En Ukraine, Human Rights Watch documente des « crimes de guerre apparents »
L’ONG de défense des droits de l’homme a recueilli des témoignages, notamment sur des exécutions sommaires commis par des soldats russes.
Par Faustine Vincent
Publié aujourd’hui à 10h38, mis à jour à 11h15
Un corps sur l’autoroute E40 allant de Kiev à Jitomyr, en Ukraine, le 2 avril 2022. CHLOE SHARROCK/MYOP POUR « LE MONDE »
Exécutions sommaires, viols, pillages, violences et menaces contre des civils. Dans un rapport publié dimanche 3 avril, Human Rights Watch (HRW) documente plusieurs cas de « crimes de guerre apparents » commis par les Russes dans les zones de Tchernihiv, Kharkiv et Kiev, en Ukraine. « Les cas que nous avons documentés témoignent d’une cruauté et d’une violence indicibles et délibérées à l’encontre des civils ukrainiens, a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale de l’organisation de défense des droits de l’homme. Les viols, meurtres et autres actes de violence contre des personnes détenues par les forces russes devraient faire l’objet d’enquêtes en tant que crimes de guerre. »
Le 4 mars, à Boutcha, les forces russes ont ainsi « appréhendé cinq hommes et ont exécuté sommairement l’un d’entre eux », selon un témoignage recueilli par l’ONG. Les soldats ont forcé les cinq hommes à s’agenouiller sur le bord de la route, leur ont couvert la tête avec leurs tee-shirts et en ont abattu un en lui tirant derrière la tête, a raconté ce témoin.
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D’autres exécutions sommaires ont été commises le 27 février, dans le village de Staryi Bykiv, dans la région de Tchernihiv, selon la mère de l’une des victimes. Les Russes ont appréhendé six hommes et les ont exécutés, a témoigné cette femme. Elle se trouvait à proximité lorsque son fils et un autre homme ont été saisis, et a vu les corps de six victimes.
Human Rights Watch a recueilli le récit de dix personnes en tout, « dont des témoins, des victimes et des habitants des territoires occupés par la Russie, en personne ou par téléphone ». Beaucoup ont souhaité répondre sous couvert d’anonymat, par mesure de sécurité.
Viols répétés
D’autres violences commises contre des civils ont pu être documentées dans le village de Vorzel, à environ 50 kilomètres au nord-ouest de Kiev. Le 6 mars, les soldats russes ont jeté une grenade fumigène dans un sous-sol où plusieurs personnes s’étaient réfugiées. « Quand des personnes paniquées ont tenté de fuir le sous-sol, les soldats ont ouvert le feu, touchant une femme et un adolescent de 14 ans », a raconté un témoin. Le garçon a été tué sur le coup. Une femme a été blessée. Elle a succombé le surlendemain.
Les Russes semblent également employer une autre arme de guerre : le viol. Une femme a ainsi témoigné avoir été violée par un soldat russe à plusieurs reprises dans une école de la région de Kharkiv où elle avait trouvé refuge avec sa famille, le 13 mars. Elle a raconté avoir été battue et lacérée au visage et au cou avec un couteau. Elle a pu fuir le lendemain et s’est réfugiée à Kharkiv, où elle a pu recevoir des soins. L’ONG de défense des droits de l’homme a pu constater ses blessures au visage sur deux photographies envoyées par la victime.
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Plusieurs civils ukrainiens ont également affirmé que les forces russes se livraient à des pillages, notamment de « vivres, de bois de chauffage, de vêtements et d’autres articles tels que des tronçonneuses, des haches et de l’essence ».
« Toutes les parties au conflit armé en Ukraine sont tenues de respecter le droit international humanitaire ou les lois de la guerre, notamment les conventions de Genève », rappelle HRW dans son rapport. Ces lois interdisent les homicides volontaires, les viols, la torture et les traitements inhumains des soldats capturés et des civils en détention. Le pillage et les saccages sont également interdits, précise l’ONG. « Quiconque ordonne ou commet délibérément de tels actes, ou les aide et les encourage, est responsable de crimes de guerre. »
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a annoncé dimanche qu’un « mécanisme spécial » allait être créé pour « enquêter sur tous les crimes des occupants dans notre pays et les poursuivre ». Dans un entretien publié le 2 avril par le quotidien suisse Le Temps, l’ancienne procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte, a appelé la Cour pénale internationale à émettre un mandat d’arrêt contre le président russe. « Poutine est un criminel de guerre », affirme-t-elle. Selon la juriste, un mandat d’arrêt est « le seul instrument qui existe permettant d’arrêter l’auteur d’un crime de guerre et de le porter devant » la justice internationale.
Faustine Vincent