Wallerand de Saint-Just(
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Procès en appel de l'affaire des assistants du FN : l'ex-trésorier du parti assure que Marine Le Pen "n'a jamais commis aucune infraction"
Dernier prévenu à être interrogé, Wallerand de Saint-Just a dû se justifier sur sa réponse à un eurodéputé qui, en 2014, s'inquiétait du risque que le parti soit accusé d'emploi fictif de ses assistants au Parlement européen. "Je crois bien que Marine sait tout ça", écrivait-il alors.
"Je ne peux pas imaginer un seul instant que Marine va commettre une infraction." A la barre, mercredi 28 janvier, l'attitude de l'ex-trésorier du Front national (FN), Wallerand de Saint-Just, visage rond aux petites lunettes, barbe poivre et sel, est scrutée de près. A quelques mètres de lui se trouve Marine Le Pen, l'ancienne présidente du parti, qui vise toujours une victoire à la prochaine présidentielle. Jugée, comme lui, devant la cour d'appel de Paris dans l'affaire des assistants parlementaires européens du FN, l'ex-eurodéputée s'est déplacée pour assister à l'interrogatoire de ce collaborateur historique du parti, devenu depuis le Rassemblement national (RN).
Engagé au FN à la fin des années 1980, devenu avocat du parti d'extrême droite une décennie plus tard, puis son trésorier de 2009 à 2021, Wallerand de Saint-Just revient volontiers, en début d'interrogatoire, sur la gestion financière du mouvement politique. "A partir de 2012, tous les recours aux banques nous sont refusés. Nous ne pouvons plus emprunter le moindre centime, développe-t-il. Nous sommes le seul parti politique à avoir subi cette mise à l'écart, ça nous a mis en très grande difficulté financière et organisationnelle. Mais on s'en est sortis !"
Le septuagénaire comparait à nouveau pour "complicité de détournement de fonds publics", après sa condamnation en première instance à trois ans de prison dont un ferme, une amende de 50 000 euros et une peine d'inéligibilité de trois ans, avec exécution provisoire. Le tribunal avait estimé que l'ancien cadre avait "connaissance du système" mis en place au sein du parti. Mais lui maintient qu'il n'a rien "à voir avec tout ça". "Vous vous intéressez à tout, vous dites que vous êtes 'en dehors', mais en fait, vous n'êtes pas si loin", lui rétorque cette fois la présidente de la cour d'appel, visiblement peu convaincue.
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Ma réponse est parfaitement limpide"
Mails, SMS, notes… La magistrate revient d'abord sur les nombreux documents saisis dans l'ordinateur et au bureau de Wallerand de Saint-Just. Puis elle resserre ses questions autour d'un courriel crucial dans cette affaire, sur lequel elle a également interrogé Marine Le Pen. Il date de juin 2014, quelques semaines après l'élection historique de 24 députés frontistes au Parlement européen.
A l'époque, l'un de ces élus, Jean-Luc Schaffhauser, envoie un mail au trésorier de son parti : il s'indigne des conditions de recrutement des assistants parlementaires de chaque eurodéputé. "Ce que Marine [Le Pen] nous demande équivaut [à ce] qu'on signe pour des emplois fictifs. (…) On va se faire allumer, car on regardera, c'est sûr, nos utilisations à la loupe avec un groupe si important", écrit l'eurodéputé, visiblement ulcéré. Réponse de Wallerand de Saint-Just : "Je crois bien que Marine sait tout ça."
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Que faut-il comprendre de cet échange ?", lui demande la présidente de la cour d'appel. "Ma réponse est parfaitement limpide", assure le prévenu, qui affirme ne pas comprendre, aujourd'hui encore, pourquoi cet eurodéputé s'adresse à lui, "la cinquième roue du carrosse". "Je dis : 'Je crois que Marine connait les textes que tu invoques', et qu'elle est parfaitement prudente", expose Wallerand de Saint-Just.
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Il est question, tout de même, dans ce mail, d'emplois fictifs"
Puis viennent les regrets. Sur la forme, pas sur le fond. "J'aurais dû lui répondre plus brutalement et plus explicitement", reconnaît Wallerand de Saint-Just au sujet de ce même courriel. "Je n'imaginais pas un seul instant qu'elle puisse commettre ainsi une infraction. Et d'ailleurs, elle n'a jamais commis, à mon sens, aucune infraction !", s'empresse-t-il d'ajouter. "Il n'en reste pas moins que ma réponse est laconique et qu'elle aurait dû être plus détaillée", concède-t-il peu après.
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Ce sont des propos sibyllins et on peut y lire une certaine résignation de votre part", rebondit la présidente de la cour d'appel. "
Mais résignation par rapport à quoi ?!", s'exclame Wallerand de Saint-Just. "
Il est question, tout de même, dans ce mail, d'emplois fictifs", le sermonne la magistrate. "
Cela me paraît tellement en dehors de la réalité que je me borne à l'envoyer sur les roses", se justifie-t-il, à la peine.
Tout au long de son interrogatoire, il invoque régulièrement des trous de mémoire et se perd, parfois, dans ses explications. "
Avez-vous informé Marine Le Pen de ce mail ?", insiste Patrick Maisonneuve, l'avocat du Parlement européen. "
Non", répond Wallerand de Saint-Just. L'avocat s'étonne : "Pourquoi ?" "D'abord parce que... qu'est-ce qu'il demande en fait ?", répète l'ancien trésorier. L'avocat lui relit le mail, mais la réponse du prévenu n'est toujours pas claire. Pour se défendre, il ne lui reste que les petites phrases, et les comparaisons. "
J'étais comme un oiseau sur la branche", finit-il par lâcher.
https://www.franceinfo.fr/politique/fro ... 70689.html