En présence du plus sévèrement touché des trois ouvriers irradiés en 1991, le tribunal correctionnel de Sarreguemines a examiné la société EBS afin de comprendre les origines du drame.<br><br>
AU deuxième jour du procès dit des irradiés de Forbach, l'une des trois victimes, la plus sévèrement touchée, Daniel Leroy, est venu avec courage écouter et exprimer son désespoir au tribunal correctionnel de Sarreguemines.
Le jeune homme de vingt-neuf ans, hier débordant de vie, présente aujourd'hui une totale invalidité et est à demi paralysé. Celui qui, depuis deux ans, paie le plus lourd tribut à la négligence a imposé, hier, sur son brancard roulant, la gravité de ses brûlures dans la salle d'audience.
En attendant d'être entendu par les juges, peut-être cet après-midi, il a crié lors d'une conférence de presse sa colère et son immense chagrin: «J'ai envie de leur faire la peau avec un FM devant un mur. Que Dieu me pardonne, mais c'est comme ça. Pourtant je ne suis pas un violent. J'espère que justice sera faite; je veux qu'ils aillent en prison.»
Les hommes qu'il désigne ainsi sont les trois dirigeants d'EBS (Electron Beam Service): Philippe Magnen, le P-DG, Patrick Muller, le directeur, et Michel Roche, l'administrateur. Un terrible accident s'est produit en août 1991. Trois ouvriers dont deux intérimaires, mal formés et mal informés, ont été irradiés par un accélérateur de particules à la suite d'une intervention en radioprotection: Jean-Marc Bies, chef d'équipe, Daniel Leroy et Giovanni Nespola, manutentionnaires.
Daniel Leroy a assisté, silencieux, aux débats au cours desquels le tribunal, sans aborder le fond du dossier, a disséqué la société, sa création, sa production, le mode de recrutement de son personnel.
Une question en particulier s'est alors posée, soulevée par les parties civiles notamment, sur un début de production prématuré: les responsables avaient-ils sacrifié la sécurité sur l'autel de la rentabilité? Au cours de l'instruction, un rapport d'expertise avait conclu en ce sens, indiquant que les nécessités de productivité ont engendré «une mise en service rapide de l'accélérateur en limitant au minimum les arrêts de réparation et de maintenance».
Pour le P-DG, Philippe Magnen, «les faits me semblent contredire ce qui est dit là; je ne vois pas qu'il y ait eu des raisons de pousser les feux outrageusement». Son avocat a renchéri: «Tous les salariés sont formels pour affirmer qu'ils n'ont pas été soumis à des quotas.»
Dans la matinée, le tribunal correctionnel s'est transporté - en l'absence de tout public - dans les locaux d'EBS, devenue IB Process, dans la banlieue de Forbach. Au cours de cette visite, l'équipement a essuyé une «panne en direct», selon les termes de l'une des parties civiles, du convoyeur destiné à transporter le matériau à traiter. Contraignant les employés à de régulières interventions, les défaillances répétées de l'accélérateur de particules ont été avancées comme l'une des causes du drame.
https://www.humanite.fr/node/54652