Beaucoup d'extrémistes israéliens actuellement au pouvoir ne rêvent que d'une chose : pousser à l'exil tous les Palestiniens du pays, en commençant par ceux de Gaza pour en finir avec ceux de Cisjordanie.
Pour des tas de raisons, ce rêve ne se produira pas. En tout cas pas dans les proportions espérées par ces extrémistes.
En attendant, une chose est claire : ce pays est toujours en insécurité dans un environnement interne et externe suffisamment hostile pour justifier qu'il est en guerre, qu'il a toujours été en guerre et qu'il sera encore probablement en guerre durant de longues années.
Ce qui peut amener à se poser légitimement plusieurs questions.
Est-ce que la situation cauchemardesque que traverse actuellement ce pays depuis le 7 Octobre donnerait envie d'y aller faire du tourisme pour un français lambda ? Difficile à imaginer. Et cela risque d'être une autre conséquence du 7 Octobre.
Est-ce que ce pays en guerre comme il l'est en ce moment, en interne et en externe, dans un conflit qui risque de durer, peut continuer de demeurer aussi attractif qu'il a pu l'être dans le passé pour des expatriés y cherchant un avenir professionnel ? On peut se le demander.
Mais plus grave encore : est-ce que certains israéliens (notamment les bi-nationaux) ne commenceraient pas eux-mêmes à penser émigrer en raison de l'insécurité qui règne plus que jamais dans le pays ?
Voici deux articles qui sembleraient le confirmer même si c'est un sujet tabou en Israël (et on peut le comprendre).
1)
Au moins 370 000 Israéliens ont quitté le pays depuis le début de la guerre
- Aucune information n'a été confirmée sur leur éventuel retour en Israël
Quds
AA/ Jérusalem / Abdelraouf Arnaout
"
Un journal hébreu a révélé qu'environ 370 000 Israéliens ont quitté le pays depuis le début de la guerre avec le Hamas le 7 octobre, sans que l'on sache clairement s'ils reviendront ou pas.
Le journal Zaman Israël a rapporté, citant l'Autorité israélienne de la population et de l'immigration (gouvernementale), que depuis le début de la guerre, environ 370 000 Israéliens ont quitté le pays, dont 230 309 entre le début de la guerre et la fin octobre, et 139 839 autres au cours du mois de novembre dernier.
La même source a ajouté qu’environ 302 000 Israéliens sont arrivés dans le pays en octobre et 194 000 en novembre, soit environ un demi-million au total.
"Apparemment, le nombre d'arrivées était bien supérieur au nombre de départs, mais en réalité, la plupart des arrivées étaient des voyageurs israéliens revenant au pays après des vacances. Si vous ajoutez le nombre d'Israéliens qui ont voyagé à l'étranger pendant les vacances et y sont restés jusqu'au 7 octobre (environ 600 000) au nombre d'Israéliens qui ont quitté le pays pendant la guerre (environ 370 000), le nombre de voyageurs est alors d'environ 970 000.
Si l’on soustrait le nombre d’Israéliens qui sont entrés en Israël pendant la guerre (environ un demi-million), il s’avère que le nombre d’Israéliens qui sont partis et ne sont pas revenus était d’environ 470 000 supérieur au nombre de ceux qui sont revenus", lit-on dans le journal.
" Par conséquent, il y a actuellement une migration négative d'environ un demi-million de personnes, et cela n'inclut pas les milliers de travailleurs étrangers, de réfugiés et de diplomates qui ont quitté le pays", ajoute la même source.
Baisse de l'immigration en Israël
D’un autre côté, le journal rapporte que « la guerre n’a pas stoppé l’immigration vers Israël, mais elle l’a réduite de manière significative ».
Selon les données du ministère de l’Intégration, du 7 octobre au 29 novembre, environ 2 000 personnes ont immigré en Israël.
"Cela représente environ un millier de migrants par mois, contre environ 4 500 par mois en moyenne depuis le début de 2023 jusqu'au déclenchement de la guerre, ce qui représente une diminution de plus de 70% dans le cadre des migrations", précise le journal.
Selon les données du ministère de l’Intégration, 6 100 immigrants sont arrivés en Israël chaque mois en 2022.
Selon le journal hébreu "cette augmentation a diminué cette année, avec la stabilisation de la situation en Éthiopie et en Ukraine, et la détérioration de la situation économique, sociale et sécuritaire en Israël en raison de la politique gouvernementale. Le nombre de migrants est passé d'environ 20 000 au premier trimestre 2023 à environ 11 000 au troisième trimestre. Au cours des premières semaines de la guerre, l'immigration s'est presque arrêtée. En octobre, seuls 1 096 immigrés sont arrivés en Israël, dont près de la moitié avant même le déclenchement de la guerre le 7 octobre".
Le journal rapporte également qu'"en novembre, le nombre d'immigrés s'est élevé à environ 1 500, soit beaucoup moins qu'avant la guerre, mais trois fois plus qu'en octobre, peut-être en raison de la montée de l'antisémitisme dans le monde sous l'influence de la guerre. Ces dernières semaines, diverses estimations ont été publiées indiquant qu'une grande vague d'immigration est attendue prochainement (vers Israël), mais le nombre d'immigrants en Israël pendant la guerre est inférieur à 1 % du nombre de ceux qui ont quitté le pays."
Et de poursuivre : « Le fait qu'environ 300 000 Israéliens soient retournés dans le pays depuis le début de la guerre jusqu'à la fin du mois d'octobre a été interprété à tort et publié dans divers médias comme une vague dramatique d'immigration et de retour en Israël. »
« Il s'agit d'une fausse information, car les données qui circulent ignorent le fait que la plupart de ceux qui entrent dans le pays viennent de rentrer de vacances, en plus de la présence de centaines de milliers d'Israéliens qui ne sont pas revenus de vacances et qui ont quitté le pays pendant la guerre,» a conclu la même source.
https://www.aa.com.tr/fr/monde/au-moins ... re/3075890
2) Pourquoi de plus en plus d’Israéliens quittent leur pays ?
Face aux guerres et à la radicalisation, le rêve d’un peuple de trouver un refuge, de fuir l’antisémitisme de par le monde, peut devenir un véritable crève-cœur.
Il y a des témoignages, nombreux, rapportés par les journalistes. Ces Israéliens qui fuient Israël pour leur sécurité. Mais difficile, voire impossible, d’obtenir d’une quelconque autorité des données précises. Le sujet est tabou pour Israël, pays qui se veut être un refuge pour les Juifs.
En juillet dernier, un sondage réalisé en Israël montrait que « près d’un tiers des Israéliens envisageaient de quitter le pays ».
La faute à un gouvernement et une société qui se radicalise toujours plus à l’extrême droite et contre la démocratie. La faute aussi à la guerre, qui inquiète toujours la population – gageons que si l’on refaisait ce sondage depuis le 7 octobre, les chiffres seraient bien différents. Mais au-delà des intentions, le départ d’Israël est une réalité pour de nombreux binationaux.
Dans Marianne, ce 8 novembre, ce sont des binationaux, Israéliens et Russes/Italiens/Britanniques/Brésiliens, qui témoignent. Ils quittent Israël par peur qu’une guerre éclate. Encore. Et ce n’est pas de gaîté de cœur qu’ils retrouvent des pays de départ où ils subissaient l’antisémitisme. Combien sont-ils, comme eux, à avoir pris cette décision de fuir Israël après le 7 octobre ? Seul Israël le sait.
« Le nombre d’Israéliens qui quittent le pays a, ces dernières années, dépassé celui des immigrants. »
Le phénomène est antérieur aux événements récents. On retrouve même un article du quotidien suisse Le Temps daté de 2007 qui évoque la problématique. En septembre dernier, le Courrier international, citant le quotidien israélien Haaretz, écrivait ceci :
« De plus en plus d’Israéliens, mécontents des conditions politiques et économiques dans leur pays, trouvent refuge à l’étranger. […] Ils sont pour la plupart des opposants à la politique de Benyamin Nétanyahou, participent à des manifestations de protestation et sont accablés par l’état de la démocratie en Israël, pays auquel ils sont tous pourtant très attachés ».
En mars 2023, un long reportage du Times of Israël évoque également ce désir de quitter le pays. La réforme judiciaire, très décriée et qui avait fait l’objet d’une forte contestation, est régulièrement citée comme la goutte d’eau qui a fait déborder le vase – une nouvelle fois, l’éclatement de la guerre entre Israël et le Hamas n’a pas dû arranger la tendance. Là encore, les témoignages affluent. Mais point de chiffres ni de statistiques. Voici ce que l’on peut lire sur le site Equal Times : « Selon les professionnels du secteur, toutefois, ces demandes auraient connu un pic au lendemain des élections [qui ont reconduit Benyamin Netanyahou au pouvoir fin 2022, ndlr], avec les États-Unis et les pays de l’Union européenne en tête des destinations […] Les passeports allemands et autrichiens seraient parmi les plus convoités ».
Et soudain, des chiffres, toujours sur Equal Times :
« Selon le Bureau central des statistiques, le nombre d’Israéliens qui quittent le pays a, ces dernières années, dépassé celui des immigrants. Cette tendance s’accentue depuis 2009, année où une guerre de trois semaines a éclaté entre Gaza et Israël. En 2020, le nombre de départs s’élevait à un peu moins de 21 000, contre environ 10 000 rapatriements. »
Par ailleurs, sur le site Middle East Eye, on trouve cette donnée :
« Entre 1948 et 2015, selon le gouvernement israélien, 720 000 Israéliens ont émigré et ne sont jamais revenus. »
La fin du rêve israélien ?
Dans les divers témoignages, il y a plusieurs profils qui se détachent parmi les émigrants : les Israéliens laïques, jeunes, diplômés, de gauche, des classes plutôt aisées. Sachant que les Israéliens ne peuvent pas voter depuis l’étranger… Cela veut-il dire que seuls les plus radicaux, les plus extrémistes et/ou les plus pauvres vont rester ?
Selon les dernières données disponibles, la part des Israéliens laïques est encore majoritaire : 44%, contre 35% de traditionalistes, 11% d’orthodoxes et 10% d’ultra-orthodoxes – ces deux derniers groupes ayant la croissance démographique la plus forte. Parallèlement, c’est l’écart entre les Juifs et les Arabes qui se réduit en Israël : de 87,8% de Juifs et 8,5% de musulmans dans les années 1950, on est passé à 74% de Juifs et 18% de musulmans dans les années 2020.
Car derrière ces déplacements de population, c’est bien la question démographique qui est au centre. Avec cette problématique majeure pour Israël, comme un paradoxe : à force de coloniser la Cisjordanie, le pays « accueille » de plus en plus de personnes non-juives. Lors des premières élections législatives, en 1949, la gauche était majoritaire et il n’y avait que deux députés arabes. Aux dernières législatives, la gauche a quasiment disparu de la Knesset et les partis arabes comptent dix députés.
Face à cette réalité des courbes de tendance démographique et politique, l’avenir d’Israël est difficile à anticiper. Va-t-on vers un pays qui se proclame « État Juif », à majorité arabe ? Et quelle cohabitation avec une population juive de plus en plus ultra-orthodoxe ?
https://regards.fr/pourquoi-de-plus-en- ... leur-pays/
Edit : c'était jeudi soir, je crois : un éditorialiste que je trouve assez équilibré et mesuré sur le conflit -Pierre Haski- sur le plateau de C à Vous sur France 5 a cité un sondage tout récent (et dont je n'ai pas la source) révélant que 51% des Israéliens se déclaraient quand même prêts à vivre aux côtés des Palestiniens après le 7 Octobre. Etonnant certes, mais rassurant, en même temps.