Soupçons de corruption en Hongrie : pourquoi l'UE déclenche une procédure inédite ?
"Alors que l'Union européenne peine à infléchir la politique conservatrice de Viktor Orban, elle vient de déclencher une procédure qui peut aboutir à la suspension des subventions européennes à la Hongrie. En cause : des soupçons de corruption et de conflit d'intérêts, qui touchent notamment l'entourage d'Orban. "
- " Sous la pression du Parlement européen et de certains États membres comme les Pays-Bas, la Commission s'est décidée à mettre en œuvre ce « mécanisme de conditionnalité ». Les autorités européennes expliquent avoir de « graves inquiétudes » sur l'utilisation du budget européen par la Hongrie, qui est l'un des États membres qui reçoit le plus de fonds européens par habitant : 2 551 euros en moyenne entre 2014 et 2020, selon les données de la Commission européenne."
- "Doutes sur les marchés publics
En cause : les conditions d'attribution de certains marchés publics. Une préoccupation qui n'a rien de nouvelle, alors que la Hongrie a dégringolé dans le classement de l'ONG Transparency International sur la perception de la corruption. Elle est l'avant-dernier pays européen, juste devant la Bulgarie, au 73e rang mondial, entre le Bahreïn et le Burkina Faso.
« Dans de nombreuses procédures de passation de marchés publics, il n'y avait qu'un seul candidat », a expliqué la vice-présidente de la Commission Vera Jourova lors d'une conférence de presse ce mercredi. Plus généralement, les autorités européennes jugent la lutte contre la corruption insuffisante en Hongrie. Un motif qui a déjà été soulevé pour bloquer le versement de certains fonds du plan de relance européen après la crise sanitaire."
- "Le gendre d'Orban et les lampadaires
Ces dernières années, de lourds soupçons de conflits d'intérêts ont visé l'entourage de Viktor Orban. Ainsi, en 2018, l'office de lutte antifraude européen (Olaf), a pointé du doigt István Tiborcz, le gendre du Premier ministre. Ce jeune entrepreneur a fait fortune à la tête d'une entreprise spécialisée dans la rénovation de l'éclairage public. Sa société a connu une croissance fulgurante en installant – sur fonds européens – des lampadaires à LED, le plus souvent dans des municipalités contrôlées par le Fidesz, le parti dirigé par son beau-père.
Selon l'Olaf, nombre de ces contrats publics ont été attribués sans concurrence. Préjudice selon les autorités européennes : une rondelette somme de 43,7 millions d'euros, dont l'UE a demandé le remboursement. L'enquête ouverte en Hongrie a fini par être classée sans suite par le parquet hongrois. Ce qui a renforcé les doutes des institutions européennes sur l'indépendance de la justice locale. « L’insuffisance des mécanismes de contrôle indépendants et les interconnexions étroites entre la sphère politique et certaines entreprises nationales sont propices à la corruption », relève le dernier rapport européen sur l'état de droit en Hongrie."
- "L'ami devenu milliardaire
Autre enrichissement éclair, celui de Lörinc Meszaros. Un ami d'enfance de Vitkor Orban, qui était son camarade à l'école primaire. Ce réparateur chauffagiste est devenu milliardaire et l'homme le plus riche de Hongrie. Une réussite fulgurante dans les affaires, menée parallèlement à l'ascension politique d'Orban. Meszaros ne s'en cache pas. « Si j'ai pu y arriver, c'est que Dieu, la chance et Viktor Orbán ont certainement joué un rôle », a-t-il glissé en 2014.
"Lörinc Meszaros a bâti un empire dans les médias, l'hôtellerie ou la banque. C'est d'ailleurs l'un de ses établissements qui a prêté à Marine Le Pen les fonds nécessaires à sa campagne présidentielle. Sa proximité avec le Premier ministre hongrois ne serait pas aussi suspecte, si sa fortune ne s'était pas construite grâce à des fonds européens. Le média d'investigation hongrois Atlatszo révélait en 2018 que 83 % des appels d'offres remportés par ses entreprises entre 2010 et 2017 correspondaient à des fonds européens, pour un montant de plus d'un milliard d'euros.
Cette question de l'accaparement de fonds européens par des responsables politiques s'est posée dans d'autres pays d'Europe centrale, qui ne sont pas visés par cette procédure. Ainsi, l'ancien Premier ministre tchèque Andrej Babiš a été accusé d'avoir lui-même touché des subventions européennes indues, en divisant artificiellement une de ses entreprises pour bénéficier de fonds destinés aux petites entreprises. Idem en Roumanie, où Liviu Dragnea, un politique de premier plan, est soupçonné par l'Office anti-fraude européen d'avoir détourné 21 millions d'euros de fonds européens."
https://www.marianne.net/monde/europe/s ... re-inedite
Je pense que pour comprendre les menaces de l'Union européenne envers la Hongrie, il faut connaître quelles sont les corruptions dont l'UE fait mention.