L'armée israélienne affirme prévenir les populations de l'imminence d'un bombardement. Une stratégie qui
présente beaucoup de limites.
Mercredi 16 juillet au matin, l'armée israélienne dit avoir appelé environ 100.000 habitants du nord
de la bande de Gaza (
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20 ... ectisrael-
appelle-100-000-habitants-de-gaza-a-evacuer.html) pour leur demander d'évacuer leur domicile
avant une intensification imminente des bombardements. Selon le communiqué de l'armée, les habitants de
Zeitoun, Choujaiya et Beit Lahiya ont reçu des appels téléphoniques enregistrés, des SMS et des tracts largués :
"En dépit du cessez-le-feu, le Hamas et d'autres organisations terroristes ont continué à tirer des roquettes [...]
Pour votre propre sécurité, il vous est demandé d'évacuer votre domicile immédiatement et de vous rendre au sud
de Jabalia " avant mercredi 16 juillet 8 heures (7 heures, heure de Paris), prévient l'armée en assurant qu'elle ne
"veut pas faire de mal" aux habitants de ces villes mais que s'ils n'évacuaient pas, ils mettaient leur vie et celle de
leurs proches en danger.
Dimanche, des messages similaires avaient déjà été envoyés à Beit Lahiya, poussant plus de 17.000 habitants à
trouver refuge dans les écoles de l'ONU. Les frappes annoncées comme "sans précédent" n'avaient finalement pas
eu lieu.
Pour l'armée israélienne, cette technique fait une partie d'une stratégie encore plus large qui vise selon elle à
limiter le nombre de morts civils lorsqu'elles décident de frapper des bâtiments identifiés par elle comme une
cache d'armes, de munitions ou comme un poste de commandement du Hamas.
Pour répondre aux critiques sur les nombreux morts civils qu'ont occasionnées toutes les opérations militaires
israéliennes sur la bande de Gaza, l'armée israélienne a largement communiqué sur cette technique pour justifier
des efforts réalisés pour "minimiser les pertes civiles à Gaza". Une page sur son site internet est
entièrement consacrée à ce sujet (
http://tsahal.fr/2014/07/16/que-fait-ts ... imiserles-
pertes-civiles-gaza/).
Lors des précédentes offensives israéliennes, elle avait réquisitionné des canaux de télévision et de radio pour
émettre ces avertissements. Lors des opérations "Plomb durci" et "Pilier de défense", les tracts et les SMS envoyés
avaient un caractère plus politique avec des messages visant le Hamas. CNN rappelle qu'en 2012, les dépliants
avertissaient les populations que les organisations terroristes se cachaient parmi elles
Monde
Avertir avant de bombarder : pourquoi la stratégie d'Israël ne convainc pas - Le Nouv... Page 1 sur 3
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20 ... de-bombard... 17/07/2014
(
http://edition.cnn.com/2014/07/15/world ... index.html?
hpt=hp_c1) et qu'elles représentaient une menace directe pour leurs vies. Selon un rapport public de l'armée
israélienne, environ 2,5 millions de tracts incitant les habitants à quitter des bâtiments censés abriter des armes,
ont été lâchés en 2012. Le même type de message avait été envoyé sur 165.000 portables.
"Toquer au toit"
Autre stratégie de "prévention", qui fait beaucoup parler d'elle ces derniers jours : le "knock on the roof" qu'on
pourrait traduire par "toquer au toit". Comme on frappe à la porte avant d'entrer, on prévient avant de tirer.
Interrogé par CNN, Relik Shafik, ancien "général" de Tsahal à la retraite et ancien pilote de chasse, explique que
les cibles "sont souvent sous surveillance constante" et que "l'armée israélienne a une idée précise du nombre de
personnes qui y vivent et combien ont évacué". Si l'armée israélienne n'est pas sûre que le bâtiment est vide, elle
envoie un missile "factice" avec pas ou peu de charge explosive sur le toit, suffisamment impressionnant pour
prendre la menace au sérieux mais sans causer de dégâts... en principe. Ensuite seulement, le "vrai" missile est
lancé. Toujours selon les explications de l'ancien militaire, le délai entre les deux missiles varie de quelques
minutes à quelques heures, selon l'importance de la cible visée par l'armée israélienne.
L'agence d'informations, Watania, basée à Gaza, a diffusé dimanche les images de cette procédure militaire :
Une stratégie inefficace
Une stratégie qui a ses limites. Mercredi 16 juillet, on dénombrait en fin d'après-midi que 213 Palestiniens avaient
été tués et plus de 1.500 personnes blessées, en grande majorité des civils, en seulement neuf jours d'offensive.
Déjà, en 2009, le rapport onusien du juge Goldstone
(
http://www2.ohchr.org/english/bodies/hr ... /A-HRC-12-
48_ADVANCE1_fr.pdf), publié après une enquête sur l'opération israélienne "Plomb durci", pointait les
lacunes d'un tel type d'avertissement. "La Mission prend note aussi de facteurs qui ont considérablement nui à
l'efficacité des avertissements diffusés. Il s'agit notamment du manque de précision, et donc de crédibilité, de
nombreux messages téléphoniques préenregistrés et tracts. La crédibilité des instructions enjoignant de se
déplacer vers le centre-ville pour y trouver la sécurité a également été amoindrie par le fait que même le centre
des villes avait fait l'objet d'attaques intensives durant la phase aérienne des opérations militaires.
La Mission a en outre examiné la pratique consistant à larguer des charges explosives légères sur les toits. Elle
conclut que cette technique n'est pas efficace en tant qu'avertissement et constitue une forme d'attaque contre les
civils habitant le bâtiment visé. Enfin, la Mission souligne que le fait qu'un avertissement soit émis n’exonère pas
les commandants et leurs subordonnés du devoir de prendre toutes les autres mesures possibles pour distinguer
les civils des combattants."
Aujourd'hui, comme hier, pour les mêmes raisons, les civils ne sont pas épargnés. Par ailleurs, la bande de Gaza a
l'une des densités de populations la plus importante du monde. Quand bien même les cibles seraient bien celles
visées par l'armée israélienne, les maisons alentours ne peuvent échapper aux bombardements. Soumis à un
blocus, les Palestiniens ne peuvent pas non plus se réfugier dans une zone qui échapperait aux raids.
La menace permanente d'un tir imminent agit sur les populations comme une arme de terreur que les groupes
combattants palestiniens ont toujours su utiliser.
Human Rights Watch est en mesure de dire qu'aujourd'hui "dans plusieurs cas sur lesquels (l'association) a
enquêté, Israël (
http://tempsreel.nouvelobs.com/tag/israel) a lancé un avertissement, mais seulement
cinq minutes ou moins avant l’attaque (
http://www.hrw.org/fr/node/127375)" [...] "pour qu’un
avertissement préalable à une attaque soit efficace, il doit laisser suffisamment de temps aux civils pour quitter
les lieux et se rendre dans un endroit sûr avant l'attaque." Et d'ajouter : "Compte tenu de l’absence d'abris antibombes
dans la bande de Gaza (
http://tempsreel.nouvelobs.com/tag/bande-de-gaza), les civils ont
souvent peu de possibilités de fuir vers un abri sûr."
Sarah Diffalah – Le Nouvel Observateur
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