Kelenner a écrit : 25 avril 2022 07:41
Avec les centaines de milliards qu’on a filé aux entreprises, je pense qu’on a quand même un peu de marge.
Au delà de cela, ce n’est pas non plus délirant d’envisager une solution mixte, combinant baisse modérée de certaines pensions, légère hausse des cotisations salariales et patronales et recul modeste de l’âge, même si pour moi cette option devrait être la dernière des dernières. Ce qui est insupportable à bien des gens c’est qu’on n’envisage toujours que cette dernière option.
Cette augmentation de l'âge du départ à la retraite est une arnaque.
Je suis d'ailleurs un peu surpris que tu n'évoques pas la possibilité de faire jouer d'autres manières de financer les retraites que les cotisations salariales et patronales, le recul de l'âge et la baisse des pensions. Nous parlons toujours que de ces 3 manières de financement.
Or il me semble quand même que les taxes et impôts (hors cotisations sociales) représentent plus de 20% des recettes assignées aux caisses de retraite à l'heure actuelle. D'ailleurs si on observe l'évolution de la structure des financements de retraite on constate une diminution quasi linéaire du financement par les cotisations sociales car la théorie économique orthodoxe pointe du doigt le coût du travail comme étant la source de nombreux maux. Les taxes et impôts sont donc voués à prendre de plus en plus de place si on conserve la dynamique actuelle.
A partir de là, concéder un mixte (baisse des pensions, hausses des cotisations et recul du départ) comme tu le dis c'est aussi considérer que les retraites sont moins importantes que l'héritage des plus fortunés (que nous pourrions fortement taxer), que les transactions sur le marché secondaire (purement spéculatif) ou que la spéculation immobilière. Ce n'est pas mon avis.
D'autant plus que cette mesure est aveugle à certains points. C'est une mesure qui toucherait par exemple très peu les cadres car ils partaient, pour la plupart, déjà à 65 ans à la retraite. Un cadre qui a donc fait des études n'obtient pas ses 43 annuités avant ses 65 ans le plus souvent. C'est donc une mesure qui s'adresse davantage aux travailleurs les moins diplômés.
Il faut également souligner qu'entre les 5 % les plus aisés et les 5 % les plus modestes, l’écart d’espérance de vie à 60 ans est de huit ans chez les hommes et de cinq ans chez les femmes. Ecart qui se retrouve donc dans la durée espérée de retraite. De plus, en faisant travailler plus longtemps ceux qui ont déjà un emploi, Emmanuel Macron laisse sur la touche 5,5 millions de chômeurs et ignore que la moitié des 59-62 ans sont hors de l’emploi.
L’argument récurrent, repris par Emanuel Macron, pour justifier les réformes de retraite est qu’il faut travailler plus puisqu’on vit plus longtemps.
Remarquons d’abord que l’augmentation de l’espérance de vie est déjà prise en compte puisqu’elle commande l’allongement régulier de la durée de cotisation exigée pour la retraite à taux plein : 42 annuités pour la génération 1963, 43 pour la génération 1973.
Cet argument répété à l’envi paraît de bon sens mais ne résiste pas à l’examen. L’augmentation de l’espérance de vie n’est pas nouvelle : elle est continue depuis le début du XIX e siècle, à part les interruptions dues aux guerres. Cet accroissement n’a pas empêché que le temps passé au travail, à la fois durée hebdomadaire et totale dans une vie, diminue régulièrement.
La conclusion est claire : le partage de la richesse produite permet que l’augmentation de l’espérance de vie s’accompagne d’une diminution du temps passé au travail. Le fait que les gains de productivité sont moins importants que précédemment rend d’autant plus décisive la meilleure répartition des richesses. Mais c’est précisément ce que refusent les dominants.
Le progrès ne consiste ni à appauvrir les retraités, ni à faire travailler plus longtemps les actifs, mais à augmenter les ressources du système (améliorer les salaires, en finir avec les inégalités de taux d’emploi et de salaires entre les sexes, supprimer les exonérations abusives de cotisations sociales, créer les emplois répondant aux besoins sociaux et écologiques, etc.).
Mais malheureusement il y a un impératif ô combien plus important que tout le reste, plus important que la pauvreté ou l'environnement, je parle bien évidemment de la sacro-sainte compétitivité. Amen.