la Société générale, a demandé à François Hollande l'immunité pour ceux qui viendraient témoigner dans son affaire.
http://www.huffingtonpost.fr/2014/05/18 ... 46208.html
Bertrand a raison, Leonarda et Kerviel, c'est les mêmes : l'un est un trader en fuite qu'on veut absolument voir rentrer en Franc, l'autre est une roms expulsé qu'on veut surtout pas voir revenir. C'est pareil
Plus sérieusement, c'est vrai qu'on retrouve chez les 2 cette façon de s'adresser au président comme à n'importe qui, de lui donner des ordres. Et à chaque fois Hollande se laisse faire. Kerviel, moi je lui rajouterai 45.000€ d'amende pour
Offense au Chef de l'Etat.