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Guerre en Ukraine : « Un report de l’ultimatum peut intéresser Donald Trump », analyse Claude Blanchemaison
Steve Witkoff, émissaire de Donald Trump, est attendu à Moscou ce mercredi pour faire avancer les pourparlers sur un cessez-le-feu en Ukraine. Sa visite a lieu à deux jours de l’expiration de l’ultimatum posé par le président américain à la Russie concernant l’arrêt de l’offensive en Ukraine, sous peine de nouvelles sanctions. Invité de la matinale, Claude Blanchemaison, ancien ambassadeur de France en Russie, décrypte les enjeux de cette rencontre.
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Cette rencontre déterminera si Poutine est prêt à un geste ou s’il continuera à poursuivre ses objectifs de guerre », explique Claude Blanchemaison. L’émissaire spécial du président américain Donald Trump, Steve Witkoff, est arrivé ce mercredi matin à Moscou, où il a été accueilli à l’aéroport par Kirill Dmitriev, représentant spécial du président russe.
D’après l’ancien ambassadeur de France en Russie, Vladimir Poutine pourrait accepter un cessez-le-feu, mais sous certaines conditions : « On a des premiers échos de Moscou disant que le président russe pourrait proposer une trêve d’une semaine, donc très limitée dans le temps. Et celle-ci ne s’appliquerait qu’à la zone aérienne et spatiale. »
Steve Witkoff doit s’entretenir dans la journée avec de hauts responsables russes. Mais pour Claude Blanchemaison, un simple accord de cessez-le-feu ne suffira pas : « Les spécialistes récusent déjà ce fameux cessez-le-feu car il n’aura pas été négocié en détail, rue par rue, village par village, par les militaires. Il n’y aura pas non plus de troupes neutres pour veiller à son bon déroulement. Au final, ce sera une victoire uniquement pour Trump qui pourra dire à son électorat qu’il a obtenu une cessation de combat en Ukraine, et ce même si ce sera pour une durée limitée. »
Cessez-le-feu en Ukraine : Plus de craintes que d’espoirs pour Kiev
Selon l’ambassadeur de France en Russie, ce cessez-le-feu ne correspond pas aux attentes ukrainiennes : « Pour eux, c’est plutôt la journée de tous les dangers parce qu’ils considèrent qu’un cessez-le-feu partiel et de courte durée n’a aucun intérêt, car il sera très facilement rompu par les Russes. Il leur suffira de prétendre à un coup de feu du côté ukrainien pour que les hostilités reprennent. Ce qu’ils demandent actuellement, c’est davantage d’aide militaire, d’armes défensives et offensives de la part des Américains et des Européens. »
D’après le Kiel Institute, l’aide à l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe s’élève à 132,3 milliards d’euros pour l’Europe et 114,2 milliards d’euros pour les États-Unis, transmis sous forme d’aide financière, de soutien militaire et d’aides aux réfugiés dans l’UE. Mais aujourd’hui, les Ukrainiens réclament l’envoi direct d’armes : « Ce que veulent les Ukrainiens, c’est pouvoir se défendre en frappant les objectifs militaires russes, car ce sont les seules zones qu’ils visent, contrairement aux Russes qui ciblent les civils pour terroriser la population. »
L’UE, victime collatérale du bras de fer USA-Russie
Si Vladimir Poutine ne met pas fin au conflit en Ukraine d’ici vendredi, Donald Trump menace d’imposer de nouveaux droits de douane à la Russie et à ses alliés, en plus de ceux déjà en vigueur. Cependant, Claude Blanchemaison estime que Donald Trump souhaiterait éviter d’en arriver là : « Les Russes, comme les Américains, veulent continuer à entretenir ce rapport particulier qui existe entre eux. Donc, si Vladimir Poutine accepte le cessez-le-feu, peut-être pas immédiatement, il va tenter le coup d’un report de l’échéance de l’ultimatum. Ce report de l’ultimatum pourrait intéresser Donald Trump, car lors de ses précédentes négociations sur les droits de douane avec la Chine, un des alliés de la Russie, Pékin avait menacé les États-Unis d’un embargo sur les terres rares, cruciales pour l’industrie technologique américaine. »
D’après lui, si les sanctions sont appliquées par les États-Unis, c’est l’Union Européenne qui, en réalité, sera la première touchée : « C’est pour ça que ce débat nous concerne directement parce que si les Américains vont imposer des droits de douane de 100%, les produits chinois ou indiens ne pourront plus entrer sur le marché américain. Le marché solvable concurrent, c’est nous, l’Europe ! Donc les produits chinois vont se déverser sur l’Europe et nous serons obligés de prendre des mesures de sauvegarde et, une fois de plus, c’est l’Europe qui en subira les conséquences. »
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