L'identité nationale n'est un sujet important que pour les populistes... Mais je te pardonne, en me qualifiant de conservateur, tu m'as bien fait rire
Non, je ne fais pas l'autruche. Je cherche à agir à un autre niveau que celui auquel tu restes fixé.
Oui, le radicalisme prend de l'importance. Oui il y a des jeunes qui partent faire le djihad. Et donc, tu proposes quoi ? Fermer les frontières ? Enfermer les gens ? Bref, casser le thermomètre pour soigner la maladie... C'est pas plutôt ça le conservatisme et la politique de l'autruche ?
Ma vision est différente. Et la première question à se poser est : pourquoi cette "vague" ? Comment s'est-elle implantée ?
J'espère que tu ne me contrediras pas si je dis que la base du problème se situe en banlieue. Et plus particulièrement parmi les populations défavorisées, généralement sans emploi, et plutôt isolées (de gré ou de force) du reste de la société. C'est dans ces communautés que les islamistes ont trouvé un terreau propice. Donc effectivement, une réponse nécessaire à court terme, c'est de neutraliser les "meneurs". Mais ça concerne combien de personnes ? Quelques centaines ? Quelques milliers tout au plus. Mais si tu t'arrêtes à ça, les meneurs seront remplacés rapidement, et ça ne résoudra rien.
En parallèle, il te faut une véritable politique d'assainissement des quartiers en cause. Ca passe par une lutte féroce contre les fraudes de toutes sortes, les trafics en tout genre, et une intransigeance de tous les instants pour le respect des lois.
Il y a quelques temps, un ancien gradé du Renseignement expliquait à la télé qu'il y avait aux alentours de 500 "caïds" qui contrôlaient les différents trafics en France, et les quartiers correspondant. Sans le dire explicitement, il suggérait fortement qu'en éliminant ces 500 personnes, les problèmes des banlieues deviendraient marginaux. Mais ces trafics font aussi vivre des familles entières, voire des quartiers, qui se retrouveraient dans une misère noire si elles n'avaient plus que leurs allocs pour vivre, et une grande partie des loyers HLM ne seraient plus payés, faute de moyens, et ces familles se retrouveraient à la rue. Pour acheter une "paix sociale" (qui est de moins en moins pacifique) et parfois par calculs électoralistes, les politiques n'ont donc pas le courage ou la volonté de s'attaquer à la racine du problème.
Mais admettons que tu aies réussi à taper dans la fourmilière, mettre hors d'état de nuire les 500 personnes incriminée, tu fais quoi ? Si tu n'as pas réfléchi au "coup d'après", la situation, au mieux redevient comme avant, au pire se complexifie, et tu te retrouves avec une petite Libye dans chaque quartier.
Une solution serait de permettre à toutes ces populations de retrouver le chemin de l'emploi pour faciliter leur réinsertion dans la société. Mais de l'emploi il n'y en a plus, et il y en aura de moins en moins. Une autre solution est de recréer une mixité sociale par le déplacement des populations. On voit dans le XVIème arrondissement de Paris les problèmes que ça peut poser, mais on ne peut pas dire "le problème, c'est le communautarisme" et ensuite refuser la mixité sociale... C'est donc dans cette direction que je pencherais à titre personnel.
La mise en place d'un revenu de base pallierait aux problèmes économiques précédemment cités. Tu vois, la politique doit être quelque chose de cohérent, ce doit être la vision d'une société dans son ensemble, et pas des rustines à droite ou à gauche pour corriger quelques problèmes pris isolément.
Bien entendu, tu vas revenir me parler islamisme et djihad. En assainissant les quartiers les plus problématiques, en neutralisant les quelques centaines de meneurs (religieux ou trafiquants), tu supprimes le terreau de la radicalisation. Certes, les convertis les plus fanatiques ne seront pas récupérables. Mais ceux qui chanteraient le générique des Bisounours si on leur expliquait que ça leur donnerait des airs de caïd, les suiveurs, trouveront d'autres façons de se démarquer. Dans cette situation apaisée, il faudra bien entendu que les forces de l'ordre et le système judiciaire restent vigilants et fermes, encore une fois, sur les devoirs de chacun en terme de respect de la loi, mais leur travail en serait grandement facilité, et certainement plus efficace.
En parallèle, il faut bien entendu continuer à lutter à l'international contre la propagation de l'islamisme. Hors de question donc d'arrêter la lutte contre Daesh ou de relâcher l'attention dans le Sahel. En ayant mis en place une plus grande production d'énergies renouvelables, on pourrait même se permettre d'être plus revendicatifs envers les Emirats du Golfe ou l'Arabie Saoudite quant à leur rôle dans le financement du djihadisme. Là encore, la cohérence d'une politique d'ensemble montre son intérêt.
Charlie Hebdo, le Bataclan, sont des événements dramatiques, c'est indéniable. Mais ils ne sont que des conséquences de ces problèmes plus vastes. Et tu ne lutteras pas efficacement contre le terrorisme seulement en fouillant des sacs ou en gardant les gars de la BRI dans les starting-blocks 24/24... Tout au plus tu reculeras une échéance inéluctable.
J'ai fait certainement quelques oublis dans mon propos, mais je crois que c'est déjà bien assez long pour avoir perdu la moitié des lecteurs
Je ne peux que te remercier Victor, j'ai déjà presque écrit le second chapitre de mon livre-programme, après l'écologie, c'était la sécurité

Aux prochains épisodes on fait quoi ? La santé ? l'Education ?
