Re: Les municipales 2026
Posté : 10 mars 2026 07:46
"Faux sites, "boules puantes", programmes aseptisés... Comment l'intelligence artificielle parasite la campagne des élections municipales
Un peu partout en France, des candidats sont la cible d'attaques générées grâce aux outils d'IA, comme des faux programmes ou des vidéos offensantes, qui viennent parfois pourrir la campagne du scrutin des 15 et 22 mars.
"Un jour, une habitante me dit : 'Tu sais ce qui circule sur toi ?' Et puis elle me montre une vidéo de moi en train de faire un strip-tease, en string et en musique". C'était en décembre. La députée du Rassemblement national Claire Marais-Beuil venait d'annoncer sa candidature à la mairie de Beauvais (Oise). "J'étais choquée, car on me représentait dans des positions gênantes, et j'ai pensé à mes petits-enfants. Je ne m'attendais pas à ce type de choses dans la campagne ; s'attaquer à une femme comme ça, c'est un retour en arrière que je n'avais pas imaginé, confie-t-elle à franceinfo. C'est pas comme ça qu'on doit s'affronter."
La candidate, qui a porté plainte contre X après la diffusion de ce deepfake (le nom anglais donné aux fausses vidéos créées grâce à l'intelligence artificielle pour usurper l'identité de personnes réelles), n'est pas la seule à faire les frais de l'irruption de l'intelligence artificielle (IA) dans la campagne des élections municipales des 15 et 22 mars. "Il y a une généralisation de l'usage de l'IA par les candidats", observe Anaïs Theviot, spécialiste de l'utilisation des outils numériques en politique et maîtresse de conférences à l'université catholique de l'Ouest.
Faux doigt d'honneur et "boule puante"
A divers degrés, en fonction de l'appétence des militants, et sous diverses formes, cet outil récent s'impose désormais sur tous les territoires. Qu'il s'agisse de corriger l'orthographe d'un programme, de faire le graphisme d'un tract ou d'un logo, ou de rédiger des e-mails, l'IA fait gagner à bon nombre de candidats du temps et de l'argent, particulièrement précieux dans les villes de moins de 9 000 habitants, où aucun remboursement public n'est prévu. Mais certains usages plus inquiétants se propagent.
De plus en plus de candidats sont ciblés par de fausses photos ou de fausses vidéos. A Guéret, dans la Creuse, plusieurs personnalités politiques locales, dont la maire sortante, ont été ciblées par une campagne de fausses images(Nouvelle fenêtre) montrant des opposants main dans la main ou ridiculisant des élus. Dans les Landes, Frédérique Charpenel, maire de Soustons, a porté plainte après la diffusion sur les réseaux sociaux d'une fausse vidéo dans laquelle on la voit faire un doigt d'honneur.
A Toulouse, un adjoint du maire sortant de droite a relayé une photo montrant le candidat LFI et celui du PS, main dans la main, pour dénoncer une supposée alliance entre les deux listes de gauche. Il s'agissait en réalité d'un montage. "Ils m'ont mis six doigts sur la photo, c'est à ça qu'on a reconnu l'IA", soupire la tête de liste socialiste auprès du site Actu.fr(Nouvelle fenêtre).
Dans l'Hérault, le député RN Aurélien Lopez-Liguori, qui brigue la mairie d'Agde, déplore une vague de chansons générées par IA pour l'attaquer. "De faux raps ont été publiés, les paroles sont des insultes visant ma famille, évoquant des billets donnés par Jordan Bardella… Dans le dernier morceau, l'adresse de l'école de ma fille était révélée", raconte-t-il à franceinfo, après avoir porté plainte et fait des captures d'écran de ces contenus plutôt sophistiqués.
"A l'échelon local, où les pratiques politiques sont souvent plus amateur, avec de plus petits budgets, c'était plus rare de voir de telles pratiques. Mais il y a une facilité de prise en main de l'IA et on voit qu'elle est arrivée dans les petites communes".
Anaïs Theviot, maîtresse de conférences en sciences politiques
à franceinfo
L'IA sert aussi à mener des campagnes de désinformation visuelle pour attaquer le bilan d'un maire sortant. A Strasbourg, la candidate RN Virginie Joron a publié une vidéo sur TikTok(Nouvelle fenêtre) pour dénoncer l'état dégradé, selon elle, de la ville, taclant la gestion de la maire sortante écologiste, Jeanne Barseghian. Problème : "Toutes les images d'illustration ont été générées par l'IA", confirment les Révélateurs, la cellule de vérification d'images de France Télévisions. Contactée par France 3 Grand Est,(Nouvelle fenêtre) l'eurodéputée a d'abord affirmé assumer ce choix, mais elle a finalement supprimé sa vidéo.
A Taverny (Val-d'Oise), la maire LR, Florence Portelli, déplore que son adversaire ait généré une fausse photo d'un immeuble de sept étages pour l'accuser de prévoir un vaste projet immobilier sur sa commune. "Evidemment, ce n'est pas indiqué que ça été fait par IA", soupire-t-elle, dénonçant une "boule puante". La vice-présidente de l'Association des maires de France s'inquiète aussi d'une "uniformisation" des contenus politiques dans cette campagne. "Quand je lis certains programmes, parfois je me dis que ça sent l'IA, certains passages pourraient être interchangeables, ce ne sont que des généralités." Parfois, cette nouvelle technologie sert au contraire à tenter de crédibiliser des promesses de campagne, comme les lampadaires anti-agression(Nouvelle fenêtre) promis par la candidate Reconquête Sarah Knafo à Paris.
Mais dans les QG parisiens des partis, la prise de conscience est variable. Certains mouvements n'ont pas répondu aux sollicitations de franceinfo. D'autres se disent vigilants, sans être alarmés. "Nous n'avons pas eu d'alertes majeures remontées à ce stade. Nous recommandons de porter une attention toute particulière à tout contenu créé par l'IA pour ne surtout pas relayer de fausses informations", répond-on au MoDem.
Au Parti socialiste, un dispositif a été mis en place pour parer aux éventuelles attaques par deepfake. "Nous avons prévu une conduite à tenir, détaille Floran Vadillo, directeur général du parti à la rose, chargé de "saisir les autorités et déposer plainte auprès du parquet cyber". Une procédure qui n'a pas encore eu à être activée. "Nous avons aussi mis en place un système de veille juridique pour assister nos candidats, explique-t-il. Il n'y a pas de petite entaille au principe du jeu démocratique, j'incite les candidats à poursuivre en justice, comme je poursuis systématiquement tout usage détourné du logo du PS."
Un faux site de campagne ciblant le candidat centriste à Paris
Les candidats ciblés soupçonnent parfois des opposants locaux, ou des électeurs ayant une dent contre eux, mais les enquêtes n'en sont à ce stade qu'à leurs débuts. Et la menace vient parfois de l'étranger. Ainsi, depuis plusieurs semaines, Viginum, l'agence de l'Etat chargée de lutter contre les ingérences numériques, a détecté un certain nombre d'activités suspectes.
Dernière en date : la création d'un faux site au nom du candidat Horizons à la mairie de Paris, Pierre-Yves Bournazel. A côté de sa photo, un texte promet qu'il accueillera des migrants dans le musée Pompidou. Une manœuvre du groupe d'influence russe Storm-1516, selon un mode opératoire déjà bien rôdé. "Mais c'est la première fois dans la campagne municipale qu'on voit une manœuvre de Storm-1516 contre un candidat, note Viginum, interrogé par franceinfo. Depuis le milieu des années 2010, tous les scrutins ont été ciblés par des tentatives d'ingérence étrangères, mais l'IA générative donne de nouveaux outils à ces acteurs. Et elle nous aide aussi à mieux les détecter."
Ces attaques, qui visent à instrumentaliser des sujets clivants en amont du scrutin, sont également boostées par l'IA, comme l'a documenté l'ONG AI Forensics dans des rapports consacrés aux élections européennes, puis législatives, de 2024. "Nous nous attendons à voir cet usage de l'IA se généraliser lors des municipales, dans tous les camps politiques", estime Salvatore Romano, chercheur chez AI Forensics. Son équipe, qui analyse tous les contenus générés par IA et publiés sur les réseaux sociaux, observe déjà que les femmes sont plus ciblées par des deepfakes de "nudification", ou que certains sujets plus polarisants que d'autres font plus souvent l'objet de faux contenus, comme l'immigration et la sécurité.
Et le phénomène devrait encore prendre de l'ampleur. "Ces élections locales sont une étape intermédiaire, avant la présidentielle", note Salvatore Romano. "Les partis testent des outils dans cette campagne, mais pour la présidentielle, ça peut prendre une autre dimension, car le budget est sans commune mesure", complète Anaïs Theviot.
De nombreux candidats interrogés par franceinfo plaident donc pour une meilleure régulation des contenus générés par IA et de leur diffusion sur les réseaux. La députée RN Claire Marais-Beuil compte plancher sur une proposition de loi dans ce sens. Mais le cheminement législatif est plus lent que le perfectionnement des outils d'IA, capables de générer des contenus toujours plus réalistes. "Ça va aller crescendo, et je suis persuadé que la présidentielle va être une boucherie", s'inquiète Aurélien Lopez-Liguori."
https://www.franceinfo.fr/elections/mun ... 49970.html
Un peu partout en France, des candidats sont la cible d'attaques générées grâce aux outils d'IA, comme des faux programmes ou des vidéos offensantes, qui viennent parfois pourrir la campagne du scrutin des 15 et 22 mars.
"Un jour, une habitante me dit : 'Tu sais ce qui circule sur toi ?' Et puis elle me montre une vidéo de moi en train de faire un strip-tease, en string et en musique". C'était en décembre. La députée du Rassemblement national Claire Marais-Beuil venait d'annoncer sa candidature à la mairie de Beauvais (Oise). "J'étais choquée, car on me représentait dans des positions gênantes, et j'ai pensé à mes petits-enfants. Je ne m'attendais pas à ce type de choses dans la campagne ; s'attaquer à une femme comme ça, c'est un retour en arrière que je n'avais pas imaginé, confie-t-elle à franceinfo. C'est pas comme ça qu'on doit s'affronter."
La candidate, qui a porté plainte contre X après la diffusion de ce deepfake (le nom anglais donné aux fausses vidéos créées grâce à l'intelligence artificielle pour usurper l'identité de personnes réelles), n'est pas la seule à faire les frais de l'irruption de l'intelligence artificielle (IA) dans la campagne des élections municipales des 15 et 22 mars. "Il y a une généralisation de l'usage de l'IA par les candidats", observe Anaïs Theviot, spécialiste de l'utilisation des outils numériques en politique et maîtresse de conférences à l'université catholique de l'Ouest.
Faux doigt d'honneur et "boule puante"
A divers degrés, en fonction de l'appétence des militants, et sous diverses formes, cet outil récent s'impose désormais sur tous les territoires. Qu'il s'agisse de corriger l'orthographe d'un programme, de faire le graphisme d'un tract ou d'un logo, ou de rédiger des e-mails, l'IA fait gagner à bon nombre de candidats du temps et de l'argent, particulièrement précieux dans les villes de moins de 9 000 habitants, où aucun remboursement public n'est prévu. Mais certains usages plus inquiétants se propagent.
De plus en plus de candidats sont ciblés par de fausses photos ou de fausses vidéos. A Guéret, dans la Creuse, plusieurs personnalités politiques locales, dont la maire sortante, ont été ciblées par une campagne de fausses images(Nouvelle fenêtre) montrant des opposants main dans la main ou ridiculisant des élus. Dans les Landes, Frédérique Charpenel, maire de Soustons, a porté plainte après la diffusion sur les réseaux sociaux d'une fausse vidéo dans laquelle on la voit faire un doigt d'honneur.
A Toulouse, un adjoint du maire sortant de droite a relayé une photo montrant le candidat LFI et celui du PS, main dans la main, pour dénoncer une supposée alliance entre les deux listes de gauche. Il s'agissait en réalité d'un montage. "Ils m'ont mis six doigts sur la photo, c'est à ça qu'on a reconnu l'IA", soupire la tête de liste socialiste auprès du site Actu.fr(Nouvelle fenêtre).
Dans l'Hérault, le député RN Aurélien Lopez-Liguori, qui brigue la mairie d'Agde, déplore une vague de chansons générées par IA pour l'attaquer. "De faux raps ont été publiés, les paroles sont des insultes visant ma famille, évoquant des billets donnés par Jordan Bardella… Dans le dernier morceau, l'adresse de l'école de ma fille était révélée", raconte-t-il à franceinfo, après avoir porté plainte et fait des captures d'écran de ces contenus plutôt sophistiqués.
"A l'échelon local, où les pratiques politiques sont souvent plus amateur, avec de plus petits budgets, c'était plus rare de voir de telles pratiques. Mais il y a une facilité de prise en main de l'IA et on voit qu'elle est arrivée dans les petites communes".
Anaïs Theviot, maîtresse de conférences en sciences politiques
à franceinfo
L'IA sert aussi à mener des campagnes de désinformation visuelle pour attaquer le bilan d'un maire sortant. A Strasbourg, la candidate RN Virginie Joron a publié une vidéo sur TikTok(Nouvelle fenêtre) pour dénoncer l'état dégradé, selon elle, de la ville, taclant la gestion de la maire sortante écologiste, Jeanne Barseghian. Problème : "Toutes les images d'illustration ont été générées par l'IA", confirment les Révélateurs, la cellule de vérification d'images de France Télévisions. Contactée par France 3 Grand Est,(Nouvelle fenêtre) l'eurodéputée a d'abord affirmé assumer ce choix, mais elle a finalement supprimé sa vidéo.
A Taverny (Val-d'Oise), la maire LR, Florence Portelli, déplore que son adversaire ait généré une fausse photo d'un immeuble de sept étages pour l'accuser de prévoir un vaste projet immobilier sur sa commune. "Evidemment, ce n'est pas indiqué que ça été fait par IA", soupire-t-elle, dénonçant une "boule puante". La vice-présidente de l'Association des maires de France s'inquiète aussi d'une "uniformisation" des contenus politiques dans cette campagne. "Quand je lis certains programmes, parfois je me dis que ça sent l'IA, certains passages pourraient être interchangeables, ce ne sont que des généralités." Parfois, cette nouvelle technologie sert au contraire à tenter de crédibiliser des promesses de campagne, comme les lampadaires anti-agression(Nouvelle fenêtre) promis par la candidate Reconquête Sarah Knafo à Paris.
Mais dans les QG parisiens des partis, la prise de conscience est variable. Certains mouvements n'ont pas répondu aux sollicitations de franceinfo. D'autres se disent vigilants, sans être alarmés. "Nous n'avons pas eu d'alertes majeures remontées à ce stade. Nous recommandons de porter une attention toute particulière à tout contenu créé par l'IA pour ne surtout pas relayer de fausses informations", répond-on au MoDem.
Au Parti socialiste, un dispositif a été mis en place pour parer aux éventuelles attaques par deepfake. "Nous avons prévu une conduite à tenir, détaille Floran Vadillo, directeur général du parti à la rose, chargé de "saisir les autorités et déposer plainte auprès du parquet cyber". Une procédure qui n'a pas encore eu à être activée. "Nous avons aussi mis en place un système de veille juridique pour assister nos candidats, explique-t-il. Il n'y a pas de petite entaille au principe du jeu démocratique, j'incite les candidats à poursuivre en justice, comme je poursuis systématiquement tout usage détourné du logo du PS."
Un faux site de campagne ciblant le candidat centriste à Paris
Les candidats ciblés soupçonnent parfois des opposants locaux, ou des électeurs ayant une dent contre eux, mais les enquêtes n'en sont à ce stade qu'à leurs débuts. Et la menace vient parfois de l'étranger. Ainsi, depuis plusieurs semaines, Viginum, l'agence de l'Etat chargée de lutter contre les ingérences numériques, a détecté un certain nombre d'activités suspectes.
Dernière en date : la création d'un faux site au nom du candidat Horizons à la mairie de Paris, Pierre-Yves Bournazel. A côté de sa photo, un texte promet qu'il accueillera des migrants dans le musée Pompidou. Une manœuvre du groupe d'influence russe Storm-1516, selon un mode opératoire déjà bien rôdé. "Mais c'est la première fois dans la campagne municipale qu'on voit une manœuvre de Storm-1516 contre un candidat, note Viginum, interrogé par franceinfo. Depuis le milieu des années 2010, tous les scrutins ont été ciblés par des tentatives d'ingérence étrangères, mais l'IA générative donne de nouveaux outils à ces acteurs. Et elle nous aide aussi à mieux les détecter."
Ces attaques, qui visent à instrumentaliser des sujets clivants en amont du scrutin, sont également boostées par l'IA, comme l'a documenté l'ONG AI Forensics dans des rapports consacrés aux élections européennes, puis législatives, de 2024. "Nous nous attendons à voir cet usage de l'IA se généraliser lors des municipales, dans tous les camps politiques", estime Salvatore Romano, chercheur chez AI Forensics. Son équipe, qui analyse tous les contenus générés par IA et publiés sur les réseaux sociaux, observe déjà que les femmes sont plus ciblées par des deepfakes de "nudification", ou que certains sujets plus polarisants que d'autres font plus souvent l'objet de faux contenus, comme l'immigration et la sécurité.
Et le phénomène devrait encore prendre de l'ampleur. "Ces élections locales sont une étape intermédiaire, avant la présidentielle", note Salvatore Romano. "Les partis testent des outils dans cette campagne, mais pour la présidentielle, ça peut prendre une autre dimension, car le budget est sans commune mesure", complète Anaïs Theviot.
De nombreux candidats interrogés par franceinfo plaident donc pour une meilleure régulation des contenus générés par IA et de leur diffusion sur les réseaux. La députée RN Claire Marais-Beuil compte plancher sur une proposition de loi dans ce sens. Mais le cheminement législatif est plus lent que le perfectionnement des outils d'IA, capables de générer des contenus toujours plus réalistes. "Ça va aller crescendo, et je suis persuadé que la présidentielle va être une boucherie", s'inquiète Aurélien Lopez-Liguori."
https://www.franceinfo.fr/elections/mun ... 49970.html

