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Le visage de cet homme discret de 66 ans, diplômé de HEC, qui a fait l’essentiel de sa carrière dans la finance, va pourtant rapidement s’imposer aux Français. Numéro sept dans l’ordre hiérarchique du gouvernement, M. Lombard hérite du dossier le plus explosif : le budget. Celui qui a fait tomber l’ancien premier ministre Michel Barnier, le 4 décembre, après le vote d’une motion de censure et qui déterminera la durée de vie du gouvernement Bayrou.
Si son seul mandat électoral se résume à un siège de conseiller municipal à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), entre 1995 et 2001, M. Lombard est un fin connaisseur des circuits ministériels et l’ancien banquier cachait de moins en moins son envie de s’engager. « Je ne dirais pas non, mais je cherche plus l’action que la visibilité », avouait-il aux Echos, en avril 2022. Son nom avait même circulé l’été dernier lorsque Emmanuel Macron cherchait un premier ministre après la dissolution.
Goût pour la concertation
Après sept années passées à la CDC à financer le logement social, les entreprises et les collectivités locales, ce grand ministère de Bercy ressemble donc à une consécration pour cet ancien de HEC, petit-fils de Pierre et Denise Lévy, anciens propriétaires du groupe de textile troyen Devanlay, le fabricant du polo Lacoste.
Son parcours atypique, Eric Lombard l’a raconté dans un livre, Au cœur de la finance utile, à quoi sert votre épargne, paru en février 2022 (L’Observatoire), une profession de foi visant, aux yeux des observateurs, à préparer une future ascension ministérielle. Il y dévoile son engagement politique auprès de Michel Rocard – « être de gauche a toujours été une évidence » –, son goût pour la concertation – « la recherche de dialogue n’est pas contradictoire avec l’ambition réformatrice, bien au contraire ». Et son expérience au ministère des finances, où il fut conseiller au cabinet de Michel Sapin de 1992 à 1993 : avec lui, « [il] [a] appris comment un ministre devait être le chef de son administration ».
Dans ces pages, l’ancien trésorier des Gracques, ce cercle de réflexion lancé en 2007 pour contribuer à la « modernisation de la social-démocratie », relate d’ailleurs comment ce petit groupe naissant avait tenté de jeter des ponts entre François Bayrou et Ségolène Royal, afin de défaire Nicolas Sarkozy : une initiative que la candidate du Parti socialiste avait d’abord peu goûtée, les traitant d’« ultralibéraux ».
Même s’il est l’héritier d’une famille de riches industriels, M. Lombard ne se définit pas comme « libéral ». Il a bien fait l’essentiel de sa carrière dans le saint des saints du capitalisme, la finance – banquier d’affaires chez Paribas à sa sortie de Bercy, puis patron de BNP Paribas Assurances, avant de partir, en 2013, pour diriger Generali France – mais il dit prôner un « capitalisme plus responsable ». « J’ai aujourd’hui la conviction que le capitalisme est déréglé, parce que le taux de rendement demandé par les actionnaires est trop élevé », disait-il au Monde, en février 2022.
« Je sais la difficulté de la tâche »
Sans être le premier choix d’Emmanuel Macron, ce non-énarque avait finalement décroché, en décembre 2017, la direction générale de la CDC, poste qui l’a propulsé en première ligne face aux enjeux de financement du logement, de la retraite ou des infrastructures. Un profil rassurant pour le monde économique, les élus locaux et les investisseurs au moment où la France va devoir emprunter 300 milliards d’euros en 2025. Un record.
« Je sais la difficulté de la tâche », a reconnu M. Lombard, le 23 décembre, à Bercy, en fin de soirée, lors de la cérémonie de passation des pouvoirs avec son prédécesseur, Antoine Armand. Comment le projet de budget 2025, qu’il élaborera avec la macroniste Amélie de Montchalin, nommée aux comptes publics, pourra-t-il « traiter notre mal endémique, le déficit et ses conséquences sur la dette » (3 303 milliards d’euros à la fin du troisième trimestre) sans « tuer la croissance » ?, se demande le nouveau locataire de Bercy. « Il faut trouver un équilibre, qui ne cible pas les entreprises, ceux qui investissent », a prévenu M. Bayrou, interrogé sur BFM-TV après l’annonce de la composition de son gouvernement.
Si le précédent gouvernement a sauté sur cette mine budgétaire, M. Lombard veut y croire. Il dit vouloir mettre en œuvre une « méthode qu’il éprouve depuis des années : l’écoute, le dialogue et la recherche de solutions partagées ». Il se souvient aussi que, lorsqu’il conseillait Michel Sapin, le gouvernement de Pierre Bérégovoy n’avait qu’une majorité relative au Parlement, ce qui ne l’avait pas empêché de « faire voter des lois » : « C’est un exemple qui peut nous inspirer. » Il oublie de rappeler qu’en 1993 le budget n’était passé que grâce à l’application de l’article 49.3 de la Constitution. Celui-là même qui a fait chuter Michel Barnier.