"Jordan Bardella accusé d’antisémitisme : « Il applique une stratégie à la Trump, de nier en bloc et de contre-attaquer »
Interview•Après les révélations de Mediapart sur des écrits antisémites, le président du RN persiste dans une stratégie de déni, qu’on peut croire inspiré de Donald Trump, selon Arnaud Mercier, professeur de communication politique
Jordan Bardella le martèle : les écrits antisémites que lui attribue Mediapart sont « soit une manipulation, soit un faux grossier ». Des dénégations répétées, alors que le média d’investigation a rendu public certains des messages révélés, justifiant de l’authenticité de ceux-ci et de la procédure numérique employée par huissier.
Une stratégie de refus de ces accusations en bloc « extrêmement risqué », analyse Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l’université Paris Panthéon Assas, que 20 Minutes a interviewé.
Que penser de la stratégie de défense de Jordan Bardella au sujet des accusations de Mediapart ?
Je pense qu’on peut parler de trumpisme au sens où il semble appliquer la stratégie de Roy Cohn, celui qui a lancé et conseillé Trump en politique, qui a théorisé de toujours nier ses fautes éventuelles et de contre-attaquer immédiatement.
Alexandre Vella
Propos recueillis par Alexandre Vella
Publié le 02/10/2026 à 17h28 • Mis à jour le 02/10/2026 à 17h28
L'essentiel
Des révélations de Mediapart attribuent à Jordan Bardella des propos antisémites que le président du RN aurait tenu par écrit il y a plus de dix ans.
Des accusations que Jordan Bardella rejette en bloc, « dans une stratégie trumpiste », analyse pour 20 Minutes Arnaud Mercier.
Mais pour le professeur de communication politique à l’université Paris Panthéon Assas, cette affaire n’affaiblira pas pour autant la base électorale du RN mais contribue « à rebattre les cartes » du barrage républicain.
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Jordan Bardella le martèle : les écrits antisémites que lui attribue Mediapart sont « soit une manipulation, soit un faux grossier ». Des dénégations répétées, alors que le média d’investigation a rendu public certains des messages révélés, justifiant de l’authenticité de ceux-ci et de la procédure numérique employée par huissier.
Une stratégie de refus de ces accusations en bloc « extrêmement risqué », analyse Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l’université Paris Panthéon Assas, que 20 Minutes a interviewé.
Que penser de la stratégie de défense de Jordan Bardella au sujet des accusations de Mediapart ?
Je pense qu’on peut parler de trumpisme au sens où il semble appliquer la stratégie de Roy Cohn, celui qui a lancé et conseillé Trump en politique, qui a théorisé de toujours nier ses fautes éventuelles et de contre-attaquer immédiatement.
Et Jordan Bardella applique cette stratégie à la Trump, même si les écrits et les preuves paraissent accablants, il nie en bloc et retourne l’accusation en parlant de barbouzerie et de complot. Et d’attaquer ainsi Mediapart, quand bien même Bardella a pu, dans d’autres affaires révélées par Mediapart, les qualifier de journal sérieux.
L’autre aspect est l’intimidation judiciaire, quoique Mediapart ait les reins solides et n’a jamais perdu un procès contre une personnalité politique. Tout cela est de la communication et de la poudre aux yeux qui veut donner de la crédibilité à son déni : « Regardez, je vais en justice, je n’ai peur de rien. » Une stratégie qu’il a déjà usée, notamment contre BHL où il avait retiré sa plainte en diffamation moins de quinze jours avant l’audience. Un bluff vis-à-vis de l’opinion et de ses électeurs qui est aussi une stratégie de gain de temps en misant sur la lenteur de la justice pour maintenir l’incertitude le plus longtemps possible, arguant que l’affaire n’est pas jugée, et laisser à ses soutiens la possibilité de le défendre.
Est-ce un bon calcul de se dire, en somme, ceux qui votent pour moi me croient, les autres ne sont de toute façon pas des gens qui auraient voté RN, donc autant tout nier ?
C’est un peu trop binaire. Vous avez raison, c’est assez classique dans ces cas-là de laisser ceux qui votent RN par conviction de s’appuyer sur ce déni et se complaire à croire qu’il est victime d’un complot.
Mais ce serait oublier deux autres enjeux : il y a les électeurs susceptibles d’être convaincus, je pense aux électeurs de la droite classique, plutôt âgés et catholiques pratiquants, que le RN grignote. Cette population-là peut être échaudée par une telle haine des juifs qui peut leur poser un dilemme moral trop fort.
Cela alors que le RN a passé des années à faire oublier son antisémitisme originel -d’un parti fondé par un ancien SS et Jean-Marie Le Pen- et aujourd’hui qui se présente comme le « bouclier des juifs de France ». Or il s’avérerait que Bardella ne soit pas moins antisémite que le vieux Le Pen.
Et tout cela peut avoir son importance au deuxième tour, sur la question du barrage républicain. Le RN était en train de réussir à refiler le mistigri de l’antisémitisme à LFI, notamment sur la question palestinienne, et qu’en cas de deuxième tour contre Mélenchon, les sondages donnaient Le Pen plutôt gagnante notamment sur ces bases morales. Et là, ça rebat les cartes et remet un peu de tensions aux électeurs qui ne sont ni RN, ni LFI, de savoir lequel est le moins mauvais pour eux.
On peut entendre qu’il aurait mieux fait de jouer la carte « bêtise de jeunesse », si toutefois il est bien l’auteur de ces écrits. Est-ce trop tard pour le dire ?
Oui, maintenant Jordan Bardella est coincé. Il aurait pu jouer cette carte des mauvaises fréquentations et montrer comment il avait évolué. Il avait cette carte mais c’est fini. Il invente des théories les plus fumeuses en portant plainte pour faux et usage de faux. A partir de là, il ne peut plus changer de stratégie sans perdre en crédibilité. Il s’est piégé.
On a vu les différents leaders du RN, de Marine Le Pen à Jean-Philippe Tanguy, le soutenir pour l’heure sur la base « Jordan n’a pas pu écrire ça ». Quelles conséquences aurait son départ du RN dont il est le président ?
C’est toute l’histoire du RN de supprimer certains de ses leaders qui prennent trop « d’autonomie ». Ça a été le cas de Florian Philippot, Robert Ménard et Bruno Mégret, qui en 1998 est débarqué du FN avec une bonne partie des cadres après avoir tenté un putsch contre Jean-Marie Le Pen. On pensait que le FN allait s’écrouler électoralement, mais on sait tous ce qu’il s’est passé en 2002. Une crise interne n’affaiblit pas toujours ce parti, donc je reste prudent. Peut-être Jordan Bardella peut faire perdre quelques voix aux RN et « l’atout jeune » qu’il représente, notamment sur TikTok, mais ce serait marginal.".
https://www.20minutes.fr/politique/4250 ... e-attaquer