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Donald Trump avait assuré, pendant sa campagne, qu’il mettrait un terme en « moins de vingt-quatre heures » à la guerre opposant l’Ukraine à la Russie. Mais les négociations engagées depuis son retour à la Maison Blanche, le 20 janvier, peinent à progresser, malgré un optimisme de façade. « Je veux simplement voir la fin de la guerre », a encore répété le dirigeant américain, mercredi 23 avril, à Washington.
Pour y parvenir, les Etats-Unis ont amorcé un rapprochement avec Moscou et exercent une pression croissante sur Kiev afin qu’un cessez-le-feu rapide soit accepté.
Mais, du côté ukrainien, la résistance est ferme : Kiev, soutenu par ses alliés européens, rejette tout accord qui offrirait un avantage à la Russie et exige des garanties de sécurité durables.
Voici un aperçu des propositions actuellement défendues par l’Ukraine, les Etats-Unis, la Russie et les Européens en vue de mettre fin au conflit.
L’Ukraine disposée à négocier avec Moscou après un cessez-le-feu durable
L’Ukraine se bat depuis trois ans pour sa survie, et pour se bâtir un avenir sûr et indépendant. La prise de distance des Etats-Unis vis-à-vis de Kiev, conjuguée à leur rapprochement avec Moscou, a été brutale pour les Ukrainiens. Cependant, face au revirement de son allié le plus puissant, Volodymyr Zelensky demeure intransigeant. Le président ukrainien réclame la fin totale des hostilités et exige une paix « réelle et juste ».
Le dirigeant se dit prêt à discuter directement avec Moscou, mais seulement après l’entrée en vigueur d’une trêve immédiate et durable.
Il insiste aussi sur l’obtention de garanties de sécurité solides afin de prévenir de futures attaques russes en cas de cessez-le-feu.
Le président ukrainien redoute en effet qu’un règlement du conflit négocié en position de faiblesse soit ensuite exploité par Vladimir Poutine – pour relancer un jour les hostilités, par exemple.
M. Zelensky entend également récupérer l’ensemble des territoires occupés par la Russie (actuellement 18,5 % du pays), et exclut toute souveraineté de Moscou sur la Crimée, annexée illégalement depuis 2014.
« Il n’y a rien à discuter. C’est en violation de notre Constitution », a-t-il balayé, mardi, après que les Américains ont suggéré aux Ukrainiens de consentir à des concessions territoriales.
Accusé par Donald Trump d’entraver les pourparlers du fait de sa posture inflexible, Volodymyr Zelensky tente de préserver le soutien des Etats-Unis, tout en refusant de compromettre les intérêts de son pays.
Il espère pouvoir s’entretenir avec le président américain à l’occasion des funérailles du pape François, samedi 26 avril à Rome. Ce tête-à-tête marquerait leur première rencontre depuis leur passe d’armes à la Maison Blanche, le 28 février.
Les Etats-Unis poussent l’Ukraine à accepter une paix contrainte et rapide
L’administration Trump a rompu avec la politique américaine de soutien à Kiev mise en œuvre par Joe Biden et privilégie désormais des négociations directes avec Moscou, comme en témoignent les fréquentes visites au Kremlin de l’émissaire américain Steve Witkoff, et sa rencontre avec Vladimir Poutine le vendredi 25 avril.
Pour les Etats-Unis, la poursuite du conflit relève désormais de la responsabilité de l’Ukraine, et non plus de Moscou.
Donald Trump cherche ainsi à imposer un accord à Volodymyr Zelensky, tout en ménageant Vladimir Poutine, pour lequel il n’a jamais caché son admiration. « Je pense que nous avons un accord avec la Russie », a assuré le locataire de la Maison Blanche, mercredi 23 avril, exprimant sa frustration face à un dialogue « plus difficile » avec Volodymyr Zelensky.
Selon l’agence de presse Reuters, les Américains ont proposé un plan de paix aux Européens et aux Ukrainiens lors des pourparlers qui se sont tenus à Paris, jeudi 17 avril. Son contenu confirme que la vision américaine semble désormais s’aligner étroitement sur celle de Moscou, puisqu’il prévoit :
l’obtention d’un cessez-le-feu rapide et permanent avec une garantie de sécurité « solide » pour l’Ukraine, qui serait notamment vérifiée par les Etats européens ;
l’exclusion de toute perspective d’adhésion de l’Ukraine à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ;
la levée des sanctions économiques contre la Russie ;
la reconnaissance de jure par les Etats-Unis du contrôle de la Russie sur la Crimée (« La Crimée restera avec la Russie », a déclaré Donald Trump au magazine Time) ;
la reconnaissance de facto de la souveraineté russe sur les territoires de Louhansk, Donetsk, Kherson et Zaporijia, annexés par Moscou.
Washington cherche par ailleurs à établir un partenariat économique avec Kiev dans le but d’exploiter ses ressources naturelles et ses minerais stratégiques, tout en reconstruisant le pays. Un « mémorandum d’intention », ouvrant la voie à un accord, a été signé le 17 avril.
Malgré ses déclarations laissant entendre qu’un accord de paix en Ukraine serait proche, Donald Trump ne parvient toutefois pas, pour le moment, à obtenir des concessions majeures. Etant donné le manque de progrès significatifs, Washington a menacé, vendredi 18 avril, de se retirer du processus de négociations.
Les Européens, alliés fidèles de Kiev, tentent de peser dans les tractations
L’Union européenne (UE) a réitéré, en mars, son soutien à Kiev, ainsi qu’à une paix « juste et durable ».
Les alliés de l’Ukraine ont rappelé leur attachement
au respect de la souveraineté du pays et de son intégrité territoriale.
La reconnaissance de l’annexion de la Crimée par la Russie
est ipso facto jugée inacceptable. Néanmoins, le changement de cap diplomatique de Washington a poussé les Européens, mis à l’écart, à organiser leurs propres pourparlers de paix, Paris et Londres occupant un rôle de premier plan. Une initiative motivée par la crainte qu’un accord négocié par les Etats-Unis ne se fasse aux dépens de Kiev – et, plus largement, de la sécurité du continent européen.
L’Europe veut éviter de
reproduire les erreurs des accords de Minsk (2014 et 2015), qui avaient échoué à mettre un terme durable au conflit entre l’armée ukrainienne et les séparatistes prorusses du Donbass. Elle redoute qu’un accord fragile n’encourage Moscou à étendre ses ambitions en Europe orientale. Mais les Européens peinent encore à s’imposer dans les négociations en cours, en dépit de consultations régulières avec Washington et Kiev.
L’Union européenne entend aussi renforcer sa propre sécurité. Dans un contexte d’accroissement des risques, ses Etats membres se sont accordés sur la nécessité d’augmenter leurs efforts en matière de défense. C’est dans cette perspective que la Commission européenne a proposé, en mars, un plan de 800 milliards d’euros pour les aider à investir dans ce domaine.
Les Européens demeurent toutefois divisés sur la nécessité d’envoyer des troupes en Ukraine en cas de cessez-le-feu.
La Russie se dit prête à négocier, mais sa volonté de paix est illusoire
Le Kremlin affirme vouloir la paix et mettre fin rapidement au conflit. Le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré, lundi 21 avril, être ouvert à des négociations directes avec l’Ukraine. « Nous sommes prêts à conclure un accord, mais certains éléments spécifiques doivent encore être peaufinés », a précisé, jeudi, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. En apparence, donc, la Russie paraît disposée à mettre un terme aux hostilités qu’elle a déclenchées. En réalité, elle semble davantage chercher à gagner du temps, poursuivant ses bombardements sur l’Ukraine, nonobstant ses promesses de trêve.
Cette attitude pourrait rapidement irriter les Etats-Unis, qui ont commencé à manifester des signes d’agacement.
Après les bombardements russes à Kiev qui ont fait au moins 12 morts et plus de 90 blessés, Donald Trump a appelé, jeudi, Vladimir Poutine à cesser les bombardements : « Vladimir, STOP ! (…) Concluons l’accord de paix ! », s’est emporté le président américain.
Cependant, en dépit de ces pressions, les experts s’accordent à dire que Moscou n’a aucune intention de revoir ses objectifs maximalistes en Ukraine. La Russie poursuit son offensive sur le terrain. Elle entend toujours faire plier l’Ukraine, exiger le départ de Volodymyr Zelensky, installer un gouvernement prorusse sous prétexte de « dénazifier » le pays, et empêcher son adhésion à l’OTAN. De surcroît, elle s’oppose catégoriquement à l’envoi d’une force européenne de maintien de la paix en Ukraine, et insiste également pour conserver les territoires ukrainiens qu’elle occupe (Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijia), ainsi que la Crimée. Kiev et ses alliés ont systématiquement rejeté ces conditions, les percevant comme une capitulation pure et simple.