Pas facile d'être Présidente de la République...
«Vous êtes en train de nous donner des leçons !» : à Nouméa, Marine Le Pen se met à dos les loyalistes les plus radicaux
En déplacement dans l’archipel, la cheffe du RN a défendu un projet basé sur le développement économique du territoire, renvoyant le débat sur l’indépendance à un nouveau référendum dans 40 ans.
De quoi irriter une partie des loyalistes.
Il a fallu, au milieu des sifflets, qu’elle rappelle l’évidence pour calmer une audience devenue hostile : «Je suis, plus que jamais, un défenseur de la Calédonie française.» En meeting à Nouméa après trois jours de visite dans l’archipel du Pacifique sud, Marine Le Pen a eu le plus grand mal à défendre sa vision de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie auprès des centaines de personnes, acquises à la cause loyaliste, venues l’écouter ce vendredi 30 mai au soir.
Il faut dire que son approche du dossier calédonien s’est rapidement heurtée à la radicalité d’une partie des défenseurs d’un maintien dans la France, particulièrement remontés depuis la révolte indépendantiste de mai 2024.
Pour des militants loyalistes qui voyaient chez la dirigeante d’extrême droite un soutien de poids, les quelques «réalités» rappelées par Marine Le Pen ces derniers jours ont été dures à entendre. «Les indépendantistes représentent une part significative de la classe politique calédonienne et de la population», et les trois référendums d’autodétermination, organisés en 2018, 2019 et 2020, tous remportés par le «non» à l’indépendance, «ne les ont pas fait renoncer à leur projet», a-t-elle constaté. Une situation de blocage que la cheffe du RN attribue aux «ambiguïtés» de l’accord de Nouméa, signé en 1998 et à l’époque décrié par le Front national. «Le flou de la rédaction a poussé chaque parti à l’interpréter à son bénéfice, les loyalistes y lisant un processus final, quand les indépendantistes y voyaient une étape vers l’indépendance», a poursuivi Le Pen.
Un mois après l’échec des négociations pilotées par Manuel Valls, il est donc temps, pour Marine Le Pen, de «changer l’ordre des priorités». Exit «l’obsession institutionnelle» dans laquelle se serait enfermé l’Etat. «Les réformes institutionnelles n’ont jamais nourri personne. Elles n’ont jamais rempli le frigidaire», estime-t-elle. L’heure est à la reconstruction de l’économie calédonienne, juge Marine Le Pen. «C’est la prospérité retrouvée qui permettra de travailler ensemble, de se refaire confiance, de retisser des liens entre les Français de toutes les origines.» L’occasion d’en finir avec les positions «les plus clivantes» issues du débat sur l’indépendance, pour laisser les partis politiques calédoniens «réfléchir ensemble sur les projets d’avenir, sur les infrastructures à construire, sur les secteurs à valoriser», ce qu’ils n’ont «pas fait pendant vingt-cinq ans». Un «grand plan Marshall» pour sortir la Nouvelle-Calédonie d’une situation devenue intenable.
Reste que la question de l’avenir institutionnel ne pourra pas être éternellement écartée. «Il faut évidemment une stabilité», a convenu Marine Le Pen, bien décidée à revendiquer sa place à la table des négociations entre indépendantistes et non-indépendantistes, convoquées à Paris mi-juin par Emmanuel Macron.
«Je demande à participer aux discussions», a annoncé jeudi, sur les ondes d’une radio locale, celle qui a écopé fin mars de cinq ans d’inéligibilité pour «détournement de fonds publics et de complicité de détournement de fonds publics». Un rôle que son statut de «présidente du premier groupe à l’Assemblée nationale», plébiscitée par 40 % des Calédoniens à la présidentielle de 2022, rend à ses yeux légitime.
Elle pourrait alors y défendre sa solution à l’impasse institutionnelle actuelle : «Conserver le meilleur de l’accord de Nouméa, en tirant objectivement les leçons de ses insuffisances et de ses carences afin d’éviter de reproduire les mêmes échecs», et soumettre ce projet à une nouvelle consultation.
«C’est quoi votre solution ?»
Un quatrième référendum que la cheffe du RN imagine dans quarante ans, «un délai suffisant pour que les investissements puissent se faire». Insupportable, pour les loyalistes, qui ont fait du résultat des trois précédentes consultations un argument massue. «On a voté trois fois non» ; «Tu ne l’auras pas ton référendum» ; «T’oublies ça, t’oublies», ont fulminé certains militants, ce vendredi soir. «Vous êtes en train de nous donner des leçons comme si vous connaissiez la Nouvelle-Calédonie», avait asséné un loyaliste lors d’une réunion tenue dans la matinée au Mont-Dore. «C’est quoi votre solution ?» s’est agacée Marine Le Pen, dénonçant l’absence de projet «autant chez ceux qui réclament l’indépendance que chez ceux qui s’opposent à l’indépendance».
«
Elle considère donc que la démocratie doit céder face à la violence. […] Ce voyage de madame Le Pen restera dans l’histoire comme celui du renoncement», a rapidement réagi, depuis Paris, le député calédonien et leader loyaliste Nicolas Metzdorf. En défendant une vision moins radicale,
Marine Le Pen a donc acté le divorce avec les non-indépendantistes les plus fermes, qui ont désormais trouvé leurs nouveaux alliés chez Les Républicains.
En déplacement en Nouvelle-Calédonie en même temps que la dirigeante d’extrême droite, le vice-président des LR, François-Xavier Bellamy, a épousé les revendications des loyalistes radicaux, affirmant lors d’un meeting organisé mercredi soir que «la décolonisation est terminée, les Calédoniens ont décidé d’appartenir à la France».
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