"Projet de loi immigration : comment la majorité fait pression sur les députés LR qui demandent des régularisations dans leur circonscription
Opposés au texte du gouvernement, notamment à l'article 3 sur les "métiers en tension", plusieurs parlementaires Les Républicains interviennent pourtant, dans les territoires où ils sont élus, en faveur d'étrangers souhaitant régulariser leur situation. Une pratique que le camp présidentiel entend dénoncer pour faire pression sur la droite.
Sous un beau soleil de fin d'été, les députés de la majorité présidentielle se sont donné rendez-vous, mi-septembre, pour un séminaire de rentrée, dans un petit village de Seine-et-Marne. Alors que les uns jouent au ping-pong, d'autres, plus studieux, enchaînent les conférences et les réunions de travail. Un cadre de la majorité se met un peu à l'écart. "Non, je ne vous donnerai pas les noms et le nombre, car c'est notre arme nucléaire", murmure-t-il.
Depuis plusieurs mois, le camp macroniste garde secrète une liste de noms de députés LR qui intercèdent auprès des préfectures pour favoriser la régularisation de personnes en situation irrégulière. Une pratique banale – les députés interviennent régulièrement auprès de nombreux organismes publics pour des personnes qui les sollicitent – mais qui prend un tout autre sens dans le contexte explosif du projet de loi immigration.
Le texte du gouvernement, dont le sort apparaît plus qu'incertain, arrive au Sénat lundi 6 novembre avant un examen à l'Assemblée nationale trois semaines plus tard. Et son article 3 cristallise depuis de nombreux mois les tensions entre Les Républicains et la majorité. Il prévoit la création d'une carte de séjour pour les métiers dits "en tension", valable un an, pour les étrangers sans-papiers employés dans des secteurs comme le BTP ou l'hôtellerie, en pénurie de main-d'œuvre. Si le projet de loi est adopté, le dispositif entrera en vigueur "à titre expérimental" jusqu'au 31 décembre 2026. Un bilan de cette mesure sera ensuite transmis au Parlement. Mais pour la droite, c'est non : la mesure conduirait, selon eux, à des régularisations massives de clandestins et à "un appel d'air". Les troupes de Bruno Retailleau, au Sénat, et d'Olivier Marleix, à l'Assemblée, brandissent même la menace d'une motion de censure.
"Ça concerne la moitié du groupe LR"
L'intransigeance des caciques de LR, sur qui la majorité comptait pourtant pour faire adopter ce projet de loi, agace dans les rangs macronistes. Ils sont ainsi plusieurs à dénoncer l'hypocrisie et les contradictions des élus de droite qui refusent catégoriquement cet article 3 alors même que, dans leur circonscription, ils solliciteraient l'intervention du préfet. "Le sujet est tabou chez les LR, mais ça concerne la moitié du groupe", assure un cadre de la majorité.
Si tout le monde a entendu parler de cette fameuse liste, peu l'ont consultée. "Je ne l'ai pas vue de mes yeux, mais ça fait partie de ces petites piques qu'utilise Darmanin sur les LR", confie un député Renaissance. "Le sujet est dans le coffre-fort de [Grégory] Canal [le conseiller parlementaire de Gérald Darmanin] et seuls lui et le ministre doivent y avoir accès", glisse un ex-conseiller parlementaire. Un influent député du parti présidentiel l'assure : "Bien sûr que Darmanin a la liste, mais il ne la révélera jamais. C'est simplement pour dire aux Français et à LR : 'Ne soyez pas dupes'".
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