Kelenner a écrit : Victor a écrit :
Effectivement je sors mes cartouches car je crois que vous êtes toujours dans une vision du monde post-colonialiste. Comme si le monde devait obligatoirement suivre le modèle occidental. Comme si ce modèle était unique. En somme il y a l'occident qui est devant, en tête, qui a pris de l'avance en quelque sorte et il y a les autres pays, peuples, cultures, traditions qui doivent s'occidentaliser, en fait qui doivent rattraper leur retard. Et oui tous les peuples ne vont pas dans le même sens. Certains vont défendre leur tradition, leur religion jusqu'à devenir des terroristes, des extrémistes. Certains ne veulent pas des droits de l'homme et de la femme et nous les combattons. Oui nous les combattons, car c'est désormais une guerre, une guerre de civilisations.
Je suis assez d'accord avec ça, il y a une vision ethno-centrée de l'Histoire chez les occidentaux, et particulièrement chez les français, qui fausse pas mal notre appréhension des problèmes du monde. On part du principe que nos valeurs sont les meilleures, les plus avancées, et que les autres doivent s'adapter et en effet "rattraper leur retard". Nous sommes persuadés qu'ils n'aspirent à rien d'autre, et on ne peut même pas envisager qu'ils rejettent catégoriquement notre "modèle". Il est très difficile de se défaire de cette vision puisque c'est ce qu'on nous inculque dès notre plus jeune âge, et je pense qu'on est tous concernés.
C'est pourquoi nous avons tellement de mal à comprendre les agissements de certains groupes ou de certains peuples que nous qualifions facilement de "terroristes". On les pense fous, aliénés par leur environnement, et ils le sont effectivement, mais ne le sommes-nous pas à notre manière ? Lorsqu'ils ont recours à une violence qui nous semble barbare et incompréhensible (et là encore, c'est le cas) nous n'arrivons pas à imaginer qu'ils ont peut-être, dans leur logique, des raisons très concrètes d'agir ainsi : défendre leur modèle, leurs valeurs, également leur indépendance et leur intégrité territoriale. A leur place ferions-nous autre chose ? Dur à dire mais on peut facilement imaginer qu'on ne se laisserait pas imposer sans réagir un mode de vie qui nous semblerait contraire à nos propres valeurs.
Oui l'excision est une coutume sinistre mais si elle doit disparaître cela ne peut venir que des peuples concernés et pas d'une injonction extérieure. Aux populations locales de prendre leur destin en mains, pour évoluer à leur rythme et vers leur propre idéal. Toute autre attitude ne peut conduire qu'à un désastre qui dépasserait de loin le simple problème de l'excision.
Je suis également d'accord avec ça.
Les français ont une vision très ethnocentrée en effet, c'est assez paradoxal quand on sait qu'on a eu et avons parmi les meilleurs ethnographes et ethnologues.
Mais même au sein des ethnographes la question existe: doit-on agir en tant que membre extérieur au groupe quand on voit se perpétuer des pratiques ignobles ? Peut-on rester neutre face à l'ignoble ? Que peut-on faire sans trop perturber l'équilibre d'une société ? Intégrer le groupe pour l'étudier, n'est-ce pas déjà influencer le groupe ?
Parfois ces sociétés sont dites "mortes" parce que sans légère perturbation venant de l'extérieure (ne serait-ce qu'un bonjour de la main d'un étranger face au groupe peut bouleverser certains esprits jusqu'à se demander si d'autres modèles n'existent pas) elles n'évoluent pas sur plusieurs centaines d'années. De génération en génération des filles vont se faire aplatir les seins à coup de pierre, se faire exciser, sans qu'aucune ait jamais rien demandé. Aucun changement ne se produira sur des centaines d'années...alors effectivement l'idée n'étant pas d'y aller avec des chars pour imposer ses valeurs...mais globalement les victimes ont au moins droit à un dialogue et des connaissances pour ensuite les utiliser à leur façon.
On ne peut pas non plus balayer d'un revers de main la question sous prétexte qu'il faudrait garder une neutralité absolue.
J'ai oublié son nom mais une fille qui a vécu l'excision dans son groupe en Afrique et l'aplatissement des seins à coups de pierre, s'est lentement intéressé au monde extérieur (des villes industrialisées du même pays en Afrique), s'est documenté, a fait des études et a fait une thèse sur l'excision sous l'angle ethno. On y découvre que ces pratiques partent souvent d'une bonne intention...
Donc, personnellement, je suis contre toute intervention militaire ou culturelle, ou une approche intellectuellement colonialiste (dans le sens on se pointe et on impose nos valeurs)...mais je suis quand même pour un échange d'idées et des dialogues. Entrer dans le groupe, vivre comme le groupe, partager avec le groupe (merci à Maurice Godelier de s'être dévoué à multiplier les fellations chez les baruyas

) et pourquoi pas échanger des idées qui feraient naitre d'autres "destinées" à certaines victimes.
Ne rien faire du tout en connaissance de ces pratiques ignobles, c'est également prendre position, ce n'est pas neutre. Après c'est sûr, réglons d'abord nos propres problèmes, ce serait déjà pas mal avant de faire des leçons ailleurs.
Pourquoi limiter notre champ d'action à notre "nation" (la France au hasard), alors que ce concept est déjà assez étrange quand on y pense. Qu'est-ce qui légitime de pouvoir agir en France et pas à l'extérieur ? Pourquoi ne pourrait-on pas considérer également une région perdue de France comme ayant une identité tellement particulière qu'il ne faudrait absolument pas lui imposer des lois "françaises" et des valeurs françaises ? Laissons cette région française évoluer à son rythme, hi hi...bon, c'est déjà vaguement le cas dans certaines régions très très perdues...j'avoue.