da capo a écrit : 18 décembre 2023 21:55
L'affaire est vraiment plus complexe qu'on ne le pense généralement et requiert une vision ''braudélienne'' (temps long) avec des torts des deux côtés bien entendu, c'est typique des guerres sans fin.
Il faudrait d’abord s’entendre sur la période visée : complexité sur la période allant de la fin du XIX° jusqu’à la création de l’état d’Israël (appelons-la « période 1 ») ? Oui assurément et pour de nombreuses raisons géopolitiques qui dépassaient alors largement le cadre et les deux principaux acteurs du futur conflit. Mais même au coeur des deux futurs principaux acteurs et les exemples sont à foison pour l’historien soucieux du détail.
Par contre, dualité clairement affirmée à partir de 1948 (appelons la « période 2 »)
Pourtant – et pour en revenir à la complexité de la première période- , pourtant dès cette première période apparaissent quand même quelques constantes, un « fil conducteur » en somme et, ce, dans chacun des deux camps :
Dans le camp sioniste :
- Le 31 août 1897, le Programme de Bâle est voté lors du premier Congrès sioniste. Il prévoit le développement de la colonisation agricole et artisanale en Palestine, le renforcement de la conscience nationale des juifs dispersés et leur organisation, ainsi que l’obtention d’accords gouvernementaux.
- En 1878 naît la première colonie juive de Palestine : Petah Tikva.
- La Haganah, organisation sioniste de défense des communautés juives en Palestine, est créée à la suite des émeutes de Jérusalem dès 1920 (qualifiées déjà de premier progrom en terre de Palestine par les sionistes) . (Il faudrait d’ailleurs se pencher plus attentivement sur les causes profondes de ces émeutes de Jérusalem : elles sont essentiellement d’ordre religieux et non colonial mais elles mettent en évidence un autre ingrédient qui va être déterminant dans la suite du conflit : sa nature religieuse donc, qui va fomenter une haine inextinguible entre les deux communautés, une haine qui demeure toujours présente en 2023 dans la mesure où ce sont les extrémismes religieux des deux camps qui poussent toujours au pire).
Dans le camp arabe :
« Dès 1886 déjà, la population arabe proteste contre la saisie de terres et le déplacement de paysans pour les colonies de Gedera et Petah Tikva. En 1891, les autorités ottomanes sont saisies pour trancher les différents. Des accrochages souvent violents se renouvellent jusqu’en 1892. De 1901 à 1904, les affrontements sont réguliers entre colons juifs et fellahs arabes autour du lac de Tibériade et de l’implantation juive d’Afula. »
(Source : Les Palestiniens et le projet sioniste : Thomas Vescovi professeur d’histoire-géographie et chercheur en Histoire contemporaine. )
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da capo a écrit : 18 décembre 2023 19:46
Il n'existait pas de peuple palestinien avant 1948, pas de nation unifiée ni de gvt.
C’est faire peu de cas de tout ce qui a fomenté la construction de cette conscience et du rôle joué par de nombreux intellectuels et militants arabes bien avant 1948.
« À l’arrivée des Britanniques, la société palestinienne dispose d’une presse dynamique avec des titres comme al-Quds, al-Najah, al-Munadi, al-Dustur ou Bayt al-Maqdis. Les deux journaux les plus influents étant Filastin, tenu par les cousins al-’Isa, publié à Jaffa, et al-Karmil basé à Haïfa [5]. Plusieurs noms se cachent derrière ce dynamisme intellectuel, tels que Khalil Baydas, Jurji Hanania, ’Ali al-Rimawi, Khalil Sakakini, ou Ilya Zakka.
Dès les années 1900-1910, le sionisme devient un sujet de discussion majeur de la presse palestinienne. En 1913, Filastin consacre une édition spéciale au onzième Congrès sioniste. L’un des articles, intitulé « Le péril sioniste », se termine par cette adresse à la population : « Acceptez-vous de voir notre terre volée ? » [
En 1925, Khalil Sakakini écrit : « Une nation qui a longtemps été dans un profond sommeil se réveille seulement si elle est brutalement secouée, et cela survient seulement petit à petit… Voici ce qu’était la situation de la Palestine, qui a été durant de nombreux siècles dans un profond sommeil, jusqu’à ce qu’elle soit secouée par la Grande Guerre, surprise par le mouvement sioniste, et profanée par l’illégale politique [des Britanniques]. Et elle se réveille, petit à petit. »
(Source : Les Palestiniens et le projet sioniste : Thomas Vescovi professeur d’histoire-géographie et chercheur en Histoire contemporaine. )
Mais affirmer qu’« il n’existe pas de peuple palestinien avant 1948 », c’est aussi faire peu de cas de la Grande révolte arabe ( 1936-1939) en Palestine mandataire et du rôle joué par les leaders nationalistes arabes de l'époque qui contribuent à la construction de cette identité future. Et même si cette révolte se fait aussi contre les Britanniques et laisse éclater des divisions entre Arabes eux-mêmes , on y retrouve encore une constante : celle de l’opposition au projet Balfour de 1917 d’implantation d’un foyer juif en Palestine. Plus de 5000 Arabes, 300 Juifs et 262 Britanniques ont trouvé la mort durant ce conflit (comme on peut le noter déjà : beaucoup de disparités en terme de victimes, et c'est une autre constante que l'on retrouvera tout le long du conflit )
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Kelenner a écrit : 18 décembre 2023 22:30
Très concrètement, pour des millions de gens, ça a effectivement consisté à laisser la place à des types sortis de nulle part, pour aller croupir dans des camps de réfugiés insalubres et sans perspective d'avenir. Ce qui est fait est fait, maintenant vu ce que le peuple palestinien a subi depuis 75 ans, le moins que l'on puisse dire c'est qu'on leur doit une réparation.
Quelques propos d’un grand leader juif sioniste vont toutes dans dans ce même sens :
- David Ben Gourion, dans une lettre à son fils, 1937.«Entre nous, il doit être clair qu'il n'y a pas de place pour deux peuples dans ce pays... Il n'y a pas d'autre solution que de transférer les Arabes dans les pays voisins, de les transférer tous; pas un village, pas une tribu ne doit subsister.»
- David Ben Gourion, cité par Nahum Goldmann dans «Le Paradoxe Juif», p. 121.«Nous devons utiliser la terreur, l'assassinat, l'intimidation, la confiscation de terres, et la suppression de tous les services sociaux pour débarrasser la Galilée de sa population arabe.»
- David Ben Gourion en 1936.«Ne nous racontons pas d'histoire... Politiquement, nous sommes les agresseurs et ils se défendent... C'est leur pays, parce qu'ils y habitent, alors que nous voulons venir ici et coloniser, et de leur point de vue, nous voulons nous emparer de leur pays.»
Source : « Les sionistes avec leurs propres mots » : https://blogs.mediapart.fr/fxavier/blog ... opres-mots