Victor a écrit : Kelenner a écrit : J'ai l'impression que tu confonds, volontairement ou non, la notion de "crime contre l'humanité" avec celle de génocide, or sa définition est beaucoup plus large comme ça a été rappelé et peut être rattachée à bien d'autres crimes. Le colonialisme n'était effectivement pas un génocide, comparable à la Shoah ou au génocide arménien, mais c'était bel et bien un crime contre l'Humanité qui rentre pleinement dans la définition de celui-ci.
L'histoire du monde est faite de guerres et d'extensions d'empire qui ont cru, colonisé des territoires, puis ont connu un déclin lent ou rapide.
En te lisant, j'ai le sentiment que tu absous tous les colonialismes du passé, tous les empires mongol, turc, arabe, russe, anglais, romain, égyptien, et tant d'autres pour condamner spécifiquement l'empire colonial français.
Qu'a-t-il fait de plus condamnable que les autres ? Du travail forcé ?
Mais alors pourquoi les allemands qui ont organisé le STO pendant l'occupation n'ont pas été arrêté et condamné pour crime contre l'humanité lors du procès de Nuremberg ?
Je vois que tu as pris une citation de Tocqueville comme devise...il y'en a une autre...
Pendant l’agression coloniale de l’Algérie, Alexis de Tocqueville, théoricien de la démocratie et partisan du libéralisme, déclarait :
« Le second moyen en importance après l’interdiction du commerce est le ravage du pays. Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire »
Par contre on a d'autres citations sur le colonialisme venues du point de vue de ceux qui subissent...ou qui s'en font les porte
paroles....
Rosa Amelia Plumelle-Uribe
Hitler ne fut que le révélateur d'une sauvagerie raciste installée et remontant bien avant le XXe siècle, une sauvagerie raciste, un système d'anéantissement de l'homme dont, jusqu'alors, seuls les peuples colonisés avaient fait l'expérience.
La férocité blanche, des non-blancs aux non-aryens, Rosa Amelia Plumelle-Uribe, éd. Albin -Michel, 2001, p. 30
Aimé Césaire
Oui, il vaudrait la peine d'étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d'Hitler et de l'hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu'il porte en lui un Hitler qui s'ignore, qu'Hitler l'habite, qu'Hitler est son démon, que s'il vitupère, c'est par manque de logique, et qu'au fond, ce qu'il ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme, ce n'est que l'humiliation de l'homme en soi, c'est le crime contre l'homme blanc, et d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les Arabes d'Algérie, les coolies de l'Inde et les nègres d'Afrique.
Discours sur le Colonialisme (1950), Aimé Césaire, éd. Présence africaine, 1989 (ISBN 2-7087-0531-8), p. 11-12
Alain Ruscio
Le crime fondamental de la colonisation est d’avoir interrompu des processus historiques de peuples qui n’avaient rien demandé et d’avoir nié les existences nationales - affirmées ou en gestation. D’où la violence qui a toujours, avec des degrés variés, accompagné le système. Le colonialisme pèse son poids de morts. Les enfumades de la conquête de l’Algérie, les colonnes sanglantes de celle du Tonkin, l’utilisation de l’aviation contre des populations civiles dès 1914 (au Maroc), la guillotine dressée partout, comme une ombre sanglante du drapeau français... Détails ? Paulo-Condor, Haiphong, le Rif, Sétif, Madagascar... lieux oubliés ? Quant à la « petite » violence, au quotidien, elle s’exprimait par le vocabulaire blessant, le tutoiement, les claques ou coups de pied aux fesses des boys ou coolies. On nous jette au visage, pour tenter de justifier ce bilan, les routes, les hôpitaux, les écoles... Oui, « la France » a construit des routes... Mais c’étaient les « indigènes » qui travaillaient et, le plus souvent, payaient. Oui, le dévouement des médecins coloniaux, des religieuses, a fait souvent reculer les maladies, mais d’autres (tuberculose) sont apparues. Oui, des centaines de milliers d’enfants et d’adolescents ont été scolarisés, mais des millions restaient analphabètes.
« Une offensive colonialiste », Alain Ruscio, 3 décembre 2005, p. 8
Jean-Paul Sartre
Vous savez bien que nous sommes des exploiteurs. Vous savez bien que nous avons pris l’or et les métaux, puis le pétrole des "continents neufs", et que nous les avons ramenés dans les vieilles métropoles. [...] L’Europe, gavée de richesses, accorda de jure l’humanité à tous ses habitants : un homme, chez nous, ça veut dire un complice puisque nous avons tous profité de l’exploitation coloniale.
Situations V, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1964, p. 187
Anatole France
Les Blancs ne communiquent avec les Noirs ou les Jaunes que pour les asservir ou les massacrer. Les peuples que nous appelons barbares ne nous connaissent encore que par nos crimes. Non certes, nous ne croyons pas qu’il se commette sur cette malheureuse terre d’Afrique plus de cruautés sous notre pavillon que sous les drapeaux des royaumes et des empires. Mais il nous importe à nous, Français, de dénoncer avant tout les crimes commis en notre nom ; il y va de notre honneur, sans compter que parlant de ce qui nous regarde, de ce qui est notre affaire, nous avons un peu plus de chances de ne pas parler en vain. [...] Européens chrétiens, allons nous armer sans cesse contre nous en Afrique, en Asie, d’inextinguibles colères et des haines insatiables et nous préparer pour un avenir lointain sans doute, mais assuré, des millions d’ennemis ?
Vers les temps meilleurs (1906), Anatole France, éd. Émile-Paul frères, 1949, t. 2, Meeting de protestation contre la barbarie coloniale, 30 Janvier 1906, p. 136-139
Jean-Paul Sartre
[Le colonialisme] est notre honte, il se moque de nos lois ou les caricatures ; il nous infecte de son racisme [...].
Il oblige nos jeunes gens à mourir malgré eux pour les principes nazis que nous combattions il y a dix ans ; il tente de se défendre en suscitant un fascisme jusque chez nous, en France. Notre rôle, c’est de l’aider à mourir. Non seulement en Algérie, mais partout où il existe. [...] La seule chose que nous puissions et devrions tenter – mais c’est aujourd’hui l’essentiel –, c’est de lutter à ses côtés pour délivrer à la fois les Algériens et les Français de la tyrannie coloniale.
« Le colonialisme est un système » (1957), dans Situations V, Jean-Paul Sartre, éd. Gallimard, 1964, p. 47-48
Maréchal Lyautey
Les colons agricoles français ont une mentalité de pur Boche, avec les mêmes théories sur les races inférieures destinées à être exploitées sans merci. Il n'y a chez eux ni intelligence ni humanité.
Maréchal Lyautey, 19 août 1918, dans Lyautey, Juin, Mohammed V, fin d'un protectorat : mémoires historiques, paru chez L'Harmattan, 1991, p.25, Guy Delanoë.
Aimé Césaire
Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. J'entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, des cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme. On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés.
Moi, je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.
Discours sur le Colonialisme (1950), Aimé Césaire, éd. Présence africaine, 1989 (ISBN 2-7087-0531-8), p. 21-22
Simone Weil
L'hitlérisme consiste dans l'application par l'Allemagne au continent européen, et plus généralement aux pays de race blanche, des méthodes de la conquête et de la domination coloniales. [...] Si on examine en détail les procédés des conquêtes coloniales, l'analogie avec les procédés hitlériens est évidente. [...] L'excès d'horreur qui depuis quelque temps semble distinguer la domination hitlérienne de toutes les autres s'explique peut-être par la crainte de la défaite. Il ne doit pas faire oublier l'analogie essentielle des procédés, d'ailleurs venus les uns et les autres du modèle romain. Cette analogie fournit une réponse toute faite à tous les arguments en faveur du système colonial. Car tous ces arguments, les bons, les moins bons et les mauvais, sont employés par l'Allemagne, avec le même degré de légitimité, dans sa propagande concernant l'unification de l'Europe. Le mal que l'Allemagne aurait fait à l'Europe si l'Angleterre n'avait pas empêché la victoire allemande, c'est le mal que fait la colonisation, c'est le déracinement. Elle aurait privé les pays conquis de leur passé. La perte du passé, c'est la chute dans la servitude coloniale. Ce mal que l'Allemagne a vainement essayé de nous faire, nous l'avons fait à d'autres.
Écrit à Londres en 1943 pour les services de la France Libre
« À propos de la question coloniale dans ses rapports avec le destin du peuple français » (1943), dans Œuvres, Simone Weil, éd. Gallimard, 1999, p. 431
.