Séparation : quels effets sur le niveau de vie des enfants ?
Une étude de l’Ined (Institut national d’études démographiques) révèle une dégradation de leurs conditions de vie, particulièrement lorsqu’ils vivent avec leur mère.
C'est établi, les séparations ont souvent pour conséquence une baisse du niveau de vie des ex-conjoints, en particulier des femmes. Mais rarement la recherche s'est penchée sur leurs effets sur les enfants. C'est l'objet de l'étude de deux chercheuses de l'Ined (Institut national d'études démographiques) Anne Solaz et Carole Bonnet, « Séparation des parents : un risque accru de pauvreté pour les enfants ? », parue mercredi 19 avril. « Il nous semblait important d'appréhender la pauvreté du point de vue de l'enfant, dont la séparation des parents et les possibles conséquences sur son devenir n'étaient jusqu'alors pas ou peu quantifiées », commente auprès du Point cette première.
Ainsi l'étude révèle-t-elle que si 4 % des enfants vivant avec leurs parents entrent, chaque année, sous le seuil de pauvreté, en France (soit un niveau de vie 60 % inférieur au niveau de vie médian), ce chiffre s'élève à 21,5 %, soit cinq fois plus, l'année de la séparation de ces derniers. Le taux de pauvreté général (soit les nouveaux pauvres et ceux qui le restent) atteint ainsi 29 % chez les enfants de couples séparés contre 13 % chez ceux dont les parents ne le sont pas. Un écart qui – sous réserve d'une remise en couple – reste marqué dans les années suivant la séparation. « L'étude confirme que l'entrée dans la pauvreté des enfants, parfois antérieure à la rupture conjugale, peut aussi être l'une de ses conséquences directes », confirme ainsi Anne Solaz.
Une altération du niveau de vie qui diffère selon le mode de garde. Si les enfants multirésidents peuvent faire l'expérience d'écarts considérables entre l'un et l'autre des parents, la résidence alternée – un choix de plus en plus fréquent – induit une baisse de niveau de vie de l'ordre de 24 % lorsqu'ils résident principalement avec leur mère – la majorité des cas – moitié moins avec leur père. Une question d'économie d'échelle, les frais comme le logement, le chauffage ou l'entretien de la voiture, autrefois partagés, devenant à la charge d'un seul parent. Mais aussi d'écart initial de niveau de vie entre hommes et femmes.
Conditions de vie altérées
Autre déterminant soulevé par l'étude : le taux de pauvreté varie selon l'âge de l'enfant au moment de la séparation de ses parents. « Plus le divorce des parents intervient tôt dans l'enfance, plus ce risque de pauvreté est important », précise ainsi Anne Solaz, dont les travaux révèlent que 35 % des enfants de deux ans dont les parents viennent de se séparer sont « pauvres », contre 22 % des ceux de 13 ans. Une donnée qu'elle invite toutefois à nuancer : « On sait que les séparations intervenant lorsque les enfants sont jeunes sont particulières, et témoignent souvent d'un effet de structure, soit un niveau de vie inférieur à la moyenne, voire de conditions de vie difficiles, préexistantes à cette décision ».
« Au-delà de la pauvreté monétaire, ce sont bien les conditions de vie qui se voient altérées », rappelle enfin la chercheuse. Recevoir des amis à domicile (en raison d'un logement plus petit et/ou de ruptures amicales) se veut ainsi plus rare dans les quatre années suivant la séparation, quand les départs en vacances (au moins une semaine) diminuent de dix points entre l'année de la rupture et celle qui suit.
https://www.lepoint.fr/societe/separati ... _23.php#11