CrazyMan a écrit : Les immigrés seraient ils tous des musulmans? Les arabes seraient ils tous des musulmans? Les musulmans sont ils tous arabes?
Questions simples mais ô combien importantes à première vue.
J'ai lu un peu tes propos tu parles également des quartiers où les immigrés (ou famille d'immigrés) sont en nombre majoritaire. Il est vrai que ce sont des quartiers où il y a parfois de la violence, du trafic, ect... La question c'est pourquoi? Parce que ce sont des immigrés et que donc ils sont stupides et méchants? Ca me parait simpliste tu ne crois pas?
Si vous m'avez vraiment lu, vous avez compris que je parlais de conditions sociales de l'immigration qui invite à ces problèmes (sinon pourquoi aurais-je conseillé de lire Loïc Wacquant ?). Mais si ces conditions sont un (et seulement un) des ferments qui peuvent favoriser le refuge vers l'islam, L'Islam est loin de se réduire à ça, bien sûr !
Et c'est bien sa plasticité, et son universalité relative qui est utilisée par ses promoteurs, de diverses manières ... Et créé sa dangerosité.
CrazyMan a écrit : Il est vrai qu'il y a les chiffres qui parlent, on ne peut pas niais les données empiriques ou du moins on ne va pas les niais pour ne pas compliquer un problème déjà trop complexe. Mais il y a les chiffes et les interprétations. Des chiffres tout seul ne veulent rien dire, c'est le sens qu'on leur donne qui a une importance. Exemple très simple (et totalement bidon, c'est du fictif): 80% des immigrés subsahariens touchent des aides sociales conséquentes. Deux interprétations: les immigrés sont des profiteurs qui ne veulent pas travailler; les immigrés sont en difficultés économique et social.
Très bon choix d'exemple. Des immigrés, comme tout autre être humain, vont avoir envie de travailler si c'est dans une activité qui leur plait. Si c'est pour être salarié dans un job sans intérêt, alors comme n'importe qui d'autres, ils vont avoir tendance à en faire le moins possible avec le maximum de gain... A cela en revanche s'ajoute le désir de pouvoir envoyer de l'argent à la famille, soit pour des soins, de l'éducation, ou pour paraître avoir réussi, etc. Ou encore la volonté de réussir sur le long terme, comme les non-immigrés.
On a donc un problème assez complexe, mais qui va faire ressortir malgré tout deux ou trois tendances lourdes et intéressantes statistiquement. Et parmi elles, des profiteurs, ou des "winners" du travail (très relatifs souvent).
Le fait qu'ils soient immigrés créé une différence dans l'analyse : ils vont créer un appel d'air, une vision idyllique dans leur pays d'origine (fausse qui plus est), d'un pays de cocagne, ou presque. Et ce faisant certains autres vont migrer, que ce soit pour profiter ou faire plus, et certain-e-s, beaucoup vont mourir noyés...
Les chaînes de conséquences peuvent paraître difficiles à suivre, elles ont leur importance, ou devrait en avoir dans les politiques publiques.
A quoi sert-il d'accueillir des immigrés supplémentaires dans un pays touché lourdement par un chômage structurel ?
Que peut-on réellement leur offrir ?
Quid de cet accueil alors que dans le même temps, nous allons continuer à subventionner notre agriculture pour que la tomate que NOUS payons 4 € le kg sera exportée et payée moins cher sur un marché de Bamako que la tomate produite par le petit paysan malien ... Et qui n'aura donc plus d'autre choix que de voir son fils émigrer (et pas si souvent de gaieté de coeur) ?
Et l'agriculture est loin d'être le seul terrain néo-colonialiste...
Cette situation ne va-t-elle pas nourrir, au final, une immigration bien consciente que le pays d'accueil n'est pas désiré, pas choisi, mais subit... ? Et alors combien vont-ils ne pas choisir le ressentiment, et donc, de ce fait, se mettre à l'écoute de ce qui pourrait leur permettre une revanche ? Ou, à tout le moins, de renverser la domination culturelle ?
Et au passage, quid des valeurs positives que la domination avait malgré tout permise ou favorisée ?
En quoi la culture d'origine d'un immigré serait-elle meilleure ? En quoi, le mélange serait-il porteur ? Tous les mélanges d'ingrédients ne donnent pas des merveilles, loin de là ! Surtout que beaucoup vont vouloir tirer la couverture à eux, dans des sens parfois différents...
CrazyMan a écrit :
Ce que je dis là est très schématique mais j'aimerais vraiment attirer ton attention sur le fait que tout n'est pas simple. Le problème islamique interne à la France c'est l'intégration. Je ne pense pas devoir préciser que la réponse à ce problème n'est ni que les musulmans ne veulent pas s'intégrer, ni que les français ne veulent pas intégrer les musulmans. Résumer un problème de cette ampleur à ces réponses, c'est la pauvreté en matière de réflexion. Avec mes études en sociologie c'est un problème auxquelles j'ai réussi à obtenir des éléments de réponse mais ce n'est pas évident du tout. C'est un problème ambivalent et bourré de paradoxes. La discrimination, le communautarisme, la concentration géographique, la violence, ect... Je ne vais pas m'y étendre, la flemme.
Ai-je suffisamment développé la complexité pour vous compreniez que je ne suis pas dans la simplicité, bien au contraire ?
Un sociologue ne doit pas avoir la flemme, il doit penser la complexité (si possible pas au sens de Morin), mais bien avec des réflexions à la fois anthropologique, philosophique, et de réalisme géopolitique sur ces matières.
Et ne jamais oublié quelque chose : l'histoire à fait des vaincus, des victimes, mais ils n'en sont pas meilleurs pour autant. S'ils avaient vaincus, ils auraient fait la même chose, parfois pire ! Donc aucune commisération. Une vraie réflexion est tiède plutôt froide, surtout jamais chaude et passionnée.